Des doutes persistent quant à la date de livraison du train léger à Ottawa.

O-Train : du grand théâtre

CHRONIQUE / Dans la grande salle de l’hôtel de ville d’Ottawa où se réunissait le comité des finances, mardi matin, une seule et même question était sur toutes les lèvres. Après déjà deux reports, le train léger d’Ottawa sera-t-il enfin prêt à la date prévue du 31 mars ?

Le maire Jim Watson a posé d’entrée de jeu la question à Peter Lauch, le grand patron de Groupe de transport Rideau (GTR), et donc l’homme à la tête du consortium chargé de coordonner la mise en oeuvre de ce gigantesque chantier de 2,1 milliards.

Réponse claire et sans équivoque de M. Lauch : oui, le train sera prêt à la fin mars.

Bien voilà, c’est réglé, non ? Pas si vite.

L’ennui, c’est que ni le maire Jim Watson ni le grand patron d’OC Transpo, John Manconi, n’accorde foi aux paroles optimistes de M. Lauch. À six semaines de la date butoir du 31 mars, il reste trop de choses à vérifier, en trop peu de temps, pour raisonnablement espérer que le train sera livré à temps, juge le maire Watson.

John Manconi ne cache pas non plus son scepticisme. Contrairement au GTR, il estime « très peu probable » que les délais seront respectés. Après tout, seulement 24 des 34 trains-doubles qui feront la navette entre les stations Blair et Tunney’s Pasture ont été certifiés ou sont sur le point de l’être. Autre gros point d’interrogation : il reste très peu de temps pour réaliser le test ultime : faire rouler le train en conditions réelles, pendant 12 jours consécutifs, sur toute la longueur du trajet, sans qu’on ait à déplorer la moindre anicroche. Au train où vont les choses, il faudra réussir le test ultime du premier coup pour rester dans les temps !

Essentiellement, la réunion d’hier ressemblait à une mise en scène destinée à faire porter l’odieux de nouveaux retards au Groupe de transport Rideau. Du grand théâtre ! Le maire Watson s’était engagé par le passé en affirmant haut et fort que le train léger serait livré dans les délais et dans les budgets prévus. Il a décidé que l’on ne l’y reprendrait plus. Cette fois-ci, il s’est arrangé pour que quelqu’un d’autre se mette la tête sur le billot.

Et qui de mieux que Peter Lauch ? Le Groupe de transport Rideau a tout intérêt à s’en tenir le plus longtemps possible à la date du 31 mars. Tout retard supplémentaire l’expose à une amende de 1 million $. C’est sans compter qu’Ottawa menace de lui refiler la facture associée aux deux reports précédents. Elle retient même à cette fin deux paiements totalisant la rondelette somme de 262 millions. On peut prédire, sans trop de risque de se tromper, que ce litige se réglera devant les tribunaux.

Au risque de décevoir les usagers impatients d’étrenner le O-Train, d’autres retards se profilent à l’horizon. Sera-ce quelques semaines, quelques mois ? Difficile à dire. Mais est-ce si dramatique ? Un projet comme le O-Train est complexe et unique en son genre. D’autres projets de train léger à Hamilton, Toronto, Brampton ou Kitchener, ont tous connu des retards. Une fois que le O-train sera sur les rails, on aura vite fait d’oublier les retards qui ont marqué sa réalisation.

D’ici là, il reste un ou deux petits détails à régler…