Patrick Duquette
Simon Fazio, étudiant, et Mario Vachon, directeur général du Collège Saint-Alexandre, dans cette toute nouvelle bibliothèque.
Simon Fazio, étudiant, et Mario Vachon, directeur général du Collège Saint-Alexandre, dans cette toute nouvelle bibliothèque.

Cool, la biblio de l’école

CHRONIQUE / Oui, ça peut être « cool » de fréquenter la bibliothèque de son école secondaire. À condition d’en faire autre chose qu’un austère entrepôt de livres, où le silence absolu est de rigueur.

Le Collège Saint-Alexandre vient d’investir un million dans la sienne. Un million provenant essentiellement de dons privés. Depuis, c’est devenu « the place to be ». L’endroit le plus couru de l’école. Des jeunes qui n’y avaient jamais mis les pieds la fréquentent régulièrement.

L’endroit séduit les élèves avec ses aires ouvertes baignées de lumière naturelle, son mobilier tendance et… des règles plus souples qu’avant. La fameuse loi du silence n’est plus de rigueur. Il est désormais permis de chuchoter dans la bibliothèque. Les jeunes peuvent s’installer à des tables ou dans une section « lounge » munie de fauteuils coquille. De fait, il y règne une ambiance feutrée… de café. On s’y sent un peu comme chez Starbucks ou Moca Loca. Le café en moins, s’entend !

« On a même le droit d’écouter de la musique en faisant nos travaux », raconte Méganne Lauzon, une étudiante de secondaire V qui fréquente la bibliothèque tous les matins.

« Moi, j’y viens tous les midis avec mes amis, raconte Simon Fazio, 14 ans. Comme ses copains, il apprécie l’ambiance décontractée. Il y vient pour étudier avec ses potes, emprunter un ordinateur portable au comptoir d’accueil ou… lire, tout simplement. Ces jours-ci, je lis Cherub (de Robert Muchamore), je suis déjà rendu au 4e de la série… »

Même les plus vieux, qui ont tendance à délaisser la bibliothèque avec l’âge, y reviennent en grand nombre. « On a remarqué une hausse des prêts chez les élèves du 2e cycle, » renchérit Méganne qui fait partie du comité d’animation de la bibliothèque.

La popularité instantanée de la nouvelle bibliothèque a surpris même le directeur général Mario Vachon. « Oui, on avait prévu créer un engouement chez les élèves. Mais pas à ce point-là », confie-t-il.

Il faut dire que l’ancienne bibliothèque, datant de 1954, était un endroit sombre, d’apparence austère, qui sentait le vieux. C’était aussi le lieu où les élèves étaient envoyés… en retenue. « Notre bibliothèque était beaucoup associée aux retenues du soir, poursuit Mario Vachon. On a voulu amener quelque chose de nouveau. En faire un endroit où les élèves se sentent bien, une oasis de paix. »

Les élèves ont été mis à contribution.

En 2016, ils ont présenté un rapport à la direction sur leur vision de la bibliothèque idéale. « C’était super bien fait, de quoi rendre jaloux bien des adultes !, de dire M. Vachon. Le comité a consulté tous les élèves pour arriver avec des recommandations très claires. On a retenu 80 % d’entre elles. »

Maintenant, on dit que les jeunes lisent moins.

Qu’ils passent trop de temps sur les écrans.

Une bibliothèque moderne, aussi cool soit-elle, leur donnera-t-elle le goût de la lecture ?

« C’est vrai que ce sont des générations très technos, convient M. Vachon. Mais nos jeunes lisent encore beaucoup. C’est fou le nombre de jeunes qui parcourent les rayons. Je ne suis pas prêt à dire que les livres sont dépassés et qu’ils ne lisent plus. »

Et toi, Simon ? Qu’en penses-tu du haut de tes 14 ans ?

« Oui, une catégorie de jeunes a décroché de la lecture pour se rabattre sur Netflix et YouTube. Mais j’en connais qui aiment lire toute la soirée. J’en suis. Je n’ai pas le goût de devenir accroc aux écrans. Je limite ma consommation à une demi-heure par jour. Plus que ça, ça devient une perte de temps ! »

Et toi, Méganne, grande lectrice de romans fantastiques et de polars ? « Moi ? Je pense qu’il se passe quelque chose d’unique quand on tient un livre de papier entre nos mains. Quelque chose que l’électronique ne pourra jamais remplacer. »