Patrick Duquette
Le Droit
Patrick Duquette
Près de deux semaines après avoir été testés positifs à la COVID-19, six des sept résidents du CHSLD de Saint-André-Avellin ont repris du poil de la bête. La maladie avait également infecté deux employés. Ils terminent leur quarantaine dans quelques jours.
Près de deux semaines après avoir été testés positifs à la COVID-19, six des sept résidents du CHSLD de Saint-André-Avellin ont repris du poil de la bête. La maladie avait également infecté deux employés. Ils terminent leur quarantaine dans quelques jours.

Récit d’une éclosion contrôlée

CHRONIQUE / Quand on a appris, il y a deux semaines, que le CHSLD Saint-André-Avellin était le théâtre d’un foyer d’éclosion, je me suis dit: ça y est, on va y goûter.

La situation était déjà hors de contrôle dans certaines résidences de la région de Montréal.

Le Québec commençait juste à prendre la pleine mesure de la tragédie qui avait frappé la Chine et l’Italie avant nous. À comprendre à quel point ce virus, lorsqu’il entre dans un foyer de vieux, prend le contrôle de tout.

Mais au CHSLD Saint-André-Avellin, il n’y a pas eu d’hécatombe.

Près de deux semaines après avoir été testés positifs à la COVID-19, six des sept résidents ont repris du poil de la bête. La maladie avait également infecté deux employés. Ils terminent leur quarantaine dans quelques jours.


« [...] Nous étions prêts. On a bougé très rapidement »
Olivier Dion

Le méchant virus n’a pas envahi le petit CHSLD de 96 résidents. Aucun nouveau cas n’a été signalé depuis ce fameux Vendredi saint.

La situation semble sous contrôle.

Pourquoi?

«Je pense que la clé, c’est que nous étions prêts. On a bougé très rapidement», avance Olivier Dion, directeur adjoint à la direction du soutien à l’autonomie des personnes âgées au CISSS de l’Outaouais.

Mais il y a aussi eu, sans doute, une part de chance dans la gestion de crise.

Quand la direction du CHSLD a eu un doute sur l’état de santé de deux résidents, elle n’a fait ni une ni deux. Elle a fait tester tout le monde. Les deux cas suspects, les 96 résidents et 125 employés.

C’est ainsi, m’a raconté une source bien informée, qu’on a pu découvrir rapidement cinq cas asymptomatiques. Des gens porteurs du virus qui n’affichaient aucun symptôme. C’est souvent par ces cas asymptomatiques que la maladie se répand insidieusement dans les CHSLD. Qui sait les dommages que ces cinq-là auraient pu causer à l’intérieur de la résidence s’ils n’avaient pas été identifiés à temps.

«Ce qu’on a fait, en lien avec la Santé publique, c’est la même étude épidémiologique qui est faite dans chaque centre, reprend Olivier Dion. Dans le fond, on a ratissé très, très large au moment de cibler les résidents et le personnel qui devait être testé. On a fait la même chose au CHSLD Lionel-Émond [l’autre foyer d’éclosion signalé en Outaouais, également sous contrôle].»

«On a rapidement circonscrit une zone rouge pour y transférer les résidents malades, poursuit Olivier Dion. Le mur de séparation était prêt, le matériel était prêt. On avait les équipements de protection. On avait une infirmière en prévention des infections. Avant même que ça sorte dans les journaux, on avait appelé toutes les familles pour les aviser qu’un test avait été fait et pourquoi on l’avait fait…»

On m’a aussi raconté qu’un des gestionnaires du centre a été frappé par la COVID-19 et qu’un ancien gestionnaire est venu rapidement prendre la relève. On m’a aussi vanté la réponse du personnel. Malgré l’anxiété générée par la présence de la maladie, tout le monde a répondu à l’appel.

«Le personnel a fait un travail extraordinaire, confirme Olivier Dion. Il était très mobilisé et a respecté les consignes. Ça a joué pour beaucoup. On a aussi beaucoup de personnel dédié dans nos zones chaudes. Ça permet d’avoir des champions en prévention des infections. Ils connaissent les façons de faire. Comment s’habiller, se déshabiller, désinfecter… C’est la clé, je pense.»

En tout cas, l’Outaouais se tire bien d’affaire jusqu’à maintenant sur le front des CHSLD.

«J’ignore ce qui se passe dans les autres régions. Mais ce que je peux dire, c’est que la rigueur qu’on y met fait que, justement, on réussit, peut-être, à s’en sortir bien.»

Peut-être, M. Dion?

«Peut-être parce qu’il ne faut présumer de rien», a-t-il dit.

Ce virus est tellement pernicieux. Il faut se garder de le sous-estimer.