Le débat autour d’un nouveau pont interprovincial refait surface.

Un consensus difficile à forger

CHRONIQUE / Lorsque le député fédéral de Gatineau, Steven MacKinnon, a promis la construction d’un sixième pont, durant l’élection de 2015, j’ai été le premier à l’accuser de sombrer dans l’opportunisme politique.

La région d’Ottawa-Gatineau sortait tout juste d’un débat stérile et déchirant sur l’emplacement d’un sixième lien interprovincial. Après des années de consultations et d’études pour décider objectivement du meilleur corridor possible, les experts avaient recommandé de faire passer le nouveau pont par l’île Kettle. Voyant cela, l’Ontario s’était tout bonnement retiré du processus, insatisfait de la recommandation. Et tant pis pour le nouveau pont !

Ce que je reprochais essentiellement à M. MacKinnon en 2015, c’était de ramener la question du nouveau pont moins de deux ans après cet échec retentissant. Alors qu’il n’avait rien de neuf à proposer pour dénouer l’impasse politique. Alors que tout consensus régional semblait impossible. Pourquoi rouvrir le débat si vite ? J’y voyais de l’opportunisme politique de sa part, rien d’autre.

Quatre ans plus tard, à la veille d’une autre élection fédérale, le débat autour d’un nouveau pont refait surface. Cette fois-ci, je n’accuserai personne d’opportunisme. Il y a suffisamment de nouveaux éléments en jeu pour justifier que la Commission de la capitale nationale dépoussière ses études et relance ses partenaires.

L’élément déclencheur de la réflexion ?

Le pont Alexandra, qui date de plus d’un siècle, devra être reconstruit d’ici 2030. Les travaux priveront la région d’un pont pour une période d’au moins trois ans. Quant aux quatre autres ponts interprovinciaux — Champlain, du Portage, des Chaudières et Cartier-MacDonald, ils prennent de l’âge et feront l’objet de travaux de réfection de 80 millions.

Autre matière à réflexion, c’est que les ponts entre Ottawa et Gatineau ont été conçus à une époque où le navettage entre les deux rives était loin d’être ce qu’il est aujourd’hui. L’achalandage sur les ponts a explosé. Près de 150 000 véhicules les traversent chaque jour. Sans compter 9000 piétons et cyclistes. Juste depuis 2015, le trafic sur les ponts a bondi de 15 000 nouveaux usagers par jour, selon les chiffres cités dans le budget fédéral. C’est sans parler du transport lourd au centre-ville d’Ottawa, un vieux problème encore irrésolu.

Alors oui, il y a lieu de rediscuter d’un sixième pont dans l’Est. Je ne dis pas qu’il en faut un. Simplement qu’il vaut la peine d’en débattre. Tout en considérant des moyens de mieux arrimer le transport en commun entre les deux rives. Ça n’a aucun sens qu’Ottawa veuille prolonger son train léger jusqu’à Kanata avant de le connecter avec Gatineau. Si le gouvernement fédéral jouait véritablement son rôle de leader dans le transport interprovincial, il mettrait un holà à cette aberration qui encourage l’étalement urbain.

Chose certaine, le consensus autour d’un pont, qui semblait impossible en 2015, semble encore difficile à bâtir quatre ans plus tard. D’abord, le maire de Gatineau, Maxime Pedneaud-Jobin, n’est pas convaincu qu’il vaut la peine d’investir des milliards dans un nouveau pont qui risque de favoriser l’utilisation accrue de l’automobile. Quant au maire d’Ottawa, Jim Watson, son énergie est monopolisée par le parachèvement du train léger ces temps-ci.

Au sein même du gouvernement Trudeau, les libéraux ne s’entendent pas sur l’emplacement d’un nouveau pont. C’est de notoriété publique que l’ancien député d’Ottawa-Vanier, Mauril Bélanger, ne voulait pas d’un pont sur l’île Kettle. Sa successeure, Mona Fortier, n’est pas plus chaude envers l’idée. S’ils veulent convaincre qui que ce soit de la nécessité d’un nouveau pont dans l’Est, les libéraux ont intérêt à d’abord s’entendre entre eux.