Avec le projet de loi 17, le gouvernement permettra à toutes les entreprises de proposer une tarification dynamique, tel que Uber le pratique, c’est-à-dire qui peut varier selon la demande.

Mode d’emploi du gouvernement pour prendre un taxi

CHRONIQUE / Vous vous souvenez de mon ami Guillaume? Je vous avais raconté fin mars comment il s’était senti comme le dindon de la farce avec Uber, quand il a compris que les chauffeurs le laissaient poireauter en attendant leur prix.

En attendant que le «taux multiplicateur» grimpe.

Il y a vu l’effet pervers de la tarification dynamique, qui permet d’augmenter le prix d’une course en fonction de la demande. Il a commandé une voiture alors que le taux multiplicateur était à 2x. «Je voyais plein de voitures autour de chez nous, mais personne ne la prenait. C’est resté longtemps sur “Uber recherche chauffeur…”»

Finalement, un chauffeur l’a pris. «Il était à l’Université Laval, à l’autre bout de la ville! Il en avait pour au moins 20 minutes avant de se rendre!» Et à partir du moment où un chauffeur est en route, le client n’a pas le choix d’attendre la voiture. S’il annule la course, il devra payer des frais. 

À peu près 5 $.

Guillaume a donc attendu. «J’ai attendu 10 minutes… j’ai vu que le facteur de multiplication était monté à 2,8.»

Et qu’est-ce que son chauffeur a fait? «Il m’a annulé.» Parce que les chauffeurs, eux, peuvent annuler comme bon leur semble, tant pis pour le client qui fait le pied de grue depuis 10 minutes. «J’ai dû refaire une demande et tout à coup, tous les chauffeurs autour étaient prêts à me prendre…»

Les mêmes qui le boudaient 15 minutes plus tôt.

Une lectrice a fait parvenir ma chronique à la ministre Geneviève Guilbault, pour lui demander ce qu’elle pensait de tout ça, si son gouvernement savait que le consommateur pouvait ainsi se faire embobiner.

Voici ce qu’une attachée de presse lui a répondu par courriel, je vous le transcris intégralement, question de partager avec vous les judicieux conseils du gouvernement pour profiter pleinement de la tarification dynamique. 

Prenez des notes.

«Madame,

Dans son article, Mme Moisan s’en prend au système de tarification dynamique. Ce type de tarification est présentement réservé qu’à Uber. 

Avec notre projet de loi [17], tous les joueurs de l’industrie — taxis compris — pourront proposer à l’avance un prix précis à un client ayant commandé sa course par application mobile auquel le client aura le choix ou non d’accepter. Le fait d’ouvrir cette façon de faire à tous les acteurs de l’industrie amènera une saine compétition, ce qui n’est présentement pas le cas puisqu’Uber est le seul à se prévaloir de ce système. 

Bref, nous mettons fin au monopole d’Uber quant à cet avantage indu.

Voici ce que Guillaume, cité dans cet article, pourra avoir comme choix à la suite de notre projet de loi :

Guillaume pourra ouvrir, par exemple, les applications Uber, Lyft, Eva, Taxi Coop, Taxi Laurier et Hypra Taxi.

Chacune de ces applications lui proposera un prix précis pour sa course, dépendamment de leur offre de service disponible à ce moment, par exemple :

• Uber : 17,25 $, temps d’attente 10 minutes

• Lyft : 36,50 $, temps d’attente 16 minutes

• Eva : 14,75 $, temps d’attente 6 minutes

• Taxi Coop : 15,00 $, temps d’attente 6 minutes

• Taxi Laurier : 15,85 $, temps d’attente 8 minutes

• Hypra Taxi : 17,25 $, temps d’attente 3 minutes

Dans l’exemple cité ci-haut, Guillaume se rend bien compte que Lyft est en pénurie de voitures présentement et doit donc gonfler son prix. Il élimine donc cette option.

Parmi les trois autres choix qu’il reste, Guillaume constate qu’Eva a le plus bas prix, mais pour 0,25 $ de plus, il aura accès à une voiture d’un taxi professionnel avec Laurier. Il a aussi l’option de sauver 3 minutes avec Hypra Taxi, mais cette option lui coûterait environ 2 $ de plus.

Il a donc l’entière liberté de choisir le service qui convient le mieux pour lui selon ses propres valeurs et critères (prix, modèle d’affaires, qualité du service, temps d’attente, etc.).

Et si Guillaume est insatisfait de toutes les options offertes, il pourra choisir un taxi traditionnel avec taximètre (tarification au kilomètre et à la minute).

Bref, comme pour tout autre service, le consommateur aura le dernier mot et pourra choisir l’offre de service qui correspond le plus à ses critères.

En espérant que ces informations vous auront été utiles sur le concept de tarification dynamique, je vous prie de recevoir mes salutations distinguées.»

Voilà, c’est tout simple.

Remarquez, le taxi traditionnel arrive en dernier recours, on se tourne vers lui seulement si on est «insatisfait de toutes les options offertes». C’est parlant.

On oublie aussi que, peu importe le tarif «dynamique» que Guillaume choisira, les chauffeurs auront toujours la possibilité de se «décommander» si les enchères montent. Il aura à tout recommencer du début. Et avec le temps qu’il faudra pour faire le tour des options, les taux ont le temps de changer 20 fois.

Mais bon, on aura le choix...