Perdre patience

CHRONIQUE / Faire la queue n'est pas mon activité préférée. Je parle d'attendre en ligne, bien sûr.
J'appréhende particulièrement les fois où je dois attendre en ligne pour inscrire Jojoba à un loisir municipal, en l'occurrence, cette semaine, un cours de natation.
Car dans mon village surnommé la perle de la Montérégie, ces inscriptions ne se font pas - encore - par Internet, et c'est très bien comme ça. Pourquoi des gens installés confortablement à leur ordinateur, en pyjama et pantoufles en Phentex, auraient-ils préséance sur ceux qui se présentent en personne ?
Donc, tout le monde attend à la queue leu leu par un petit matin nuageux. La plupart ont mon âge ou à peu près, des mères ou des pères qui prennent du temps de leurs tâches ou de leur travail pour la cause du bien-être de leur progéniture.
Et cette semaine comme les autres fois, il y en a qui essaient de passer devant tout le monde. Des vieux. Chaque fois. Des mamies et des papis assez gentils pour venir à la place de leurs enfants et pour leurs petits-enfants, mais pourquoi diable cherchent-ils à passer devant tout le monde ?
Ça me met dans un état d'agressivité qui tranche avec ma zénitude habituelle que je cultive à grands coups de yoga, de graines de chia enrobées de Nutella et d'écoute de vieux disques d'Enya.
En temps médiévaux, on les accusait de sorcellerie et les faisait brûler sur une grande place publique. Aujourd'hui, on les regarde d'un oeil torve en se disant : ouate de phoque ?
Ont-ils un agenda rempli à ras bord de réunions, de séances d'entraînement personnalisé ou de présidences de conseil d'administration de sociétés offshore qui les empêchent d'attendre leur tour ? 
Je l'ignore. Mais je les vois pester, soupirer bruyamment et faire les innocents en s'approchant du comptoir pour poser une question, puis présenter leurs papiers et se faire dire : mais vous devez attendre en ligne, monsieur !
- Ah oui ? Ah.
Et ils s'en retournent dans la file (une chance, bâtard). Avec les autres parents, on se regarde, mi-éberlués et mi-pétris par l'envie de commettre une infraction criminelle punissable par voie sommaire. Ce que nous ne faisons pas, bien sûr.
Mesdames et messieurs du troisième âge de l'impatience, par pitié, arrêtez. Vous me faites perdre ma compassion envers nos aînés qui ont travaillé dur, élevé leurs enfants à la dure et fait prospérer le pays dans des conditions parfois très dures. Parce que là, ça fait dur. 
Oui, attendre, c'est plate. Mais pourquoi ne pas en profiter pour lire le journal, par exemple ? Sur papier, tablette ou téléphone mobile ? OK, disons sur papier. Je ne voudrais pas que vous perdiez patience à essayer de faire fonctionner un gadget électronique.
Pouvoir
La Ville de Granby a encore fait de belles choses, cette fois-ci avec le parc Pelletier. De l'art, une fontaine, des chaises longues, des bancs lumineux, des cabanes à oiseaux, un « hôtel d'insectes » et de beaux sentiers pavés.
C'est juste drôle que Pascal Bonin, du temps qu'il était conseiller municipal, déchirait sa chemise à intervalles réguliers - révélant ainsi un poitrail musclé - pour dénoncer la dépense de 462 025 $ de l'ancienne administration pour installer un bloc sanitaire durable au parc Johnson (centre-ville), des toilettes - avec branchements électriques et coin d'allaitement - réclamées depuis plusieurs années par les commerçants locaux.
Quatre ans plus tard, il engloutit à peu près la même somme (529 000 $ ; une partie a été subventionnée) pour rénover... un parc. Dans le district qu'il représentait et où il habite toujours. Un parc qui, sans être impressionnant, était tout à fait joli avant. 
Je ne dis pas que c'était une mauvaise idée. Mais se pourrait-il que le pouvoir change les gens ?