Patrick Duquette
Le Droit
Patrick Duquette
Depuis mercredi, la frontière entre le Québec et l’Ontario est sous surveillance.
Depuis mercredi, la frontière entre le Québec et l’Ontario est sous surveillance.

Le virus se fout des frontières

CHRONIQUE / Dans le fond ce satané virus a instauré un nouveau code moral dans notre société. Une nouvelle hiérarchie du bien et du mal. Qui se mesure, le plus souvent, à deux mètres de distance.

Comme la guerre, comme le terrorisme, le virus vient réduire par la bande nos libertés individuelles. L’intérêt du plus grand nombre prime soudain sur celui des individus. Au temps de la COVID-19, la liberté des uns s’arrête là où elle met en danger la vie des autres.

Le plus étonnant peut-être, c’est que la majorité des gens, du moins au Québec, ont adhéré sans trop rechigner à ce nouveau code moral qui s’est imposé dans nos vies en moins de trois petites semaines.

Comme de bons soldats, on respecte les consignes du général Legault et du colonel Arruda. En se disant : c’est temporaire. En se disant aussi : c’est une question de survie. Si on met tous la main à la pâte, si on respecte tous les règles d’hygiène et de confinement, le mal ne durera que quelques semaines, quelques mois… Puis le virus s’en ira et nous retrouverons, grosso modo, nos vies d’avant, notre liberté d’antan.

N’empêche qu’en attendant, certaines images frappent l’imagination tant elles évoquent les mesures de guerre.

Le premier ministre du Québec, François Legault et le Dr Horacio Arruda

On le voit ici, dans la région d’Ottawa-Gatineau, où le virus a réussi à accomplir une chose inimaginable en d’autres circonstances : depuis mercredi, la frontière entre le Québec et l’Ontario est sous surveillance. Des policiers contrôlent sporadiquement les allées et venues à la sortie québécoise des ponts interprovinciaux.

Depuis mercredi, il y a une frontière entre nos deux provinces. Avec une douane. Oh, une douane bien amicale. Les policiers ne sont pas trop inquisiteurs. Ils n’exigent pas de laissez-passer comme en France. Ils ne demandent pas si vous avez quelque chose à déclarer. Il n’y a pas de chiens fouineurs à la recherche de drogue ou d’armes cachées dans les véhicules.

À LIRE AUSSI: Contrôles policiers à la frontière entre Ottawa et Gatineau [VIDÉO]

Ces douanes, et les questions qu’on y pose, sont à l’image de notre nouveau code moral. Qui discrimine, par arrêté ministériel, les déplacements essentiels et les déplacements inutiles en Outaouais.

Des policiers contrôlent sporadiquement les allées et venues à la sortie québécoise des ponts interprovinciaux.

— Bonjour monsieur, bonjour madame. Où allez-vous de si bon matin ? Vous vous rendez au travail ? À un examen médical ? Vous livrez des marchandises essentielles ? Vous pouvez passer.

Vous allez magasiner ? Passer le week-end à votre chalet ? Ce n’est pas valable, rebrousser chemin.

Vous me direz peut-être qu’il ne faut pas en faire tout un plat. Que ce n’est pas le seul barrage routier établi au Québec au cours des derniers jours. Non. Sauf que des contrôles routiers installés sur des ponts qui traversent le cœur urbain d’une région de 1,4 million d’habitants, ça frappe l’imagination. Plus qu’un barrage établi au fin fond d’une route de campagne.

L’autre aspect à considérer, plus troublant, c’est que la surveillance des ponts a mis en lumière nos divergences régionales en ce qui a trait aux moyens pour lutter contre la COVID-19. C’est seulement du côté québécois de la frontière qu’on juge nécessaire de contrôler les déplacements interprovinciaux. L’Ontario a refusé d’emboîter le pas, prétextant que la question relevait du gouvernement fédéral.

Si les deux provinces sont incapables de s’entendre sur la fermeture des ponts, qu’est-ce que ce sera si jamais les hôpitaux d’un bord ou de l’autre de la rivière manquent de matériel ? Ou sont surchargés de malades ? Est-ce que les directions de la santé publique de l’Ontario et du Québec ont envisagé ce genre de scénario ?

Le virus se fout des frontières. Plus que jamais, c’est le temps de collaborer. Pas de faire comme si l’autre province n’existait pas.