Jose Ramiro London Jaramillo est débarqué aux Îles-de-la-Madeleine il y a un peu plus de deux ans, loin de sa Colombie natale, où il a été ordonné prêtre en 2003.

En direct des îles: le curé de Medellín

CHRONIQUE / Drôle de retour de l’histoire, le Québec doit maintenant faire venir des prêtres de l’étranger pour s’occuper des fidèles. Jose Ramiro London Jaramillo m’attend à l’église Saint-Pierre où j’ai rendez-vous avec lui. Il est débarqué aux Îles-de-la-Madeleine il y a un peu plus de deux ans, loin de sa Colombie natale, où il a été ordonné prêtre en 2003. «J’ai toujours voulu être prêtre. J’avais trois ans, je jouais à la messe avec des tranches de bananes.»

Il ne pouvait pas s’imaginer qu’à 47 ans, il viendrait prêcher devant les Madelinots. 

«Je suis en mission ici.»

Les missionnaires partaient du nord vers le sud, ils font le chemin inverse aujourd’hui. «En Colombie, il y a beaucoup de prêtres, pas ici. Il y avait déjà deux prêtres de Colombie à Gaspé, ils ont su qu’ils cherchaient quelqu’un aux Îles et ils ont demandé à mon évêque. Un des deux prêtres, j’avais étudié avec lui, j’ai dit : “j’y vais!”»

Il officiait jusque-là dans la paroisse de Sante Fe de Antioquia, un village de quelque 23 000 âmes à 60 kilomètres de Medellín où il a grandi, où il jouait à la messe, enfant. 

Son église était pleine à craquer. «C’était très bien là-bas, les églises étaient toujours remplies, c’était plein de monde, c’était vivant. Il y avait les enfants en avant, avec les mains en prière…» Il joint en parlant ses deux mains. 

«C’était beau.»

C’est ce qui l’a frappé le plus en arrivant ici, pas la neige, pas les grands espaces, mais le vide dans les églises.

Il ne se plaint pas, répète que «Dieu n’oblige pas».

Il se concentre sur les gens qui pratiquent encore. «Il y a beaucoup de célébrations ici, c’est plus pratiquant qu’ailleurs au Québec.» En plus de tous les rituels liés à la mer, la bénédiction des pêcheurs qui partent à l’aube pour le homard, la messe quand la saison est finie.

Il baptise des enfants, des bateaux.

Il fait tellement de funérailles qu’il se demande s’il y a vraiment 12 000 habitants aux Îles. «C’est presque tous les jours…»

Ramiro ne parlait pas un mot français quand il est débarqué au Québec, il est d’abord passé par Montréal et Québec pour apprivoiser la langue. La langue française, pas le «parler madelinot», avec sa couleur et ses mots qui n’existent qu’ici, et que même le francophone de souche ne saisit pas toujours.

Comme on dit ici, «what a» méchant défi. «Jusqu’à l’âge de trois ans, tu peux apprendre toutes les langues. Moi, je suis arrivé à presque 48 ans! Au début, les gens ne me comprenaient pas… je priais, je suis un homme calme. Et maintenant, je comprends tout, tous les accents.»

Et il parle parfaitement.

Ramiro chante et joue de la guitare, il boulange. Il a étudié en philosophie, en psychologie, en arts martiaux aussi. Nous avons parlé de sa Colombie, de Medellín «qui est la ville la plus belle», de Carthagène «où il fait trop chaud».

Ramiro aime le froid.

Il aime le froid de l’hiver autant que la chaleur des Madelinots. «C’est une autre réalité ici, tout est différent. C’est très beau, les gens sont très accueillants, c’est du bon monde. Mais ce qui m’inquiète, c’est les jeunes.»

Il aimerait en voir plus.

Il se souvient d’un soir de janvier, dans la tempête. «C’était l’hiver, ma voiture ne fonctionnait pas bien, j’ai dû m’arrêter, il était presque minuit. Il y a trois personnes qui se sont arrêtées pour m’aider. Le monde est charitable.»

On a encore, ici, le sens du collectif.

L’automne dernier, Ramiro a eu du renfort du Bénin, le père Pyrrhus Hervé Agonhossou a pris le relais de l’abbé Réjean Coulombe. Ensemble, ils s’occupent des huit paroisses de l’archipel, de Bassin à Grande-Entrée, une centaine de kilomètres entre les deux extrémités, et les tempêtes l’hiver.

Ramiro et son confrère ne chôment pas, les messes sont réparties sur plusieurs jours de la semaine, sauf les lundis et vendredis, où ils sont disponibles pour rencontrer les gens, aller les voir en résidences. «Je travaille en masse pour le Bon Dieu! Ici, on est occupés tout le temps, on fait ce qu’on peut.»

Il prie beaucoup.

Pour la fête des Acadiens jeudi, il y a eu la messe de l’Assomption sur la butte à la croix à Havre-Aubert, elle y a été érigée en 1811. C’est au pied de la colline où, à la fin du 18e siècle, a été construite la première chapelle.

Où officiaient, comme aujourd’hui, des prêtres venus d’ailleurs.

Venu de France en 1774, le premier curé missionnaire ne l’a d’ailleurs pas eu facile, avec une «église itinérante» qui couvrait les Îles, le Cap-Breton et le Nouveau-

Brunswick, avec ce que ça implique. Dans un texte écrit par Rose-Délima Gaudet en 1979, j’ai trouvé ces quelques mots de Thomas-

François Leroux, qui donnent une bonne idée de l’ambiance à l’époque. «J’ai eu beaucoup de tribulations. On m’a mis le pistolet sur la gorge. J’ai fait naufrage une fois. Je suis tombé à la mer dont j’ai été retiré n’ayant plus ni mouvement ni connaissance, en revenant de mes missions. Sans compter la faim et la soif, réduit à manger de la soupe à la vache marine [le morse], et encore elle était puante. Après tant de travaux, de peines et de fatigues, on cherche à me persécuter mal à propos. Dieu soit béni!»

Un Irlandais a pris le relais en 1784.

Presque 250 ans plus tard, Ramiro a répondu au même appel, celui d’assurer la survie de ces paroisses plantées en plein milieu du Golfe. «Les gens d’ici, ceux qui pratiquent encore, ils ont besoin de prêtres.»

Dieu a beau être partout, il lui faut de «bons diables» comme Ramiro.