Patrick Duquette
Une directive du gouvernement Legault permettra aux proches aidants d’effectuer un retour dans les CHSLD du Québec. Une directive que déplorent plusieurs médecins de l’Outaouais.
Une directive du gouvernement Legault permettra aux proches aidants d’effectuer un retour dans les CHSLD du Québec. Une directive que déplorent plusieurs médecins de l’Outaouais.

Proches aidants: un risque inutile

CHRONIQUE / Je persiste à trouver que c’est un risque inutile, mais bon…

Malgré les réticences de nombreux médecins, des proches aidants pourront effectuer sous peu un retour dans les CHSLD de l’Outaouais.

Un nombre limité d’entre eux sera autorisé à aller prodiguer des soins à un être cher comme ils le faisaient avant le confinement.

Le CISSS de l’Outaouais obtempère ainsi à une directive controversée du gouvernement Legault.

Aux yeux de plusieurs, le retour des proches aidants risque de faire rentrer le « démon » dans les CHSLD de la région jusqu’ici largement épargnés par la COVID-19.

Tout en suivant les consignes de Québec, le CISSS semble toutefois avoir entendu les craintes du personnel médical.

Il a mis en place une procédure afin de limiter au maximum les risques de transmission du redouté virus.

Ainsi, seulement 4 CHSLD de l’Outaouais — un par MRC — autoriseront le retour des proches aidants.

Dans l’immédiat, seulement une cinquantaine de proches aidants, déjà connus des directions, pourront retourner au chevet de l’être cher.

Avant d’être admis, un proche devra présenter un test de dépistage négatif à la COVID-19. Il signera aussi un formulaire par lequel il s’engage à respecter à la lettre la procédure en vigueur.

Il devra suivre une formation, et revêtir un équipement de protection complet : masque, jaquette et gants. Le CISSS estime avoir assez de matériel pour en fournir aux visiteurs.

Chaque visite sera supervisée étroitement par le personnel médical en place.

« Le moindre écart de conduite sera sanctionné par un retrait instantané et sans appel du droit de visite », prévient Olivier Dion, directeur adjoint à la direction du soutien à l’autonomie des personnes âgées.

Le CISSSO a l’intention d’autoriser au maximum deux courtes visites par jour, par CHSLD. Chaque fois avec des plages horaires bien définies et des soins précis à donner.

Le proche aidant ne pourra quitter la chambre du résident sous aucun prétexte. Dès qu’il aura terminé de nourrir ou de laver l’aîné, il devra quitter les lieux.

« Et si une journée donnée, il manque de personnel pour superviser la visite d’un proche aidant, celle-ci sera tout bonnement annulée, indique Olivier Dion. Même chose s’il manque de matériel de protection. »

Le CISSS admet qu’il a dû faire un choix déchirant.

Habituellement, les familles des résidents sont les bienvenues dans les CHSLD. Certains y passent des journées complètes à s’occuper de leur proche, à le nourrir, le laver et lui donner des médicaments. « En temps normal, on a tendance à dire que les familles font partie de notre équipe », explique Olivier Dion.

Mais en temps de pandémie, la normalité n’a plus cours.

« Ce n’est pas du tout évident de dire aux proches qu’on ferme les portes et que seul le personnel est admis. Il fallait trouver un compromis. Et le compromis, pour moi, c’est de gérer le risque en encadrant avec rigueur un nombre limité de visites. »

La décision du CISSS plonge dans le désarroi Marc Desjardins, directeur général de la table de concertation des aînés et des retraités de l’Outaouais.

Il aurait préféré le maintien de l’interdiction totale de visite.

« Je comprends les familles d’être inquiètes et de vouloir aider leurs proches. Mais ce faisant, ils mettent l’ensemble des aînés et du personnel à risque, pas seulement leur proche parent. Les aînés qui habitent dans les CHSLD sont les plus vulnérables de notre société. Il faut des mesures étanches pour les protéger. »

On dira ce qu’on voudra, les visites viendront fragiliser un écran de protection déjà précaire.

À Ottawa, à Montréal, on voit trop bien ce qui se produit lorsque le virus contourne les défenses. Pas sûr du tout que le jeu en vaut la chandelle.