Backwash

CHRONIQUE / « Ça va-tu finir ces films de superhéros là ? Me semble que c’est interminable. »

Ainsi parlait Désirée, cette semaine. Je lui pardonne parce que c’est une fille. Elle ne comprend pas tout l’attrait que ces films ont sur nous, hommes (presque) normalement constitués (et quelques filles aussi).

Elle a soupiré quand je lui ai dit que j’allais voir un énième film de superhéros au cinéma. Elle trouve qu’ils se ressemblent tous.

Là, elle a raison. C’est vrai qu’ils se ressemblent. Des costumes moulants. Un passé tragique. Un destin indéfini. Des pouvoirs hérités d’une météorite, de la magie ou encore (ça, c’est pratique) d’une expérience militaire qui a mal tourné.

Des fois, aussi, ils sont juste nés comme ça, super-héroïquement. Ça évite au scénariste d’avoir à trouver une façon originale d’expliquer comment ils ont trouvé leurs pouvoirs (par exemple, les X-Men). On ne boude pas notre plaisir pour autant.

Donc ils se ressemblent, oui, mais ils ont chacun leurs spécificités. C’est ce qui les rend attrayants. C’est comme les simples mortels que nous sommes : on se ressemble tous pas mal, mais ce sont nos petites différences qui nous rendent charmants.

Mais pourquoi on continue de trouver ces films-là intéressants, même rendus adultes ? C’est une affaire de gars, je dirais (quoique tout le monde est bienvenu). Ça fait partie de nos fantasmes de se projeter dans un personnage qui est extrêmement fort, ou extrêmement intelligent, ou extrêmement rapide (ou les trois). Et beau à part ça (pour la plupart). Et chevelu.

En plus, ils sont drôles, ils sauvent la veuve et l’orphelin et les femmes de leur entourage les adorent. Que demander de plus ?

Bon, j’admets que moi aussi, je me dis : un autre film de superhéros à l’affiche ? Non, celui-là m’intéresse moins, je n’irai pas. Mais je lis les critiques et elles disent que c’est pas mauvais. Et mon patron l’a vu et il a aimé ça (il n’est pas vraiment une référence parce qu’il les aime tous, mais quand même). Alors je me dis : ok, allons voir…

Le dernier en lice s’appelle Avengers : la guerre de l’infini. Si vous n’aimez pas les films de superhéros, je vous le déconseille fortement parce qu’il y en a à peu près 62 dans cette œuvre « intimiste » de plus de deux heures trente. Plus court que ça, de toute façon, ils n’auraient pas pu tous les faire rentrer.

Ça saute, ça crie, ça explose, ça tire du fusil bionique, le tout entrecoupé de quelques scènes de tendresse, de blagues un peu artificielles et de dialogues rondement menés. Je dis « blagues artificielles » parce que le ton du film est résolument sombre. Je ne veux pas divulgâcher, mais ça se termine très mal. Pour une fois, le méchant gagne. Et les pertes sont nombreuses. Comme si, après des années de profits et de films à profusion, les producteurs avaient décidé de faire un gros backwash dans leur piscine à superhéros.

Tout ça, c’est de la poudre aux yeux, évidemment. Ce qu’il y a de plaisant avec les films de superhéros, tout comme avec les soaps d’après-midi avec qui ils partagent un attrait pour les amours fugaces et les rebondissements exagérés, c’est que contrairement à la vie réelle, la mort n’est qu’une étape (et une façon de relever l’intrigue) et non une fin en soi.

Ne vous attendez donc pas à ce que la source se tarisse. Tant que les spectateurs (et les profits) sont au rendez-vous, ça va continuer.

À ta question Désirée, je réponds donc : idéalement, jamais ! C’est comme pour les comédies romantiques, les matins ensoleillés ou les saveurs de crème glacée : peut-il vraiment y en avoir trop ?