Donald Chiasson était le chef des «vigilants» depuis 2014. Ils sont 34 aux îles, d’un peu partout sur l’archipel, à s’être enrôlés dans ce groupe de réservistes.

En direct des îles: les vigilants

CHRONIQUE / Donald Chiasson travaillait à l’aéroport ce jour-là, le mardi 29 mars 2016, le temps était particulièrement mauvais. Et l’avion est tombé.

«J’ai été le premier à arriver sur les lieux de l’écrasement, avec deux collègues, avec les ambulances et les pompiers. On a vu que c’était un petit avion privé, on ne savait pas à ce moment-là que la famille Lapierre était à l’intérieur.»

Son téléphone a sonné. 

Au bout du fil, on l’avise que l’armée canadienne vient d’autoriser le déploiement des Rangers des îles, Donald en est le chef, le sergent. Il est automatiquement libéré du boulot pour prêter main-forte, tout comme les autres patrouilleurs qui doivent rappliquer en quatrième vitesse.

C’est ce que font les Rangers, ils viennent en renfort. Et ils le font aux îles depuis 2008, lorsque le fédéral a réalisé qu’il n’y avait pas d’escouade. Créés pendant la guerre froide en 1947 pour protéger la souveraineté du pays dans le Nord, les Rangers sont devenus des unités d’intervention.

On les appelle les «vigilants».

Ils sont 34 aux îles, d’un peu partout sur l’archipel, à s’être enrôlés dans ce groupe de réservistes. «On a tellement une bonne équipe qu’on a même une liste d’attente…»

Le 29 mars 2016, ils ont été postés autour de la carcasse de l’avion. «Le Bureau de la sécurité des transports ne pouvait pas venir avant deux ou trois jours, on nous a demandé de surveiller le périmètre de sécurité. Personne ne devait approcher le site. C’était une demande particulière, elle a été acceptée vu les circonstances.»

Ils ont éloigné les curieux. «Il y avait du kérosène qui s’était échappé, c’était aussi une question de sécurité.»

Les Rangers ont aussi répondu présents le 29 novembre dernier quand les îles se sont retrouvées coupées du monde, une tempête ayant rompu la communication avec l’extérieur et privé d’électricité plusieurs Madelinots. «Notre mandat était de faire la tournée dans toutes les maisons pour voir si le monde était correct.»

Ils ont sillonné les îles d’un bout à l’autre. «C’était important, surtout pour les personnes âgées qui vivent seules.» Les vigilants ont frappé à chaque porte pour prendre des nouvelles, pour s’assurer que personne ne soit dans le trouble, comme ils l’ont fait en 2012 après deux tempêtes de verglas. «Ça permet de leur donner un sentiment de sécurité, ils savent qu’on est là.»

Ils sont là quand on a besoin d’eux.

Natif des îles, Donald a fait sa vie dans l’armée canadienne, une trentaine d’années à être posté un peu partout, avant de revenir chez lui en 2010. «Je ne savais même pas qu’il y avait une patrouille ici, ça a été une belle surprise. Avec les années que j’ai passées dans l’armée, ça faisait une continuité.»

La patrouille est appelée en renfort au moins une fois chaque année, la plupart du temps pour chercher un disparu, pour effectuer un sauvetage. Et le reste du temps, l’équivalent de quelques semaines par année, ils s’entraînent. «On fait des pratiques, on fait des simulations. On peut aussi suivre des formations à l’extérieur.»

Il y en a qui s’occupent des Rangers juniors, l’équivalent des cadets.

Donald a été nommé sergent en 2014, il a décidé de passer le flambeau en mai. «Les chefs sont choisis par les membres et ils peuvent rester tant qu’ils veulent et tant que les membres sont d’accord. Je m’étais dit que je ferais ça quatre ou cinq ans, que je laisserais la chance à un autre, pour donner un nouveau souffle.»

Il reste Ranger.

Une mission a marqué Donald plus que les autres, septembre 2014, un Ranger est porté disparu. «Olivier était parti à la chasse, c’était le premier jour. Quand je l’ai su, je suis d’abord allé comme citoyen, on a cherché pendant toute la nuit. Les Rangers ont été activés le lendemain. Sa conjointe m’a appelé, elle était dans les Rangers aussi, elle pleurait, elle a dit «trouvez-le, trouvez-le…»

Une centaine de personnes ont participé aux recherches, Donald était aux commandes. Ils l’ont trouvé, noyé. 

Olivier avait 30 ans.

Ils avaient passé la semaine précédente à s’entraîner. «On avait passé toute la semaine ensemble, il nous parlait de l’ouverture de la chasse, il avait tellement hâte…»

Il y a eu un silence.

«La patrouille, on s’est rassemblés. On s’est dit on va vivre notre deuil ensemble, on va s’aider un et l’autre. On a fait une parade aux funérailles. On rencontre la famille souvent, on est toujours là. On était déjà proches, les membres de la patrouille, mais ça nous a soudés comme jamais...»