Aux commandes d’un VTT, Michel Mayer déblayait depuis quelques hivers environ 3 kilomètres de sentiers à Gatineau.

Une plainte, et tout s’écroule

CHRONIQUE / C’était pourtant une initiative citoyenne admirable. Il a suffi d’une plainte à la Ville de Gatineau pour que tout s’écroule.

Mon collègue Julien Paquette vous raconte l’histoire de ce retraité de Gatineau qui, pour rendre service et peut-être un peu pour se désennuyer, se met à déneiger les sentiers boisés du quartier Limbour.

C’est ainsi qu’aux commandes d’un VTT, Michel Mayer déblaie depuis quelques hivers environ 3 kilomètres de sentiers qui relient la polyvalente de l’Érablière, le collège Saint-Alexandre, de même que les écoles Massé et du Vallon.

Un geste de bonne volonté qu’il fait tout à fait bénévolement pour le plus grand bonheur des promeneurs, joggeurs, écoliers, femmes enceintes et autres amateurs de fat bikes qui aiment emprunter ce sentier en hiver… sans nécessairement devoir chausser une paire de raquettes.

Un geste, qui plus est, encouragé par la communauté. On m’a raconté que des citoyens glissent de temps à autre un billet de 20 $ à M. Mayer pour le remercier… et l’aider à payer le carburant de son véhicule. Tout cela à une époque où on cherche par tous les moyens à encourager davantage le transport actif, l’esprit communautaire et la vie de quartier.

Des initiatives comme celle de M. Mayer, on en voudrait davantage à Gatineau. On voudrait en voir fleurir dans tous les quartiers. On voudrait que la flamme bénévole soit encouragée. Voilà enfin de l’esprit d’entrepreneuriat dans une ville qu’on voudrait plus Gatineau, ville d’affaires, que Gatineau, ville de fonctionnaires.

Et pourtant, il a suffi qu’un voisin porte plainte contre M. Mayer pour que tout s’écroule.

La plainte a forcé la Ville de Gatineau à débarquer avec ses gros sabots et son livre de règlements. Tout d’un coup, le citoyen qui cherche à améliorer le sort de sa communauté passe au second plan. Ce qui importe, c’est qu’il n’a pas de permis, ni protocole d’entente pour encadrer ses moindres faits et gestes. On soulève des questions de sécurité, de responsabilité civile. On suggère que ce sont les cols bleus qui devraient faire ce genre d’ouvrage. Des policiers ont même interpellé M. Mayer à plusieurs reprises…

Après la plainte, tout est devenu extrêmement compliqué.

Au point où la Ville a fini par cadenasser les entrées du sentier pour en interdire l’accès au VTT.

Les grands perdants de cet excès de bureaucratie ? La communauté qui a toujours accès aux sentiers, mais qui ne sont plus déneigés.

La conseillère du quartier, Renée Amyot, a promis de tout faire pour régulariser le projet. On peut imaginer la signature éventuelle d’un protocole d’entente avec l’Association des résidents du secteur Limbour – comme ça se fait pour les patinoires de quartier. Mais il se passera plusieurs mois avant d’en arriver à une entente approuvée par le conseil municipal. Entre-temps, le sentier ne sera pas déneigé et qui sait si, à la fin, M. Mayer aura encore le goût de donner de son temps pour le faire.

Oui, il faut des règlements dans une grande ville comme Gatineau pour maintenir la paix publique et assurer la sécurité de tous. Non, on ne peut pas laisser le premier venu faire ce qu’il veut sur les terrains municipaux. Mais est-ce qu’on peut se déconstiper un peu ? Est-ce qu’on peut encadrer sans éteindre l’esprit d’initiative des citoyens ?

Il y a une leçon à tirer de cette histoire. On se désole de ce que les gens se désintéressent de la politique municipale, de ce qu’ils s’impliquent de moins en moins dans la vie de leur communauté. Rien d’étonnant quand une simple plainte réussit à leur rendre la vie impossible.