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Anne-Marie Charuest
Mille photos, mille histoires
Anne-Marie Charuest
Margaret MacLean, avec son fidèle collier de perles. Sur la plupart des photographies, Margaret est facile à reconnaître, grâce à ses yeux pâles et son fidèle collier de perles. Elle est souvent élégamment vêtue. Sa date de naissance est problématique. Sur le recensement de 1921, elle est dite âgée de 38 ans (donc née vers 1883), mais sur la pierre tombale familiale, il est inscrit qu’elle est née en 1875. Décédée en 1975, elle aurait donc été centenaire… ou nonagénaire.
Margaret MacLean, avec son fidèle collier de perles. Sur la plupart des photographies, Margaret est facile à reconnaître, grâce à ses yeux pâles et son fidèle collier de perles. Elle est souvent élégamment vêtue. Sa date de naissance est problématique. Sur le recensement de 1921, elle est dite âgée de 38 ans (donc née vers 1883), mais sur la pierre tombale familiale, il est inscrit qu’elle est née en 1875. Décédée en 1975, elle aurait donc été centenaire… ou nonagénaire.

Nos mères, ces remarquables oubliées [GALERIE PHOTOS]

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CHRONIQUE / En ce début de mai, je souhaite souligner l’apport indéniable de toutes les mamans qui ont contribué à l’avenir de notre nation, mais également à la sauvegarde du passé de nos familles. L’histoire des femmes est difficile à saisir, par manque de documents relatant leur quotidien, leurs préoccupations, leurs attentes et leurs espoirs. Cependant, les archives familiales regorgent de preuves que ce sont les mères qui ont transmis à leurs enfants les collections privées de photographies.

Où sont les femmes ?

À compter du XIXe siècle, les bien-pensants de la société québécoise déterminent que tout sujet d’intérêt public doit être géré par les hommes, tandis que les femmes doivent s’occuper de la sphère privée. La politique devient une préoccupation réservée à la gent masculine et c’est pour cette raison qu’on retire le droit de vote aux femmes, qui ont maintenant la responsabilité de voir au bon fonctionnement de la maisonnée et à une éducation exemplaire des enfants.

C’est probablement pour cette raison que les archives familiales, transmises aux générations subséquentes, contiennent souvent des photographies qui nous permettent de « rétablir » les liens maternels, partiellement occultés par la perte du nom de famille des femmes, au profit de celui de leur époux. D’ailleurs, elles perdent même leur prénom!

Un exemple familial

À titre d’exemple, j’ouvre pour vous l’album photographique de la famille Erskine, que la Société historique du comté de Brome a reçu en 1974. Cette collection contient plus de 150 photographies, couvrant la période de 1870 à 1935. Même si plusieurs de ces clichés ne sont pas identifiés, on reconnaît les principaux membres de cette famille, composée de Kenneth Erskine (1875-1955) et Margaret MacLean (1875 ?-1975), en compagnie de leurs enfants et petits-enfants.

Les images nous montrent différents moments du quotidien de Kenneth et Margaret, qui se sont connus et mariés à Toronto en 1901, où le jeune homme exerce le métier de banquier. Vers 1910, la petite famille emménage à Knowlton, s’installant dans l’édifice de la banque Molson, situé sur la rue Victoria, tout juste à côté de l’hôtel Lakeview. Kenneth sera le gérant de la banque jusqu’à sa retraite au cours des années 1930. Par la suite, le couple choisit de passer les hivers dans les pays du sud, et de revenir durant l’été, s’installant à Glenmere, l’ancienne résidence de George Harold Baker.

Julia Evarissa Butler, jeune maman. Cet émouvant cliché de Julia, maman de Kenneth, a été pris à l’époque où elle habitait à Waterloo avec son mari, le docteur John Ernest Erskine. La famille déménage ensuite à Ottawa, où les deux plus jeunes naîtront. Dans le recensement de 1881, il est mentionné que Julia Erskine est veuve et vit à Ottawa avec ses quatre enfants. On perd sa trace par la suite, mais on présume qu’elle s’est remariée et a donc changé de nom.

Qui sont ces femmes ?

On découvre aussi plusieurs portraits plus anciens, dont les noms semblent étrangers à la famille : Butler, Baker, Clapp. Pourquoi les membres de ses familles se retrouvent dans cette collection ? Après quelques heures de recherches généalogiques, j’ai compris qu’il s’agissait tout simplement de la lignée maternelle de Kenneth Erskine.

Ainsi, la mère de Kenneth s’appelait Julia Evarissa Butler, fille du médecin de Waterloo Jay Clinton Butler et Eliza Julia Baker. Cette dernière était la fille aînée de William Stevens Baker et Harriet Clapp, dont la grande famille a vécu à Dunham. Julia (Butler) avait épousé John Ernest Erskine, qui était également médecin, côtoyant professionnellement son beau-père au quotidien à Waterloo, jusqu’à la mort de ce dernier en 1861.

Malheureusement, je n’ai pu établir clairement si Margaret MacLean avait aussi conservé ses archives familiales, mais c’est probable, parmi les nombreux clichés non identifiés. Elle a quand même transmis à ses enfants de nombreuses et touchantes photographies, qu’il nous fait grandement plaisir de conserver précieusement dans nos archives.

Un devoir de mémoire

Lorsque la situation sera revenue dans une certaine normalité, prenez donc le temps de vous asseoir avec votre mère, qui a probablement conservé vos souvenirs familiaux, et faites l’exercice nécessaire d’identifier ceux et celles qui resteront en mémoire pour la postérité. Joyeuses fêtes des Mères à toutes !

Anne-Marie Charuest est archiviste à la Société historique du comté de Brome.