Patrick Duquette
Le Droit
Patrick Duquette
Heidi Wagner est convaincue d’avoir contracté la COVID-19.
Heidi Wagner est convaincue d’avoir contracté la COVID-19.

Le drame des présumés COVID

CHRONIQUE / Le drame de Heidi Wagner?

Elle n’a jamais été testée positive à la COVID-19.

Vous allez me dire: ce n’est pas un drame, ça!

Si, pourtant.

Parce que la Gatinoise de 50 ans est certaine d’avoir attrapé la COVID au début du mois de mars dernier. Mais elle n’a aucun document officiel pour le prouver.

C’était l’époque, rappelez-vous, où les autorités refusaient de faire passer des tests systématiques. Il fallait économiser les trop rares écouvillons…

Bref, seuls ceux qui revenaient d’un voyage à l’étranger ou faisaient de la fièvre étaient admissibles à un test.

Or Heidi Wagner ne faisait pas de fièvre.

Quant à son voyage aux États-Unis, il remontait à la mi-février, donc presque trois semaines avant qu’«un» puissant virus ne la cloue au lit pour une semaine complète.

Je dis «un» virus, mais pour Heidi Wagner, il n’y a pas de doute, il n’y en a jamais eu. C’est «LE» virus, le coronavirus, qui l’a frappée de plein fouet au début du mois de mars.

Et qui lui empoisonne encore la vie, six mois plus tard.

Car Heidi Wagner en est convaincue: elle fait partie des victimes de la COVID qui éprouvent des symptômes persistants longtemps après leur infection. Ceux qu’on appelle les COVID-longs, ou encore les malades au long cours.

Après la phase active de la maladie, Heidi Wagner a repris du mieux. Au point de se croire tirée d’affaire. Jusqu’à ce que la toux revienne, intense, au mois de mai. Accompagnée cette fois de douleurs articulaires aux épaules, d’insomnie…

Au début, elle a mis ça sur le compte du stress. Le confinement portait sur les nerfs de tout le monde.

«Mais rendu au mois de juin, je n’étais plus capable de travailler. J’étais fatiguée tout le temps, je commençais à avoir des étourdissements, raconte-t-elle.

«Pendant les mois de juillet et août, les symptômes ont empiré. Étourdissements, difficultés de concentration, faiblesse musculaire… Dire que l’été dernier, je faisais du vélo et du yoga tous les jours, en plus de m’entraîner au gym!»

Au bout du fil, je l’entends qui mouche et qui éternue comme une bonne.


« J’ignore quand je vais guérir, ou même si je vais guérir… »
Heidi Wagner

«Je suis carrément malade!, laisse-t-elle tomber. J’ai aussi eu des problèmes de vision, j’entends très mal, j’ai perdu le sens de l’odorat à un moment donné. Ça a complètement bouleversé mon existence. Je suis incapable de vivre normalement. Je suis en congé d’invalidité et j’ignore quand je pourrai retourner au travail.»

Elle a passé toutes sortes d’examens médicaux. «J’ai été testée pour des déficiences nutritionnelles, l’anémie, le lupus, la maladie de Lyme, le syndrome auto-immunitaire…»

Tout était négatif. Y compris les tests à la COVID qu’elle a passés en juillet et en août.

Le pire? «J’ignore quand je vais guérir, ou même si je vais guérir…» soupire-t-elle.

Ai-je dit le pire?

Le pire, pour bien des gens qui souffrent des symptômes à long terme de la COVID, c’est le scepticisme ambiant.

«C’est de faire face à l’incrédulité alors qu’on souffre bel et bien physiquement», poursuit Mme Wagner.

J’en reviens à mon début: le drame de Heidi Wagner, c’est de ne jamais avoir été testée positive à la COVID-19.

Dans une société où circulent toutes sortes de théories du complot, un test positif devient un certificat de conformité, un gage de crédibilité, voire une porte d’entrée dans le système de santé.

Dans le cas de Mme Wagner, un médecin de Gatineau a décidé de la croire sur parole.

Il a écrit sur son billet médical: syndrome post-viral, présumé COVID…