Patrick Duquette
Le Droit
Patrick Duquette
Pour des associations de quartier et de nombreux citoyens, Destination Vanier a été comme un électrochoc. L’étincelle qui les a soudain fait s’intéresser à la vie municipale.
Pour des associations de quartier et de nombreux citoyens, Destination Vanier a été comme un électrochoc. L’étincelle qui les a soudain fait s’intéresser à la vie municipale.

Questions claires, réponses brumeuses

CHRONIQUE / Je suis allé «faire un tour» à la consultation sur le nouveau plan d’urbanisme de Hull-Aylmer, mardi soir.

Confinement oblige, c’était une consultation en ligne.

Pour tout dire, j’en suis ressorti déçu - et vaguement frustré.

C’est bien beau de consulter la population.

Mais est-ce qu’on pourrait faire un effort pour vulgariser les enjeux?

Serait-ce aussi possible de répondre simplement, directement, aux questions des gens?

Je ne doute pas de la compétence des urbanistes de Gatineau.

Mais répondre simplement à une question simple semble au-dessus de leurs forces.

Ils s’expriment dans leur propre dialecte, à coups de grilles d’analyse et de numéros de règlements.

Autant dire de l’ouzbek pour la moyenne des gens.

C’est dommage, parce que l’intérêt est là.

En début de soirée, on a annoncé qu’il y avait 350 personnes en ligne.

De mémoire de journaliste, ce doit être un record olympique pour ce genre de consultation à Gatineau.

Qu’est-ce qui explique une telle participation?

On sent que c’est l’épisode navrant de Destination Vanier qui a fait déborder le vase.

Des centres commerciaux tous à l’auto comme celui-là, sur le chemin Vanier, les gens n’en veulent plus.

Les gens n’ont pas accepté qu’un tel projet passe sous le radar de l’administration Pedneaud-Jobin.

Pour des associations de quartier et de nombreux citoyens, Destination Vanier a été comme un électrochoc.

L’étincelle qui les a soudain fait s’intéresser à la vie municipale.

La question a d’ailleurs surgi au beau milieu de la consultation: le nouveau plan d’urbanisme permettra-t-il d’autres Destination Vanier?

Question claire s’il en est une.

Qui exigeait une réponse tout aussi claire: non.

Mais voilà, le fonctionnaire a refusé de parler de ce cas particulier…

Il a plutôt évoqué un certain article 477.5.

Il a fait référence à de nouvelles obligations pour les commerces situés à proximité d’une station de transport en commun, de même que des contraintes liées au stationnement souterrain.

Je me risque à traduire sa réponse: non, il n’y aura pas d’autre Destination Vanier.

Mais impossible d’en être sûr.

La consultation en ligne ne permettait pas de poser des questions d’éclaircissement.

L’administration avait le total contrôle du processus. Un format idéal pour elle. Sans débat, sans discussion, sans débordement.

On a d’ailleurs clairement indiqué aux citoyens que le but de l’exercice était de faire adopter les changements l’automne prochain.

Autrement dit: dépêchez-vous de poser vos questions, qu’on en finisse.

Comme je disais: décevant et frustrant.

Certains diront que la moitié des questions du public étaient sans rapport avec le plan d’urbanisme. Pas d’accord.

Toute la soirée, j’ai entendu des citoyens poser des questions très pertinentes sur des enjeux qui les touchent de près.

Sur les changements climatiques, la protection des boisés et des zones humides.

Sur la qualité de vie, les parcs, la valeur des maisons.

Sur les quartiers qui poussent plus vite que les rues sont capables d’en prendre.

Sur ces nouvelles écoles qui arrivent toujours avec deux ou trois longueurs de retard sur les nouveaux quartiers.

Sur les infrastructures de transport qui ne suivent pas le rythme.

Les gens, on le sent, en ont assez du développement à tout crin dans les secteurs de Hull-Aylmer.

Ils rêvent d’un développement mieux planifié, et plus respectueux de l’environnement.

J’aurais aimé voir intervenir plus souvent la conseillère Maude Marquis-Bissonnette, responsable des dossiers d’aménagement du territoire à Gatineau.

Ne serait-ce que pour rassurer les gens qui trouvent que la Ville se traîne les pieds sur le front des changements climatiques ou de la protection des arbres.

Si on veut maintenir intact l’intérêt des citoyens pour la chose municipale, il faut leur offrir mieux que des réponses brumeuses à ces questions qui les touchent de près.

Vivement la création d’un office de consultation publique à Gatineau.