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Anne-Marie Charuest
Mille photos, mille histoires
Anne-Marie Charuest
L’homme souriant, photographié en 1911, se nomme William Brock Jones de Glen Sutton. Marié à Maria Ruiter, il est décédé en 1924 à l’âge vénérable de 83 ans. Il avait visiblement beaucoup de plaisir à montrer son savoir-faire au photographe Norman Edson.
L’homme souriant, photographié en 1911, se nomme William Brock Jones de Glen Sutton. Marié à Maria Ruiter, il est décédé en 1924 à l’âge vénérable de 83 ans. Il avait visiblement beaucoup de plaisir à montrer son savoir-faire au photographe Norman Edson.

Notre précieux nectar [GALERIE PHOTOS]

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CHRONIQUE / Même si le printemps n’arrive officiellement qu’à la fin mars, on remarque déjà une fébrilité dans les forêts de la région. Les acériculteurs ont chaussé leurs raquettes depuis la mi-février et les tubulures couleur de ciel sont sorties de leur torpeur hivernale. Bien que la production de sirop d’érable se soit beaucoup commercialisée, ce précieux nectar demeure toujours une découverte gustative familiale.

Les Premières Nations, qui habitent depuis longtemps l’immense territoire québécois, avaient déjà découvert les vertus de l’eau d’érable à l’arrivée des immigrants européens. Ils recueillaient le liquide parfumé et le transformaient en sirop d’érable, autant pour le quotidien culinaire que pour ses vertus médicinales. Dès le XVIe siècle, un scientifique comparait son goût délicat aux meilleurs vins d’Orléans (France).

L’homme souriant, photographié en 1911, se nomme William Brock Jones de Glen Sutton. Marié à Maria Ruiter, il est décédé en 1924 à l’âge vénérable de 83 ans. Il avait visiblement beaucoup de plaisir à montrer son savoir-faire au photographe Norman Edson.

On réalise rapidement que les chaudrons de métal permettent une cuisson à des degrés de température plus élevés, contribuant à une transformation bénéfique en sucre d’érable, qui deviendra l’aliment de base pour nos ancêtres québécois. À l’image de plusieurs régions du Québec, les familles rurales des Cantons-de-l’Est se construisent des installations de fortune pour produire le sirop et surtout, le sucre d’érable moulé, qui servira à nourrir la famille durant toute l’année.

Heureusement, grâce à l’initiative des premiers photographes, nous avons des traces de ces installations sommaires, mais aussi des outils qui, malgré leur aspect rustique, démontrent quand même l’ingéniosité au service de la débrouillardise.

Le photographe et artiste Norman Edson (1880-1968) a été inspiré par cette coutume si particulière et en a fixé des représentations uniques.

On remarque tout de suite que le vieil homme qui transporte l’eau d’érable avec le sourire utilise des équipements rustiques, mais très fonctionnels. Similaire au joug utilisé pour les bœufs, la palanche déposée sur ses épaules grâce à des lanières de cuir lui permet de transporter deux chaudières d’eau d’érable, tout en ayant les mains relativement libres. Ces contenants ont une forme particulière, comportant une base plus large que son ouverture. Cela permet de transporter une grande quantité du précieux liquide sans qu’il se renverse, puisque les parois coniques diminuent les possibilités de débordement.

Sur la seconde photographie de Norman Edson, on remarque que le baril de transport installé sur le traineau a une forme similaire. En forêt, malgré toute la bonne volonté des chevaux, le terrain accidenté complique le transport de l’eau d’érable et les débordements sont évités, du moins en partie. La cabane d’Addison Smith, qu’on distingue debout près des chevaux, était située à Glen Sutton.

La photographe Sally Wood a aussi fixé sur une plaque de verre l’image d’une cabane à sucre rustique, où l’utilisation de ces barils étaient chose courante. Malheureusement non identifiée, cette photographie a probablement été prise dans le secteur de West Bolton, puisqu’on distingue le lac Brome à l’extrême droite, derrière la cabane.

La dernière image a été dénichée parmi des archives non classées que je n’ai pas pu identifier jusqu’à présent. Bien que le garçon nous soit inconnu, le geste de s’abreuver littéralement à la source de l’arbre vous accrochera sûrement un sourire. L’histoire ne nous dit pas si l’expérience s’est avérée positive, mais la tentation était visiblement trop forte. Bonne saison des sucres!