Patrick Duquette
Le Droit
Patrick Duquette
Le ministre de la Santé, Christian Dubé, s’est indigné la semaine dernière face à un cas pathétique survenu dans nos urgences bondées.
Le ministre de la Santé, Christian Dubé, s’est indigné la semaine dernière face à un cas pathétique survenu dans nos urgences bondées.

Totalement inacceptable

CHRONIQUE / Le ministre de la Santé, Christian Dubé, s’est indigné face à un cas pathétique survenu dernièrement dans nos urgences bondées.

Dans un hôpital de Longueuil, une dame de 96 ans a dû patienter 4 jours, sans proche aidant, sur une civière de l’urgence avant d’être hospitalisée. «Totalement inacceptable!», a clamé le ministre Dubé, lorsqu’interpellé à ce sujet à l’Assemblée nationale.

En effet!

Je me demande toutefois si le ministre connaît un adjectif plus fort qu’«inacceptable» pour qualifier l’histoire qui suit. Car la mésaventure de Cécile, une Gatinoise de 95 ans, s’apparente à s’y méprendre à celle qui a tant indigné le ministre de la Santé.

Elle aussi a dû séjourner 4 jours à l’urgence de l’hôpital de Hull, voilà peu, en attendant qu’un lit se libère à l’étage. Admise le mardi matin, elle n’a été transférée à une chambre à l’étage que le samedi suivant…

Comme à Longueuil, la vieille dame a dû passer 4 jours sur une civière sans la présence de ses proches. Ils se sont fait dire que les visites n’étaient pas permises dans la zone jaune de l’urgence…

«Cécile a dû avoir l’impression qu’on l’abandonnait», regrette amèrement sa nièce Diane Martin.

Car c’est l’autre chose qu’il faut savoir dans cette histoire: Cécile a dû passer ces 4 jours dans la «zone jaune» de l’urgence. Une zone tampon, en principe réservée aux patients en attente d’un résultat de test à la COVID…

Or Cécile avait pourtant obtenu un résultat négatif dès le mercredi, ont su ses proches, soit le lendemain de son arrivée à l’urgence. Faute de civière disponible en zone verte, on l’a laissée poireauter en zone jaune jusqu’au samedi suivant…

Inacceptable, vous dites?

Pour au moins deux raisons.

Primo, l’hôpital a maintenu plus longtemps que nécessaire une dame très âgée et vulnérable en zone jaune, dans un secteur où se trouvent d’autres patients potentiellement infectés à la COVID-19. «Où est la logique?» s’interroge Mme Martin.

Secundo, jamais l’hôpital n’aurait dû refuser à des proches aidants le droit de rendre visite à Cécile, qui fait partie d’une clientèle vulnérable.

Le CISSS de l’Outaouais a admis sa faute.

«Les visites en zone jaune ne sont généralement pas permises sauf pour des situations exceptionnelles (proches aidants, clientèle vulnérable, etc). De fait, la cliente aurait effectivement dû avoir accès à sa famille», a concédé l’établissement.

Quant à son séjour prolongé en zone jaune, il s’est fait sans risque, assure l’hôpital: «Le client isolé en zone jaune est seul dans sa chambre, avec des mesures étroites pour assurer sa sécurité et celle du personnel».

Cécile a finalement été transférée au 6e étage, dans la nuit de samedi.

Mais la famille était encore sous le choc…

Pendant le séjour de Cécile à l’urgence, ses proches n’ont jamais pu parler à un médecin pour s’informer de son état de santé. Malgré des appels répétés, ils n’ont réussi qu’à parler à une infirmière, et encore, très brièvement…

Surtout, la famille garde un goût amer du fait que leur Cécile a dû fêter son 95e anniversaire de naissance sur une civière de l’urgence, le jeudi, confuse et entourée de gens qu’elle ne connaissait pas.

Ses proches ont bien tenté de lui faire passer des petites douceurs. Sans succès - à l’exception de cartes le jour de sa fête.

«À l’accueil de l’urgence, ils n’ont même pas volu prendre ses pantoufles. Comme si le virus allait se coller dessus!», regrette encore Diane Martin.

La famille a eu l’impression qu’on lui volait de précieux moment avec un être cher. «Nous qui nous étions juré de ne jamais laisser Cécile seule après le décès de son mari, il y a 23 ans. On trouve cela bien triste.»

Oui, bien triste. Et totalement inacceptable.

Comble de malheur, quelques jours après avoir obtenu une chambre (pas de téléphone!) qui permet des visites pour Cécile, une autre tuile est tombée sur la famille. Depuis jeudi, le CISSSO interdit de nouveau les visites pour cause de région rouge.

Et tout est à recommencer...