La voix du peuple s’est fait entendre plutôt deux fois qu’une au cours des derniers mois, pour dire que le projet d’agrandissement du Château Laurier à Ottawa n’était pas à la hauteur du prestigieux hôtel historique.

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CHRONIQUE / Les élus sont censés être la voix du peuple, non ?

Or la voix du peuple s’est fait entendre plutôt deux fois qu’une au cours des derniers mois.

Et c’était pour dire que le projet d’agrandissement du Château Laurier à Ottawa n’était pas à la hauteur du prestigieux hôtel historique.

Des centaines, voire des milliers de citoyens se sont prononcés contre le concept architectural proposé par le propriétaire de l’hôtel, Larco Investment.

Des défenseurs du patrimoine, des architectes de renom et des politiciens ont comparé l’agrandissement à une grosse boîte carrée, à un radiateur géant, voire à un hideux conteneur maritime.

C’est vrai qu’un concept architectural fait rarement l’unanimité. Dans le cas des projets présentés par Larco, s’il y a eu unanimité, c’est contre le concept proposé.

Et pourtant, à moins d’une surprise de dernière minute, le projet d’agrandissement de 7 étages et 147 chambres ira de l’avant.

Une motion déposée mercredi par le conseiller Mathieu Fleury pour révoquer le permis patrimonial de Larco a été rejetée par 14 voix contre 9. Un vote de reconsidération aura lieu jeudi après-midi. Mais à si brève échéance, le résultat risque d’être le même.

Tout indique que le projet d’agrandissement ira donc de l’avant avec la bénédiction du conseil municipal. Une décision que des milliers de citoyens d’Ottawa auront de la difficulté à comprendre. Comment des élus censés porter la voix du peuple ont-il pu en arriver à voter contre sa volonté ?

Le maire Jim Watson, et les élus qui ont refusé de retirer le permis à Larco, répondront qu’une ville n’a pas à s’ingérer dans la conception visuelle d’une propriété privée. Normalement, ils ont raison. C’est au propriétaire de décider du style architectural de son édifice. La propriété privée est l’assise même de nos sociétés libérales. Où va le monde si nos gouvernements ne la respectent plus ?

Mais le Château Laurier n’est pas un bâtiment privé comme les autres. Il fait partie de la grande comme de la petite histoire d’Ottawa depuis plus d’un siècle. C’est un immeuble iconique, prestigieux, remarquable, situé à deux pas du Parlement, de la gare Union et des écluses du canal Rideau, un site du patrimoine mondial de l’UNESCO. Les grands de ce monde y ont séjourné, de même que les vedettes les plus en vue.

C’est le rôle du conseil municipal de veiller à ce qu’on ne dilapide pas une telle richesse architecturale en lui ajoutant une annexe qui ressemble à une prison. Si le conseil municipal d’Ottawa est incapable de remplir son rôle de défenseur du patrimoine, c’est au gouvernement fédéral de le faire. Au ministre de Patrimoine canadien, Pablo Rodriguez, à la ministre responsable de Parcs Canada, Catherine McKenna, d’intervenir pour qu’un joyau du patrimoine soit préservé à la hauteur des attentes.

On a tous l’impression que le Château Laurier nous appartient tellement il fait partie de notre histoire. Dans le fond, les milliers de citoyens qui se sont exprimés sur le concept de Larco ne veulent qu’une chose : que le style architectural soit à la hauteur d’un bâtiment qu’ils chérissent.

En revenant de l’hôtel de ville d’Ottawa, je suis passé devant l’hôtel Lord Elgin sur la rue du même nom. Un autre hôtel historique qui a fait l’objet d’un agrandissement. Et il n’en paraît rien tellement les annexes se marient bien avec le bâtiment original.

Larco a présenté cinq versions de son projet, sans jamais satisfaire la majorité. A-t-il pris la peine de bien écouter les gens d’Ottawa ? Il n’est pas trop tard pour écouter la voix du peuple. Tout le monde y perd quand une décision déchire une communauté de la sorte.