Merci

Avec quelques années de retard, j’en conviens, je viens de terminer le livre La femme qui fuit, d’Anaïs Barbeau-Lavalette, et j’en suis encore bouleversé.

Je l’avais acheté en cadeau à Désirée, qui l’a commencé, mais sans le terminer. Avec le recul, c’était bizarre comme cadeau… Donner à la mère de mes enfants un livre qui relate la vie d’une obscure artiste québécoise qui a abandonné ses deux enfants très tôt pour ne réapparaître que sporadiquement dans leur vie par la suite, comme un fantôme désintéressé, était-ce vraiment une bonne idée ?

Peut-être pas. Mais je n’étais pas mal intentionné. Et aujourd’hui, je comprends pourquoi elle n’a pas voulu le lire au complet. Hormis le style original (l’auteure écrit au « tu » à sa grand-mère aujourd’hui décédée, à la manière d’un reproche, mais pas tant que ça) qui ne lui a pas plu, il y a le propos, d’une tristesse infinie.

Je me suis surpris à avoir des serrements au ventre à mi- chemin du bouquin, quand l’inexplicable survient. Mélange de lassitude, de détresse et de goût de liberté ? Toujours est-il que l’artiste Suzanne Meloche, liée au mouvement automatiste des années 1940, abandonne mari et enfants pour vivre le reste de sa vie de façon plutôt bohème, en Gaspésie, en Europe et aux États-Unis, et revenir finir ses jours à Ottawa, où elle avait grandi.

Un tel geste répugne, pourtant il est posé chaque jour dans le monde, principalement par des hommes. Quand ça vient d’une mère, on tombe des nues. Pourquoi faire ça ? Et comment y survivre ?

Pour Suzanne Meloche, les raisons sont obscures. On ne peut que les effleurer. Les conséquences, elles, ont été tangibles. Elle a souffert. Ses enfants et petits-enfants aussi. Et nous aussi quand on lit La femme qui fuit, même si ça reste une lecture prenante et fascinante.

L’idée même d’abandonner ses enfants était intolérable pour Désirée. Il suffit de la voir se démener avec Jojoba et Anastasia pour comprendre. Comme (presque) toutes les mères, son dévouement est total. Trop peut-être, des fois. Les mères ont tendance à beaucoup s’inquiéter, les pères, pas assez. À deux, on arrive à trouver des solutions sensées la plupart du temps.

Elle s’exaspère davantage que moi face aux défis quotidiens, pronostique à l’occasion des scénarios catastrophes improbables et a le sentiment — justifié — d’en faire plus que moi dans l’éducation des enfants.

Pour tout ça, je lui dis merci. Tu mérites du repos et de te faire dorloter dimanche. Mais je ne peux rien faire pour le mot « maman ! » qui sera quand même éructé un minimum de 92 fois par nos enfants.

Rétro
Parlant de mères, avez-vous remarqué que le look du maire de Granby Pascal Bonin évolue au fil du temps. Du style « mouton noir tout-aller », il est passé à celui de « Clark Kent tout- aller », avec lunettes à monture épaisse, muscles à l’avenant et cheveux peignés sur le côté.

(Clark Kent est bien entendu l’alter ego de Superman. Dans les films et les bandes dessinées, les gens ne le reconnaissent pas parce qu’il porte des lunettes. Je sais, c’est nono. Mais c’est un personnage créé en 1933, tsé.)

De là à comparer le maire de Granby à Superman, il y a un saut (dans le ciel ?) que ses pancartes électorales ont déjà fait et que je ne ferai pas. N’empêche. Est-ce voulu ?

Questionné sur ce sujet, le principal intéressé m’indique que toute ressemblance avec le superhéros originel est fortuite. Ses lunettes ont été choisies par sa conjointe et ses cheveux, par lui. Un look un peu rétro qui cadre bien avec une ville au look un peu rétro elle aussi.