Le Relais d’espérance représente un lieu où tout le monde peut aller pour jaser, pour prendre un café.

Des sourires et des hommes

CHRONIQUE / «J’étais vraiment dans le fond du creux quand je suis rentré la première fois. Ils m’ont montré que je ne suis pas une m..de. Je remonte la pente tranquillement et je me vois même trouver un travail.»

Ces mots ont été écrits par Guy.

Guy, depuis deux ans, va faire son tour au Relais d’espérance, un lieu où tout le monde peut aller pour jaser, pour prendre un café. Ou juste s’asseoir sur une chaise sans parler à personne. Ce n’est pas parce qu’on a le goût d’être au chaud qu’on a nécessairement envie de parler à quelqu’un.

Peut-être qu’on n’est pas prêt.

Ça faisait longtemps que je passais devant en me demandant ce qu’il y avait à l’intérieur de cet immeuble où, certains jours, des personnes font la file. Un immeuble beige dont l’architecture tranche avec les escaliers en colimaçons de Limoilou, comme une version miniature du calorifère sur Grande Allée.

La chaleur est à l’intérieur.

J’y suis allée pour la première fois il y a quelques semaines, j’ai vu des hommes entrer, aller s’asseoir dans la grande salle.

J’y ai croisé la directrice générale Barbara Michel qui m’a expliqué que tout le monde est bienvenu. «Tout le monde qui ne va pas bien peut venir ici, on ne demande pas le nom des gens, on ne cible pas, c’est inconditionnel. Des fois, il y en a qui viennent et qui ne parlent pas et, un moment donné, ils parlent…»

C’est le premier pas.

Barbara et les quelques autres employés du Relais ont tous une formation d’intervenants, ils peuvent donc prêter l’oreille à ceux qui ont besoin de se confier, qui ne savent plus trop à quelle porte frapper.

Ici, on entre, point.

Chaque jour, entre 40 et 60 personnes viennent faire leur tour, il y a toujours un intervenant sur place au besoin. Ce sont surtout des hommes.

«Je dirais que 75% de notre clientèle, ce sont des hommes seuls. Et ce ne sont pas juste des immigrants, il y a une vague de nouveaux, une quinzaine de nouveaux itinérants qui viennent se réchauffer. C’est beaucoup la clientèle de Lauberivière.»

Qui n’a nulle part où aller le jour. «Ils arrivent ici avec leur stock, avec toutes leurs affaires, ils traînent tout avec eux.»

Certains jours, un policier à la retraite est sur place, il est là pour répondre à leurs questions, ça peut être sur la violence conjugale, ou sur les contraventions qu’ils reçoivent, mais aussi, ça leur permet de changer leur regard sur la police. «Il leur dit quoi faire pour éviter le profilage social, comment se tenir.»

Il est là pour aider.

Pendant les Fêtes, l’équipe du Relais a organisé des activités pour Guy et les autres, un karaoké, un bingo où tout le monde gagne, contrairement à la loterie de la vie. «Il y en a ici qui ont un passé terrible», confie Barbara, qui est aux premières loges des impacts de la pauvreté à Québec.

À l’accueil, la coordonnatrice Pauline Turgeon le constate aussi. «On a beaucoup de cas de santé mentale, ça s’alourdit. Les gens sont laissés à eux-mêmes. On a des gens qui retournent à l’école et qui n’arrivent plus, on a des salariés minimum de plus en plus, moins d’aide sociale. Ce qui est difficile, ce n’est pas de trouver un emploi, il y en a partout, mais c’est de le garder.»

Plus difficile encore, c’est la faim.

«La nourriture, c’est un gros enjeu, reconnaît Barbara. On a tellement de demandes, qu’on doit refuser des gens.» Et, faute de moyens, l’organisme est obligé de faire moins, alors qu’il faudrait faire beaucoup plus. «L’aide alimentaire, ce n’était pas dans notre mandat à la base, mais on s’est aperçus que c’était nécessaire. Avant, on l’offrait une fois par semaine et là, c’est aux deux semaines, on n’a pas les moyens de faire plus.»

Ils ne sont pas les seuls. «Avec le prix de la nourriture qui augmente sans arrêt, la crise s’en vient», avertit Pauline.

Le Relais d’espérance porte bien son nom, ceux qui vont et viennent ont besoin d’une oreille, d’un regard qui ne les juge pas. Ils ont besoin d’espoir. Quand ils sont au Relais, les hommes et les femmes peuvent se poser un peu, aller créer dans le coin des arts, oublier dehors.

Et sourire.