Patrick Duquette
Le lieutenant-gouverneur du Texas, Dan Patrick
Le lieutenant-gouverneur du Texas, Dan Patrick

On n’en fait pas trop

CHRONIQUE / Aux États-Unis, le lieutenant-gouverneur du Texas, Dan Patrick, a tenu des propos troublants. Il a déclaré que les grands-parents, comme lui, devaient être prêts à mourir pour sauver l’économie du pays. Sous-entendu: les mesures de confinement, qui ralentissent l’économie, sont une menace plus grande encore que le virus lui-même.

Je n’ai rien entendu d’aussi radical au Canada. Mais de temps à autre, un lecteur m’écrit pour me dire qu’on en fait trop pour combattre la pandémie. Que ce n’est, après tout, qu’une grippe comme les autres. Et que mettre toute l’économie d’un pays sur pause, c’est cher payer pour contrer un virus.

Chaque fois je réponds: une grippe comme les autres, vraiment?

En Espagne, ils ont enregistré 838 décès en une seule journée ce week-end. Un troisième record de mortalité en trois jours. Le pays craint maintenant la saturation de ses hôpitaux.

Avez-vous vu ces images diffusées par un hôpital de Washington montrant la vitesse à laquelle la COVID-19 se propage dans des poumons sains? C’est laid. Pas étonnant que les plus malades meurent noyés dans leurs secrétions.

Pourquoi craint-on à ce point de saturer nos hôpitaux? J’en discutais ces derniers jours avec un responsable de santé publique. C’est simple à comprendre. Un patient gravement atteint de la COVID-19 doit être placé sous respirateur pendant, tenez-vous bien, deux à trois semaines. Trois semaines! Pas étonnant qu’on craigne le manque de lits et de respirateurs.

En outre, le patient doit être placé dans un coma artificiel pour aider son organisme à mobiliser son énergie contre le virus. Si bien qu’à son réveil, il aura besoin de plusieurs semaines de réhabilitation pour retrouver l’usage de ses muscles et de ses nerfs atrophiés par cette longue période d’inactivité.

À condition qu’il ait survécu, bien sûr.

C’est pour cela qu’on craint la saturation des hôpitaux. Qui dit saturation, dit choix éthiques. Autrement dit: qui on sauve, qui on laisse mourir entre un «vieux» de 80 ans et des «jeunes» de 50, 60 ou 70 ans. Personne ne souhaite en arriver à des choix aussi déchirants. Nous vivons dans un pays qui s’est donné un système de santé universel justement pour se donner les moyens de soigner tout le monde, sans distinction.

D’une certaine manière, nous avons de la chance. Le Canada est l’un des derniers pays à passer sous le rouleau compresseur du coronavirus. Nous avons appris des erreurs des autres. La Chine, l’Italie, la France, l’Espagne, les États-Unis ont branlé dans le manche avant d’imposer des mesures strictes de confinement pour «aplatir» la désormais célèbre courbe.

Au Québec, en Ontario, nous avons réagi très vite. Pas que nous soyons plus fins que les autres. Simplement, nous avons eu plus de temps que les premiers pays touchés pour voir la vague arriver et s’y préparer. Et nous sommes sur le point de vérifier si notre réaction a été la bonne, alors que l’épidémie gagne du terrain au Canada.

À la fin, il s’en trouvera pour dire que nous avons surréagi au coronavirus. Comme il s’en est trouvé pour dire que la menace du bogue de l’an 2000 ou du SRAS a été surestimée. Ce sera le signe que nous avons réussi. Pas que nous étions dans l’erreur.