Patrick Duquette
Le Droit
Patrick Duquette
Gilles Rainville (père), Camille Chartrand (fille), Vincent Rainville (fils) et Martine Chartrand (mère)
Gilles Rainville (père), Camille Chartrand (fille), Vincent Rainville (fils) et Martine Chartrand (mère)

L’appel de la planète

CHRONIQUE / Ils ont reçu l’appel de Dieu.

À une époque, c’est ce qu’on disait des gens qui s’engageaient à devenir prêtre ou bonne soeur.

J’écoutais Martine Chartrand me parler de sa famille écolo. De leur engagement commun - son mari, ses deux enfants et elle - à bannir le plastique, à manger végé, à vivre sans posséder de voiture…

Et je me suis dit: eux aussi ont reçu un appel.

Un appel de la planète, peut-être?

D’ailleurs, la Gatinoise se souvient très bien du moment où c’est arrivé.

C’était en 2007, elle était enceinte jusqu’au cou de Vincent, son aîné. À la télé jouait un concert bénéfice de Live Earth. Al Gore parlait de la lutte aux changements climatiques…

«Étaient-ce les hormones de la grossesse? La perspective d’avoir des enfants? Je l’ignore. Toujours est-il que c’est à ce moment-là que nous avons ressenti le besoin d’en faire plus pour l’environnement», raconte-t-elle.

Il faut dire que son conjoint Gilles Rainville et elle étaient mûrs pour une conversion. Déjà à l’époque, le couple recyclait et réutilisait tout, vivait sans voiture… Ils ont même habité un temps dans une coopérative environnementale à Ottawa. Le fait de fonder une famille leur donnait simplement le goût d’enclencher la vitesse supérieure.

Ils se sont fixé un objectif ambitieux: produire zéro déchet. S’ils y sont parvenus? Non, pas encore. «Mais ça fait trois ans qu’on n’achète plus de produits pour la lessive, la vaisselle, le ménage ou les cheveux dans des contenants de plastique», raconte Martine Chartrand. Les produits ménagers et le shampoing, elle se les procure en vrac dans des épiceries spécialisées de Gatineau.

La famille est devenue végétarienne après une visite au supermarché. À cause de la plus jeune, Camille, 9 ans.

«À sa manière enfantine, c’est une véritable activiste pour les animaux, poursuit sa mère. Nous étions à l’épicerie, près de la poissonnerie. À l’époque, on mangeait déjà juste du poisson et du poulet. En voyant des homards, Camille s’est exclamée: on mange ça, de vrais poissons? Elle était traumatisée! Après une discussion en famille, on a décidé de devenir végétarien. Mais on a fait le pas après mûre réflexion. On a même consulté une nutritionniste pour s’assurer qu’il ne manquerait de rien dans notre alimentation. On ne voulait pas nuire à la croissance des enfants.»

Oui, il y a eu des sacrifices.

Le plus dur?

«Pendant longtemps, j’ai pensé que mes sacs de chips étaient réutilisables, soupire Martine. Quand j’ai réalisé que ce n’était pas le cas, j’ai arrêté d’en manger. Or j’adore les chips… j’avoue que j’ai eu une rechute le mois dernier. Et peut-être que j’en aurai une autre à l’Halloween. Nous sommes humains après tout. On aime se faire plaisir!»

Je l’écoutais me décrire toutes ses petites victoires sur la surconsommation.

Cette manière de se repasser les vêtements d’un membre de la famille à l’autre. Puis de transformer les pantalons en shorts. Puis une fois qu’ils sont bien usés, de les découper en retailles pour en faire des tapis ou un recouvrement de canapé.

Je l’écoutais me raconter l’épicerie à pied, en vélo ou en autobus. Les milliers d’efforts pour trouver des produits qui ne sont pas suremballés dans le plastique. «Dans mon panier d’épicerie, j’essaie d’avoir moins de 10 articles emballés avec du plastique à usage unique», confie-t-elle.

Ouf, c’est compliqué, non, le zéro déchet?

«J’en connais qui passent des heures à découper des coupons, à magasiner des rabais, rétorque Martine Chartrand. Alors non, ce n’est pas si dur que cela. C’est juste de faire des recherches, de s’organiser en conséquence.»

Et d’accepter les défaites à l’occasion.

«Je déteste le plastique, mais mon garçon est accro aux blocs Lego. Alors je l’accepte. Ma fille voulait un skate-board pour sa fête. Mais elle était trop petite pour en avoir un en bois. Alors on lui en a acheté un en plastique. On fait des concessions, mais c’est en faveur du développement des enfants.»

La famille Chartrand-Rainville a reçu le prix de la famille écoresponsable de l’année, jeudi dernier, au concours d’excellence en environnement Les Vertuoses d’Enviro Éduc-Action. Un prix bien mérité. Dans leur cas, répondre à l’appel de la planète est devenu une seconde nature…