Le soir du 27 janvier 2017, l'ambulancière Andréanne Leblanc est intervenue lors de la tuerie de la mosquée de Québec. Elle s’est enlevé la vie en mars.

L’urgence est un concept étranger au Sénat

CHRONIQUE / Le 16 juin 2017, les députés canadiens ont adopté à l’unanimité le projet de loi C-211, qui vise à mettre sur pied une stratégie nationale pour lutter contre le syndrome de stress post-traumatique.

Depuis? Rien.

Le projet de loi est coincé au Sénat depuis presque un an. Il a passé l’étape de la première lecture, de la deuxième... puis il a été envoyé, il y a un mois, au Comité de la défense et de la sécurité nationale. 

Et lundi, il était justement à l’ordre du jour.

À 13h, le député conservateur Todd Doherty — qui a déposé le projet il y a presque deux ans et demi — a pris la parole devant le comité pour implorer les sénateurs de donner le feu vert pour que les travaux visant à mettre sur pied le plan d’action souhaité puissent enfin commencer.

C’est ce que demande C-211, que le ministre de la Santé, avec d’autres ministres fédéraux, établisse une stratégie pour mieux détecter et traiter le syndrome du stress post-traumatique, qui touche des centaines de Canadiens d’un océan à l’autre, et pas seulement les militaires. 

Des personnes comme Andréanne Leblanc, dont je vous ai parlé lundi dernier, cette ambulancière qui est intervenue lors de la tuerie de la mosquée de Québec, qui s’est enlevé la vie en mars.

À 31 ans.

Andréanne Leblanc

Le préambule du projet de «loi sur le cadre fédéral relatif à l’état de stress post-traumatique» précise d’ailleurs que le plan d’action doit être conçu pour les «personnes ayant occupé des fonctions de premier répondant, de pompier, de militaire, d’agent correctionnel ou de membre de la GRC».

Mais il ne précise pas, nommément, les infirmières.

Et c’est là que le bât blesse. Cela même si le député Todd Doherty répète qu’elles sont incluses dans la notion de «premiers répondants», comme d’autres travailleurs de la santé. Les ambulanciers sont de ceux-là.

Les infirmières n’en démordent pas, elles réclament un amendement. 

Lundi, Linda Silas, présidente de la Fédération canadienne des syndicats d’infirmières et d’infirmiers, est donc venue plaider devant les sénateurs pour que le préambule du projet de loi soit modifié. Elle a expliqué que, dans plusieurs situations, les infirmières sont confrontées à des traumatismes.

Personne ne nie ça.

Des sénatrices ont aussi mis leur grain de sel, plutôt de sable. Wenda Thomas Bernard a suggéré qu’on inscrive aussi les travailleurs sociaux, tant qu’à y être. Mobina Jaffer a proposé qu’on étende le plan d’action à d’autres troubles mentaux. Le tout sous le noble argument de l’inclusion.

Réticente à appuyer le projet sans modification, Marilou McPhedran a demandé qu’on ajoute dans le préambule de la loi deux mots tirés de la Charte canadienne, «en particulier», ceci pour indiquer que l’énumération des personnes visées n’est pas exclusive, donc plus inclusive.

Vous suivez? 

Chaque fois, le député Doherty répétait que le projet de loi n’était pas le plan d’action, que l’idée était de mettre la machine en marche. Que C-211, c’était le point de départ du chantier et que, de toute façon, la définition de «premiers répondants» allait devoir être précisée à cette étape-là.

Rien à faire.

Le projet de loi donne un délai maximal de 12 mois au ministre de la Santé pour accoucher d’un véritable plan de match. Si C-211 ne s’était pas enfargé un an au Sénat, il serait livré.

Le compteur continue de tourner.

Et pendant ce temps, des gens passent au travers des mailles du filet à cause d’un syndrome post-traumatique non diagnostiqué ou non traité. Certaines provinces ont établi des protocoles, mais force est de constater que ça ne suffit pas. Au Québec par exemple, chacune des 60 entreprises de transport ambulancier est responsable de déterminer ses propres pratiques.

Le projet de loi a été déposé devant le parlement le 28 janvier 2016. «Les roues de la démocratie tournent vraiment lentement, constate le député. Le préambule de C-211 a été conçu pour ne pas être contraignant, justement pour permettre aux ministres de déterminer le champ d’action. [...] Chaque fois qu’il y a un changement, il faut retourner le projet dans la machine...»

Le député Todd Doherty l’a répété sur tous les tons, «c’est le temps d’agir. Il y a d’innombrables vies qui ont été perdues. Il faut s’assurer qu’on n’échappe personne... et c’est ce qui arrive présentement».

Il faut arrêter de jouer sur les mots.

Il faut s’occuper des maux.