«Seulement 1% des jeunes nécessite une médication, et c’est pour des problèmes neu-ro-lo-gi-ques. Pas des troubles d’apprentissage. Pas des troubles de comportement», affirme Irène Duranleau, docteure en sciences de l’éducation et neuropédagogue.

On n’a pas tous un TDAH

Irène Duranleau est docteure en sciences de l’éducation et neuropédagogue. Elle est persuadée que le nombre de cas diagnostiqués — et médicamentés — de TDAH est démesurément exagéré. « Seulement 1 % des jeunes nécessite une médication, et c’est pour des problèmes neu-ro-lo-gi-ques. Pas des troubles d’apprentissage. Pas des troubles de comportement », affirme-t-elle.

Depuis le début des années 2000, elle parcourt les commissions scolaires du Québec. Et elle est choquée chaque fois qu’elle constate que la moitié des élèves d’une classe doit prendre « une ‘tite pilule » sur l’heure du midi.

Pour cette spécialiste, c’est la solution facile, alors que dans bien des cas, dit-elle, il suffirait d’ajuster certains paramètres pour remédier au problème.

« On n’apprend pas tous de la même façon », explique-t-elle. L’approche neuropédagogique qu’elle privilégie est basée sur les cinq types d’apprenants : analytique (j’apprends par la connaissance), pragmatique (j’apprends en faisant), visuo-imaginatif (j’apprends par l’image), émotivo-relationnel (j’apprends par la relation) et kinesthésique (j’apprends en bougeant). « Malheureusement, le système scolaire actuel ne répond qu’aux besoins des deux premiers types, soit environ le tiers des élèves », estime-t-elle. « L’enseignement papier-crayon, c’est parfait pour eux. »

Mais il reste un gros 70 % d’élèves à aller chercher. Et en moyenne, de ce qu’elle a pu constater dans les nombreuses classes qu’elle a visitées depuis plus de 15 ans, 40 % de ce nombre sont des apprenants kinesthésiques. « Les “pas sages”, ceux qui ont besoin de bouger, qui sont centrés sur le jeu. Ce sont eux qu’on met sur le Ritalin en grosse majorité », relève-t-elle.

Et pourtant...

Surstimulés
Il suffirait bien souvent de prendre juste un peu de temps et de recul, est d’avis Irène Duranleau. « De décoder nos jeunes selon leur type d’apprenant, de les comprendre et d’intervenir auprès d’eux avec des stratégies appropriées, qui considèrent les conditions internes et externes d’apprentissage préalables. »

« Nous avons trois cerveaux : l’instinctif (ou reptilien), l’émotionnel (ou limbique), et le cartésien (néocortex), explique la conférencière. Il faut d’abord que les besoins de base, contrôlés par les deux premiers, soient comblés : bien manger, être reposé, avoir bougé suffisamment, ne pas être stressé ou angoissé, etc. Il faut d’abord se demander si un élève est prêt à recevoir tout cet apprentissage. »

Il n’est donc pas étonnant, pour elle, de voir la méditation, le yoga ou encore la relaxation faire son apparition dans les institutions scolaires. « De nos jours, nos cerveaux sont surstimulés. Ils se retrouvent presque toujours à fonctionner avec des ondes bêta [celles-ci apparaissent en période d’activité intense, de concentration ou d’anxiété]. Ils ont donc de plus en plus de difficultés à diminuer leur activité vers des ondes alpha [état de conscience apaisé, ondes principalement émises lorsque le sujet a les yeux fermés], voire thêta [on les observe principalement chez l’enfant, l’adolescent et le jeune adulte ; elles caractérisent également certains états de somnolence, d’hypnose ou de méditation, ainsi que lors de la mémorisation d’information]. »

C’est exactement le rôle que joue le Ritalin, soutient Mme Duranleau. « Il vient descendre les ondes du rythme cérébral. »

Pour les parents
Après avoir sensibilisé des professionnels sur les différents types d’apprenants pendant plus de deux décennies, Irène Duranleau s’attaque maintenant à transmettre ses connaissances aux parents. Elle s’arrêtera notamment à Cowansville, le 8 mai, afin d’offrir une conférence pour outiller les parents afin de les aider à reconnaître les différents profils d’apprentissage et leur fournir des stratégies pour optimiser leurs interventions. « C’est très important d’identifier le profil de son enfant pour l’aider adéquatement, mais c’est aussi gagnant d’identifier son propre profil et celui du conjoint pour cerner la dynamique familiale », mentionne-t-elle.

En effet, un parent et un enfant dont les profils sont à l’opposé risquent fort de voir surgir quelques conflits...

Mais l’approche neuropédagogique va beaucoup plus loin que le seul cadre académique, ajoute la conférencière. C’est pourquoi elle abordera également des stratégies visant à améliorer la vie au quotidien. « Par exemple, quoi faire à l’épicerie selon les différents types pour que ce soit plus harmonieux », illustre-t-elle.

La conférence d’Irène Duranleau se tiendra à l’école secondaire Massey-Vanier de Cowansville, le mardi 8 mai à 19 h. Elle est gratuite et aucune inscription n’est requise.

Si vous ne pouvez pas assister à la conférence, mais désirez tout de même en savoir plus sur le sujet, vous pouvez vous procurer l’un des neuf ouvrages de Mme Duranleau ; celui destiné aux parents s’intitule Les parents des élèves de Manon, aux Éditions ID-Enr.