Selon les chiffres du SPVQ, il y a eu depuis le début de l’année dans «l’arrondissement au complet de Limoilou», 167 vols à l’intérieur de véhicules. C’est quand même plus d’un vol par jour.

Le voleur à la cigarette

CHRONIQUE / Ça arrive partout, bien sûr, et chaque fois que quelqu’un signale un vol dans sa voiture, on lui demande tout de suite si les portières étaient verrouillées.

Après, s’il a appelé la police.

Des fois, le voleur prend des CD ou carrément la radio. Ce printemps, un voleur est parti avec une boîte à lunch avec des Tupperware pas lavés. Un autre avec un siège d’auto pour enfants. Une fille que je connais avait, dans sa boîte à gants, une lampe de poche et des lunettes fumées. 

Parfois, pour entrer, il casse la vitre.

À Limoilou, le mois dernier, un homme a sévi plusieurs fois, assez pour que les gens du quartier le remarquent et partagent son modus operandi sur Facebook. On avait une description sommaire, maigre, environ cinq pieds huit pouces, un vieux sac à dos vert. 

Un autre, peut-être est-ce le même, prend le temps de fumer une cigarette pendant qu’il fait l’inventaire de ce qu’il y a à voler.

Il laisse parfois des cendres dans l’auto.

On a aussi partagé un cambriolage où le filou s’était coupé, laissant derrière lui une traînée de 150 mètres de son ADN.

Les vols dont je vous parle se sont produits à Limoilou, d’autres se produisent à Val-Bélair, ou un peu partout en ville. Il y a quelques années, une connaissance s’est fait voler un gigantesque pot de fleurs devant sa maison, dans un quartier que les agents immobiliers qualifieraient d’homogène.

Dans la plupart des cas, les vols sont déclarés à la police.

Et que fait la police? 

Elle donne, essentiellement, un numéro de dossier dont la seule fin, pratiquement, est de remplir la demande de réclamation auprès de sa compagnie d’assurances. Même pas besoin d’appeler à la centrale, on peut faire la plainte en ligne, après quoi un reçoit son numéro d’événement.

C’est que, m’a-t-on expliqué à la police, les vols dans les voitures empruntent un «cheminement particulier». À moins de prendre l’escroc sur le fait et d’arriver à le retenir jusqu’à l’arrivée des policiers, les chances qu’on lui mette la main au collet sont infinitésimales.

«Pour les vols de moins de 5000 $ où on n’a ni suspect, ni indice, ni témoin, on soumet un numéro et le dossier est mis en suspens, m’explique Cindi Paré, porte-parole du Service de police de la Ville de Québec. Le dossier n’est pas transféré à un enquêteur. Après ça, les personnes peuvent faire le cheminement de leur côté.»

Lire, appeler les assurances.

Aux gens qui voudraient retrouver leurs objets, on suggère d’aller sur Kijiji ou de faire le tour des prêteurs sur gages.

Le dossier à la police est, en somme, clos. Même si des citoyens jouaient les Sherlock Holmes et arrivaient à trouver des indices menant vers un suspect, tout porte à croire que ça n’irait pas plus loin. 

Et, chaque dossier étant considéré comme un cas isolé, bien peu de chance non plus de détecter une vague de vols. Récemment d’ailleurs, une femme a signalé ce qu’elle percevait être une recrudescence d’infractions dans Limoilou, ce n’est pas allé plus loin. «Les enquêteurs n’ont rien remarqué.»

Le contraire serait étonnant, vu que les dossiers de vols de moins de 5000 $ sans indices ni témoins ne leur sont pas transférés.

Oui, évidemment, il faut verrouiller ses portes et ne laisser rien à la vue. Ou se munir d’un système d’alarme ou de surveillance. La plupart des personnes qui ont partagé leur mésaventure sur Facebook n’avaient pas été négligentes, certaines ont dû réclamer une vitre cassée.

Selon les chiffres fournis par le SPVQ, il y a eu depuis le début de l’année dans «l’arrondissement au complet de Limoilou», 167 vols à l’intérieur de véhicules. C’est quand même plus d’un vol par jour.

Me semble que c’est beaucoup.

Et me semble que la police envoie un drôle de message aux malfaiteurs, qui savent trop bien qu’ils n’ont à peu près pas de risques de se faire pincer, que le dossier sera réglé en quelques minutes, «classé en suspens» dans un serveur avec les centaines d’autres dossiers en suspens.

Qu’ils ont, en volant, le temps d’en griller une.