À Dunrobbin, en Ontario, les résidents tentent du mieux qu’ils le peuvent de protéger leurs maisons.

Notre planète inconnue

CHRONIQUE / « On entre dans une zone inconnue ».

Avec cette phrase qu’on dirait tirée d’un épisode de Star Trek, le maire Maxime Pedneaud-Jobin a bien résumé la situation des inondations à Gatineau.

Les précipitations, combinées à la fonte des neiges dans le Nord, vont faire gonfler les rivières à un niveau record d’ici lundi ou mardi. Une situation qui va perdurer environ… deux semaines. Bref, Gatineau et une bonne partie de l’Outaouais s’apprêtent à revivre ce que la région a vécu en 2017. Mais en pire. Et pendant une plus longue période de temps.

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Même Ottawa, de l’autre côté de cette même rivière, semble enfin se réveiller. Encore mercredi, le maire Jim Watson affirmait que la situation était maîtrisée. Deux jours plus tard, il décrète l’état d’urgence, appelle l’armée canadienne à la rescousse. Sans compter le premier ministre ontarien Doug Ford qui débarque en ville pour encourager les sinistrés.

Comparé à Gatineau, qui s’est préparé très tôt au risque de se préparer pour rien, Ottawa a semblé prendre à la légère la menace de la crue printanière.

Les autorités semblent maintenant convaincues qu’on se dirige vers des inondations pires qu’en 2017. On entre dans une zone inconnue. Pour reprendre l’analogie avec Star Trek, je dirais même qu’on débarque sur une planète inconnue, imprévisible. Une Terre où la nature, au lieu d’être notre amie, est une créature liquide et menaçante, qui détruit tout sur son passage.

Savez-vous à quoi je pense en voyant des riverains ériger des digues ? À mon enfance. Avec mon frère, on érigeait des barrages avec des cailloux et du sable pour détourner l’eau de pluie qui coulait vers l’égout. Peu importe la grandeur de l’ouvrage, peu importe les efforts pour rendre nos barrages étanches, l’eau finissait toujours pas gagner. La seule différence, c’est qu’on ne faisait pas ça pour protéger nos maisons.

Vous avez vu ce qui s’est passé en Beauce ? Là-bas, même des fondations réputées insubmersibles n’ont pas tenu le coup face à la puissante crue des eaux. Des fondations conçues comme des coques de bateau. Elles ont tellement bien rempli leur rôle que l’eau a soulevé les maisons… avant de les laisser s’affaisser sur le côté, comme une baleine échouée sur la plage. Comme je disais, l’eau finit toujours pas gagner.

Il n’y a pas si longtemps, on imaginait les changements climatiques comme un scénario d’Hollywood. 

La fonte de la calotte polaire ferait monter le niveau de la mer. De grandes villes côtières se retrouveraient sous les flots déferlants de l’océan. Surprise : New York n’est pas engloutie sous les eaux. C’est plutôt une partie de Gatineau qui disparaît sous la rivière.

Nous venons d’atterrir sur une planète inconnue où la nature a cessé d’être notre alliée. Au contraire, elle nous empoisonne la vie, détruit nos quartiers, force la fermeture d’autoroutes et de ponts. Mieux que tous les cris d’alarme des scientifiques, les inondations de 2019 sont en train de nous faire prendre conscience du coût matériel et humain des changements climatiques.

Parlant de science, le scientifique en chef du Québec, Rémi Quirion admettait cette semaine dans Le Devoir que le lien entre les inondations et les changements climatiques, qui n’était pas évident en 2017, l’est devenu en 2019.

Même Doug Ford, monsieur antitaxe sur le carbone par excellence, a concédé l’existence de ce lien lors de son passage à Ottawa. Quand même Doug Ford admet l’impact des changements climatiques, l’heure est grave.