Chronique

Et si les Autochtones nous sauvaient une autre fois?

CHRONIQUE / On ne serait pas tous là à se demander le temps qu’il fera demain si Jacques Cartier n’avait pas croisé un Iroquois, quelque part en 1536.

Le scorbut décimait ses troupes.

Des quelque 110 téméraires qui ont traversé l’Atlantique, il n’en reste qu’une dizaine épargnés par l’épidémie dont ils ignorent tout. Ils ont beau invoquer tous les saints, rien n’y fait, les hommes perdent leur énergie, leur peau se couvre de plaies purulentes, leurs gencives pourrissent et leurs dents tombent.

Plus de 20 en meurent.

Cartier croise alors par hasard le fils du chef de Stadaconé, Domawaga, il est surpris de le voir en pleine forme. La dernière fois, il semblait affligé du même mal que ses hommes. Il lui demande naïvement comment il a guéri, l’Iroquois lui transmet le secret de sa potion magique, une infusion d’anneda, alias l’«arbre de vie».

Six jours plus tard, les hommes de Cartier sont complètement remis.

Sans Domawaga, ils seraient morts.

L’histoire du «découvreur» du Canada aurait pu s’arrêter drette là, n’eût été de l’aide et des connaissances de ceux qui avaient découvert — et habité — ce territoire depuis déjà longtemps. S’il avait su ce qui se passerait ensuite, peut-être Domawaga aurait-il gardé son remède pour lui.

On connaît la suite, les Européens ont colonisé l’Amérique, renommé — à quelques exceptions près — les lacs, les rivières et les lieux.

Ils se sont approprié le territoire.

Dans l’Atlas des peuples autochtones du Canada, l’auteur Dan David fait référence à la toponymie d’avant la colonisation, où la ville de Saint-Placide s’appelait «là où se dressent les cheminées», où Saint-Eustache était «là où les raisins mûrissent». Les noms choisis racontaient les lieux.

Comme Kebek, «là où le fleuve se rétrécit» en algonquin.

Il y a une omniprésence de la nature qui nous entoure. Ça m’avait frappée quand je suis allée chez les Atikamekw de Manawan il y a trois ans et demi, j’avais écrit que les traditions revenaient tranquillement, comme la cérémonie des premières lunes, et celle de l’ours pour les gars, quand ils chassent leur premier gros gibier.

Il y a la cérémonie des bleuets, pour avoir plus de bleuets.

Les Atikamekw n’ont pas quatre saisons, ils en ont six. Les mois aussi ont des noms liés aux traditions, ils font partie du langage courant. Les noms sont jolis : août est le mois où les jeunes oiseaux apprennent à voler; février, le mois où les siffleux sortent; avril, le mois où la lune reflète sur la glace; décembre est le mois des temps longs.

Septembre, c’est le mois où le porc-épic se reproduit.

Ce que tout ça dit, et c’est là où je veux en venir, c’est que les Premières Nations font corps avec la nature, elle est dans leurs rituels, dans leur vocabulaire.

Ils sont à l’intérieur d’elle.

Pas au-dessus.

Et on voit ce que ça donne quand on lit le plus récent rapport publié au début du mois par un groupe d’experts de l’ONU sur la biodiversité qui fait état d’une accélération sans précédent de la destruction des écosystèmes et de l’urgence de revoir complètement notre mode de vie.

Les pronostics sont sombres, un million d’espèces végétales et animales menacées, êtres humains inclus.

Sans planète, point de salut.

Le rapport affirme aussi qu’il n’est pas trop tard, il nous invite à nous inspirer des autochtones, justement. «Ils sont clairement les gardiens de la nature pour le reste de la société, a confié à l’AFP Eduardo Brondizio, un des principaux auteurs. [Ces peuples s’occupent] sous divers régimes fonciers, d’un quart des terres de la planète. Et c’est là qu’on trouve la nature la mieux conservée.»

Et vlan.

L’idée a fait son chemin dans le projet de loi fédérale C-69, où on prévoit tenir compte des savoirs traditionnels autochtones pour évaluer l’impact environnemental. Mais C-69 s’enlise, la seule perspective de resserrer les contrôles a fait exploser Jason Kenny, premier ministre de l’Alberta, qui y voit une menace à l’unité nationale.

Et à l’économie.

Ramenons-nous en 1536, Jacques Cartier n’a pas hésité une demi-seconde à prendre la recette du remède qui a sauvé ses hommes agonisants.

Pourquoi hésitons-nous maintenant?

Chronique

Et ainsi de suite(s)

CHRONIQUE / Voilà ce moment où je vous donne des nouvelles des gens dont je vous ai parlé au cours des derniers mois. Et elles sont plutôt bonnes.

Le vent a tourné

Depuis un an, Steve Fortin ne comptait plus les curriculum vitæ qu’il envoyait partout, mais sans succès.

Il est aveugle.

Ses yeux sont sur quatre pattes, sa belle Manouche le suit partout, et il va où il veut avec elle. Il s’entraîne au PEPS, il va «voir» des matchs du Rouge et Or et des spectacles de heavy metal. L’année dernière, il s’était pointé avec elle à son nouveau travail, on lui avait demandé de la laisser chez lui.

C’est impossible

Depuis ce jour, il se cherchait du boulot dans un bureau, en comptabilité ou en administration, avec cinq certificats de l’Université Laval et ses logiciels qui lui permettent de travailler à l’oreille. Il peut pitonner avec ça sur son téléphone, et faire ce qu’il veut sur un ordi.

Je vous ai raconté son histoire il y a deux mois, je vous disais qu’il remuait ciel et terre pour travailler, pour gagner sa vie, pour pouvoir se gâter.

Un désir bien légitime.

Je vous disais qu’il voulait aller voir le spectacle de Godsmack, deux généreuses femmes lui ont offert un billet pour lui et un autre pour une personne de son choix. C’était le 11 mai, il y est allé avec son cousin. «C’était vraiment génial, on a passé une super soirée! Mais j’ai oublié de prendre un selfie…»

Un autre lecteur l’a contacté, son jeune frère — décédé il y a trois ans à 49 ans — était atteint de rétinite pigmentaire comme Steve, il lui a proposé de l’accompagner à un match de football aux États-Unis. Ils ont dîné ensemble, le courant a passé. Si tout va bien, le voyage aura lieu.

Et pour le boulot? Il y a eu quelques ouvertures pour des postes au sein de la fonction publique, mais les règles administratives ont eu raison de cette option. Trop compliqué et trop long.

Steve a finalement trouvé. La semaine dernière, il a signé officiellement son contrat d’embauche chez Qualtech, qui fabrique des équipements en acier inoxydable. Il commence dans deux semaines comme commis à l’administration à temps plein. «On a eu cinq rencontres, ça s’est super bien passé. Ils m’ont dit : “Ta première job, c’est de nous trouver 30 soudeurs!”»

L’appel est lancé.

Et Manouche? «Il n’y a aucun problème, ils vont même lui acheter un coussin…»

Cherchez le poulet… au Québec

Chronique

Mode d’emploi du gouvernement pour prendre un taxi

CHRONIQUE / Vous vous souvenez de mon ami Guillaume? Je vous avais raconté fin mars comment il s’était senti comme le dindon de la farce avec Uber, quand il a compris que les chauffeurs le laissaient poireauter en attendant leur prix.

En attendant que le «taux multiplicateur» grimpe.

Il y a vu l’effet pervers de la tarification dynamique, qui permet d’augmenter le prix d’une course en fonction de la demande. Il a commandé une voiture alors que le taux multiplicateur était à 2x. «Je voyais plein de voitures autour de chez nous, mais personne ne la prenait. C’est resté longtemps sur “Uber recherche chauffeur…”»

Finalement, un chauffeur l’a pris. «Il était à l’Université Laval, à l’autre bout de la ville! Il en avait pour au moins 20 minutes avant de se rendre!» Et à partir du moment où un chauffeur est en route, le client n’a pas le choix d’attendre la voiture. S’il annule la course, il devra payer des frais. 

À peu près 5 $.

Guillaume a donc attendu. «J’ai attendu 10 minutes… j’ai vu que le facteur de multiplication était monté à 2,8.»

Et qu’est-ce que son chauffeur a fait? «Il m’a annulé.» Parce que les chauffeurs, eux, peuvent annuler comme bon leur semble, tant pis pour le client qui fait le pied de grue depuis 10 minutes. «J’ai dû refaire une demande et tout à coup, tous les chauffeurs autour étaient prêts à me prendre…»

Les mêmes qui le boudaient 15 minutes plus tôt.

Une lectrice a fait parvenir ma chronique à la ministre Geneviève Guilbault, pour lui demander ce qu’elle pensait de tout ça, si son gouvernement savait que le consommateur pouvait ainsi se faire embobiner.

Voici ce qu’une attachée de presse lui a répondu par courriel, je vous le transcris intégralement, question de partager avec vous les judicieux conseils du gouvernement pour profiter pleinement de la tarification dynamique. 

Prenez des notes.

«Madame,

Dans son article, Mme Moisan s’en prend au système de tarification dynamique. Ce type de tarification est présentement réservé qu’à Uber. 

Avec notre projet de loi [17], tous les joueurs de l’industrie — taxis compris — pourront proposer à l’avance un prix précis à un client ayant commandé sa course par application mobile auquel le client aura le choix ou non d’accepter. Le fait d’ouvrir cette façon de faire à tous les acteurs de l’industrie amènera une saine compétition, ce qui n’est présentement pas le cas puisqu’Uber est le seul à se prévaloir de ce système. 

Bref, nous mettons fin au monopole d’Uber quant à cet avantage indu.

Voici ce que Guillaume, cité dans cet article, pourra avoir comme choix à la suite de notre projet de loi :

Guillaume pourra ouvrir, par exemple, les applications Uber, Lyft, Eva, Taxi Coop, Taxi Laurier et Hypra Taxi.

Chacune de ces applications lui proposera un prix précis pour sa course, dépendamment de leur offre de service disponible à ce moment, par exemple :

• Uber : 17,25 $, temps d’attente 10 minutes

• Lyft : 36,50 $, temps d’attente 16 minutes

• Eva : 14,75 $, temps d’attente 6 minutes

• Taxi Coop : 15,00 $, temps d’attente 6 minutes

• Taxi Laurier : 15,85 $, temps d’attente 8 minutes

• Hypra Taxi : 17,25 $, temps d’attente 3 minutes

Dans l’exemple cité ci-haut, Guillaume se rend bien compte que Lyft est en pénurie de voitures présentement et doit donc gonfler son prix. Il élimine donc cette option.

Parmi les trois autres choix qu’il reste, Guillaume constate qu’Eva a le plus bas prix, mais pour 0,25 $ de plus, il aura accès à une voiture d’un taxi professionnel avec Laurier. Il a aussi l’option de sauver 3 minutes avec Hypra Taxi, mais cette option lui coûterait environ 2 $ de plus.

Il a donc l’entière liberté de choisir le service qui convient le mieux pour lui selon ses propres valeurs et critères (prix, modèle d’affaires, qualité du service, temps d’attente, etc.).

Et si Guillaume est insatisfait de toutes les options offertes, il pourra choisir un taxi traditionnel avec taximètre (tarification au kilomètre et à la minute).

Bref, comme pour tout autre service, le consommateur aura le dernier mot et pourra choisir l’offre de service qui correspond le plus à ses critères.

En espérant que ces informations vous auront été utiles sur le concept de tarification dynamique, je vous prie de recevoir mes salutations distinguées.»

Voilà, c’est tout simple.

Remarquez, le taxi traditionnel arrive en dernier recours, on se tourne vers lui seulement si on est «insatisfait de toutes les options offertes». C’est parlant.

On oublie aussi que, peu importe le tarif «dynamique» que Guillaume choisira, les chauffeurs auront toujours la possibilité de se «décommander» si les enchères montent. Il aura à tout recommencer du début. Et avec le temps qu’il faudra pour faire le tour des options, les taux ont le temps de changer 20 fois.

Mais bon, on aura le choix...

Chronique

Mère numéro 363-55

CHRONIQUE / Le premier courriel qu’Hélène m’a envoyé s’intitulait «la loi 113, cette triste farce», elle venait d’avoir le nom de sa mère biologique. Après 29 ans de démarches.

Comme des centaines d’autres, elle s’était précipitée, après l’adoption de la loi modifiant les règles entourant les adoptés, à faire une demande pour en savoir plus sur ses origines. C’était il y a presque un an jour pour jour, tout ce qu’elle avait reçu depuis sa demande était un accusé réception sans date.

Puis, ce coup de fil, on lui a donné le prénom et le nom de sa mère, elle m’a demandé de l’appeler simplement Maria. «Ils m’ont donné son nom en me disant qu’ils ne savaient pas si c’était son nom de jeune fille ou pas.»

Jusque-là, elle ne connaissait sa mère que par le «pseudonyme» que lui avaient donné les services sociaux, 363-55.

Ce «pseudonyme» figurait sur ses «antécédents d’ascendance», un document d’une page qu’elle a eu en 1990. «C’était tout ce à quoi on avait droit à l’époque. C’était écrit que j’étais née avant terme, que je pesais huit livres neuf onces. Que je m’appelais Omérine.» C’était aussi écrit que sa mère était malheureuse en ménage, que le père l’avait abandonnée avec ses enfants.

Hélène avait donc une fratrie.

«Au cours de ma vie, ça ne m’a jamais vraiment obsédée de connaître mes parents biologiques, mais ça revient tout le temps t’agacer, comme quand tu vas chez le médecin et qu’il te demande tes antécédents. On ne peut rien répondre à ça! Nous, les personnes adoptées, on coûte plus cher au système de santé parce que, vu qu’on ne connaît rien de nos antécédents familiaux, ils doivent souvent faire plus de tests.»

Elle a donc demandé, en 1990, à savoir qui étaient ses parents. «On m’a répondu que ma demande était prise en compte, mais qu’il y avait de longs délais.»

Elle a reçu une lettre cinq ans plus tard.

Mais ce n’est pas ce à quoi elle s’attendait. «Le ministère nous a écrit pour nous faire une offre, on nous a dit si vous payez tel montant — ça tournait autour de 100 $ dans mon souvenir — on va mettre quelqu’un sur votre dossier. C’était alléchant évidemment, je l’ai fait, j’ai payé.»

Et par une belle journée de l’été 1995 son téléphone a sonné. 

— C’est un bon moment pour vous parler?

— Oui.

— Votre mère est morte.

— Quand?

— En 1980.

— Quelle date?

— Je ne peux pas vous le dire.

— Où?

— Je ne peux pas vous le dire.

— De quoi?

— Insuffisance myocardique.

«C’est comme ça que j’ai appris que ma mère était morte du cœur à 57 ans. C’est jeune. Je suis allée voir mon médecin pour lui en parler, il m’a dit qu’il avait besoin de plus d’informations. J’ai rappelé, on m’a dit qu’on ne pouvait rien me dire, j’ai insisté. La seule chose que j’ai pu savoir, c’est qu’elle souffrait d’éthylisme. Elle était alcoolique.»

Elle n’en saura pas plus.

Le 16 juin 2018, le gouvernement adopte la tant attendue loi 113 visant à permettre à plus de gens de connaître leurs origines. «Au début, ils prenaient seulement les demandes de ceux qui savaient que leurs parents étaient décédés. Je me suis précipitée sur le formulaire, je l’ai rempli la semaine suivant l’adoption…»

Et puis?

Un accusé réception sans date le mois suivant.

Mardi passé, un coup de fil.

— Madame, est-ce que c’est un bon moment pour vous appeler?

— Oui.

— Je vous appelle pour vous donner le nom de votre mère.

— C’est quoi?

— Maria…

— Qu’est-ce que vous pouvez me dire de plus?

— Rien, c’est tout.

«Je raccroche, j’ai un nom, je le répète, je le répète... Mais je n’ai pas de date de naissance, pas de date de décès, ni le lieu. Et je me dis, tout ça pour ça?»

C’est là qu’Hélène m’a envoyé un courriel sous le coup de l’émotion, celle d’une femme à qui on a promis de connaître ses origines, et qui se retrouve avec un nom, assez commun qui plus est. «Donner de faux espoirs comme cette loi ne fait qu’ajouter à l’immense peine de ne pouvoir aller me recueillir sur sa tombe. C’est encore trop demander. C’en est presque sadique.»

Qu’à cela ne tienne, elle se met à éplucher les avis de décès dans les archives de journaux de 1980. «Je remonte le temps, je ne trouve rien. J’ai appelé dans les cimetières de Québec, je ne la trouve pas. Je vais voir du côté du site Ancestry, je vois que le test d’ADN est en spécial, je m’inscris.»

Puis elle envoie, comme une bouteille à la mer, un message sur Facebook, un groupe qui s’appelle «les anges de l’adoption».

Nous sommes mercredi, 15h40.

Le soir, elle a une réunion, elle revient sur le site à son retour. Elle voit le message d’une dame qui lui propose son aide. «Elle m’écrit qu’elle fait ça depuis neuf ans, elle me demande les informations que j’ai, les dates. Et là, ça déboule. 22h07, elle me dit où ma mère s’est mariée, elle trouve le cimetière où elle est enterrée, même le numéro du lot. Elle remonte à mes grands-parents, puis elle trouve ma fratrie…»

Quand elle se couche ce soir-là, elle a deux frères et une sœur. «Elle m’envoie même une photo de ma sœur, on se ressemble tellement. C’est la première fois que je vois mon visage sur le visage de quelqu’un.»

Elle me la montre, c’est frappant.

«La dame, un vrai ange, a continué à m’envoyer des informations, c’est incroyable tout ce qu’elle a réussi à trouver. Sans elle, seulement avec ce que le gouvernement me donnait, je n’y serais pas arrivée. Pour le moment, je veux prendre le temps de digérer tout ça. C’est sûr que j’aimerais les rencontrer, mais il faut être prêt à toutes les éventualités. Il ne faut pas avoir d’attentes qui ne sont pas réalistes.»

Elle a le plus important, elle sait qui est sa mère.

«C’est comme si la place que j’avais gardée en moi est enfin occupée par celle qui l’avait créée…»

Chronique

Quand on veut, on peut?

CHRONIQUE / Vous avez toujours de la volonté?

Ça ne vous arrive jamais de rayer les 30 minutes de vélo stationnaire de votre routine parce que vous avez mal dormi?

De succomber à une double ration de fondant au chocolat?

Le dicton est clair, quand on veut on peut, et pourtant. Des fois, on ne veut pas assez, ou on se permet de ne pas vouloir. Et des fois, la montagne nous paraît si haute, la pente si escarpée qu’on a l’impression qu’on ne pourra jamais vouloir assez pour arriver à atteindre le sommet.

Chaque fois que j’écris sur des poqués de la vie qui aimeraient que la vie (ou la bureaucratie) arrête de leur faire des jambettes, il y a toujours une couple de lecteurs qui m’écrivent et qui s’érigent en parangons de vertu pour leur servir une grande leçon de morale sur la volonté.

En gros, ça se résume par, «hey mon chum, fait ton bout. Moi je me suis toujours botté le derrière, fais pareil».

Ou le classique, «je suis tanné de payer pour ça».

J’ai assisté l’automne dernier au lancement de la campagne de financement de Centraide, où les organisateurs avaient eu l’idée de nous donner une autre identité, décrite sur un petit papier qu’on nous remettait à l’entrée. J’étais Mathieu, jeune universitaire, homosexuel, mes parents avaient bien pris mon coming out.

Il a fallu se mettre en rangée, notre petit papier entre les mains, pendant que Bruno Marchand, le président de Centraide, nous disait quoi faire.

-Vos parents sont pauvres? Reculez de deux pas.

-Vos parents sont riches? Avancez de deux pas.

-Vous avez décroché? Reculez d’un pas.

-Vous êtes allé à l’université? Avancez d’un pas.

Après une dizaine de questions, plus personne ne se trouvait sur la ligne de départ, plusieurs pas séparant le meneur du dernier. Pourtant, ceux qui étaient en avance n’avaient pas vraiment de mérite, ils étaient nés pourrait-on dire sous une bonne étoile. Et les derniers, eux, partaient avec deux prises et demie.

Comme dans la vraie vie.

Après ça, Bruno Marchand nous a parlé des athlètes olympiques. Pour en dire quoi? Pour dire qu’on trouve normal de miser sur eux en mettant tout en œuvre pour pousser au maximum leur talent, qu’on ne lésine pas sur les moyens pour qu’il fasse partie de l’élite, en leur payant des psys, des nutritionnistes, des physios, et encore.

C’est correct, tous les pays le font.

Mais quand un gars mange son pain noir, qu’il se démène comme un diable dans l’eau bénite pour s’en sortir, qu’est-ce qu’on lui dit? 

De s’organiser tout seul.

Qu’il a juste à vouloir.

Si c’était aussi simple, il n’y aurait plus aucun pauvre, plus de fumeurs, plus d’outremangeurs ni d’alcooliques. Certains partent de tellement loin qu’ils ne savent même plus qu’ils sont capables de vouloir s’en sortir. Parce qu’ils se sont fait dire toute leur vie qu’ils n’étaient bons à rien, qu’ils ont fini par le croire. Je pense à cette mère que j’ai croisée il y a plusieurs années dans un parc de Limoilou, elle appelait son fils par son surnom, «innocent.»

Sur le même ton qu’on dit «mon trésor».

J’ai reçu en mars le message d’un lecteur qui travaille pour une ligne d’écoute, il m’a parlé d’un habitué qui venait de l’appeler. «Ce jeune homme, fin trentaine, ex-sans-abri, ex-toxicomane depuis environ seize ans, ex-fumeur et atteint du spectre de l’autisme, me semblait bien découragé.

Ses frais de psychiatrie sont couverts partiellement et son chèque d’aide sociale n’arrive pas à le nourrir tout le mois, même s’il a recours à d’autres ressources disponibles dans son milieu. Il se bat avec les moyens du bord en jeûnant plusieurs jours à la fin de chaque mois depuis environ 20 ans.

Il me semble inconcevable que dans notre pays quelqu’un ne puisse pas manger à sa faim.»

Il n’est pas le seul.

Il y a dans cette histoire une quantité infinie de volonté. L’homme a réussi à arrêter de boire, à arrêter de consommer, il s’est trouvé un toit. Chaque mois depuis 20 ans, l’homme doit choisir entre sa tête et son estomac, et il choisit sa tête. Il continue à se battre, jour après jour, malgré tout.

Mais personne ne mise sur lui.

Aux Olympiques de la misère, il n’y a pas de gagnants.

Chronique

L’intimidation est une pieuvre

CHRONIQUE / Ça a commencé par une histoire de cœur, deux gars de cinquième année qui avaient un œil sur la même fille, et celui qui a «perdu» ne l’a pas pris. Il s’est mis à intimider l’autre.

C’est la mère de l’intimidé qui parle : «Il s’est mis à lui dire qu’il allait l’attendre après l’école, il le plaquait. J’ai eu deux feuilles de l’école qui me disaient de surveiller mon gars au cas où il aurait les symptômes d’une commotion…»

Elle a envoyé des courriels au prof pour lui faire part de la situation, pour qu’il ouvre l’œil. «Il m’a dit : “Je n’ai pas juste ça à faire, j’ai ma classe à gérer.”» La gestion de classe, on y revient toujours, avec le nombre de plans d’intervention dont les enseignants doivent tenir compte.

L’aide n’allait pas venir du prof, donc.

C’est que l’intimidateur, ratoureux, s’arrangeait évidemment pour faire ses mauvais coups quand les adultes avaient le dos tourné, ça se passait souvent dans la cour de l’école, à l’abri des regards. «Je lui disais : “Va le dire chaque fois” et il le disait. Une journée, il y a eu quatre épisodes, se faire crier des noms, se faire pitcher par terre…»

L’école n’a jamais avisé la mère.

L’intimidateur avait le champ libre. «Mon fils commençait même à être habitué, il y avait quelque chose chaque jour. Il se faisait rentrer dans le mur, empêcher d’aller aux toilettes et j’en passe…»

Le soir, elle lui posait des questions. «Heureusement, qu’il me parlait parce que je n’aurais pas été informée. C’est important d’avoir une bonne communication avec vos enfants, de les faire parler de ce qu’ils vivent et d’en parler tout de suite à l’école. C’est ce que je veux que les gens retiennent, c’est d’être vigilants, de ne rien laisser passer.»

En espérant qu’il y ait une suite.

L’école a d’abord essayé d’unir l’intimidé et l’intimidateur. «Moi, je disais qu’il fallait les séparer, mais au lieu de ça, ils ont dit : “On va les faire jouer ensemble.” Ils les ont mis ensemble dans un local pendant la récréation et quand ils sont sortis, l’autre a dit : “Ça s’est super bien passé…” et il continuait.»

Non seulement il a continué, mais il a recruté des renforts en liguant d’autres élèves contre l’intimidé. «À un moment donné, ils étaient 10 dessus.»

Et son fils n’était pas le seul à être intimidé.

La mère a demandé à l’école d’agir. «Ils nous ont dit qu’ils allaient augmenter la surveillance dans la cour, mais je pense qu’ils n’étaient pas capables de le faire. Mon garçon se faisait tabasser tous les jours pendant la récré. Des fois, ils étaient quatre dessus, ils se relayaient pour le taper.»

Le matin, il ne voulait plus aller à l’école. «Il dit qu’il est pourri, qu’il est bon à rien. Il n’a plus d’estime de lui.»

Les ravages de l’intimidation sont terribles.

«Un moment donné, je lui ai dit de se défendre. Il a dit : “Non, Maman, je ne veux pas être dans le trouble.” Deux fois, son amie [la fille que l’autre convoitait] est allée chercher un surveillant. Il n’y a pas eu de suite. Je ne sais pas ce qui se passait, ils le savaient qu’il y a un problème. Je leur ai demandé si l’élève allait avoir une conséquence, ils m’ont dit qu’ils avaient parlé aux parents et qu’eux étaient censés faire quelque chose…»

Elle a demandé leurs coordonnées, en vain.

La mère a su récemment que, au fil de l’année, l’école a fait 16 interventions auprès des élèves qui posaient problème. «Il y a eu des privations d’activités, une lettre d’excuse, un retrait d’une demi-journée. Mais je n’ai jamais été informée de ça, ça aurait été important, je pense, de savoir ce qu’ils faisaient.»

Et l’intimidation continuait.

De guerre lasse, début avril, la mère a appelé la police. «Quand la policière est allée rencontrer le directeur, il a dit qu’il n’était pas au courant.»

La mère est tombée en bas de sa chaise.

«J’ai envoyé mon enfant dans cette école [primaire publique de l’ouest de Québec] parce qu’elle était bien cotée et là, je me rends compte qu’ils n’agissent pas. Est-ce que c’est parce qu’ils ont perdu le contrôle? Est-ce que c’est pour sauver leur réputation? Je n’ai pas la réponse. Il y a un autre élève qui est intimidé, il va changer d’école l’année prochaine. C’est quoi le message qui est envoyé? Que l’intimidateur gagne…»

Elle refuse d’abdiquer.

Elle a parlé à la mère de l’amie de son fils. «Elle est impliquée dans plusieurs activités, il lui arrivait donc de croiser les parents de celui qui intimide mon gars, et les autres aussi. Elle leur a parlé, ils n’étaient pas au courant… Ils lui ont même dit que leurs enfants avaient des feuilles de bons comportements!»

Quand les parents ont su, ils ont parlé à leurs enfants. 

J’ai parlé avec cette mère. «Les parents ont compris la gravité de la situation, plus que l’école. Ils sont conscients de l’impact et ils ont agi. L’intimidation a diminué. Je ne suis pas certaine que l’école serait d’accord avec les interventions que j’ai faites, mais je ne peux accepter ça.»

Et la police? Ils ont donné une conférence sur l’intimidation aux 5es années à la fin du mois d’avril, ils ont aussi rencontré la plupart des parents dont les enfants étaient impliqués dans la situation. 

Ça aura pris presque toute l’année scolaire pour en arriver là, déplore la mère de l’intimidé. «Ça a commencé au début de l’année, ils m’ont dit qu’ils ont été mis au courant en novembre. Je ne comprends pas pourquoi ça a pris presque toute l’année pour qu’on s’occupe vraiment du problème. Ils m’ont dit que c’était normal comme délai.»

Je trouve ça long aussi.

La mère aurait voulu que l’école intervienne beaucoup plus rapidement, elle ne peut s’empêcher de penser que la situation n’aurait pas dégénéré à ce point. Qu’elle n’aurait pas eu à se battre pour qu’on finisse par prendre le problème au sérieux.

Qu’elle n’aurait pas eu à ramasser son fils à la petite cuillère.

Son fils sera maintenant suivi par le CLSC pour qu’il puisse consulter, «pour qu’il puisse parler de ce qu’il a vécu. Il n’aurait jamais eu besoin de faire ça s’il n’avait pas été intimidé... Je trouve ça vraiment dommage. On lui donne des ateliers d’aptitudes sociales», dont il n’avait jamais eu besoin.

Et maintenant, l’intimidation a cessé? 

«Presque, il a reçu un coup de poing dans le ventre vendredi dernier, mais à part de ça, ça va…»

Ça ne va pas.

La Capitale

«C’est l’fun de les coller»

CHRONIQUE / «J’apprécie beaucoup les personnes âgées. Quand elles voient un enfant, il y a une boule de bonheur dans leurs yeux.»

Les mots sont de Jules Chassé, 13 ans.

Et il sait de quoi il parle, lui qui fréquente depuis qu’il est tout petit les résidences que possède son père. «Il en a un peu partout et, quand on voyageait, on allait habiter là et je pouvais voir les étincelles dans leurs yeux. C’est l’fun de les coller, tu vois qu’elles l’apprécient vraiment.»

C’est beau, non?

Quand est venu le temps de s’inscrire à Expo-sciences avec son ami Charles Parent, les deux étudiants de secondaire n’ont pas cherché bien longtemps. Charles, dont le père est ingénieur, voulait faire une invention. Ça tombait bien, Jules aussi avait le goût de fabriquer quelque chose. 

Il a eu l’idée d’un bain portatif. «J’aime bricoler, et là je pouvais le faire pour aider les personnes âgées. […] C’est plaisant d’aller voir les personnes âgées, mais il y a des fois où ça sent mauvais parce qu’ils n’ont pas assez de bains.»

Charles aussi a été confronté à cette réalité. «Ma grand-mère a été dans un CHSLD [dans la région de Montréal], je suis allée lui rendre visite quelques fois. C’était difficile les conditions de vie, elle n’avait pas beaucoup de bains. Il devrait y avoir plus de monde pour s’en occuper.»

Voilà.

Début novembre, les deux ont commencé à plancher sur leur projet. «Au début, je ne comprenais pas trop son idée de bain et c’est là que j’ai eu l’idée de faire une maquette pour que ça soit plus concret. On voulait que ce soit parfait.»

Avec son père, Charles a patenté un modèle réduit avec des morceaux de bois, une bâche de plastique et un tuyau d’arrosage.

Il a pris une Barbie à sa sœur pour faire office de personne âgée.

D’instinct, les deux élèves de l’école secondaire des Pères maristes se sont dit qu’un bain mobile permettrait de sauver du temps aux préposés, mais ils devaient valider leur hypothèse. «On a travaillé sur notre projet chaque jour, on y a mis beaucoup de temps. On a fait appel à des gens qui travaillaient dans des CHSLD, à des directeurs. On a demandé le temps que ça prenait pour donner un bain, le nombre de minutes pour chacune des étapes, pour qu’on puisse le diminuer.»

Ils ont fait leurs calculs. 

«La personne arrive avec le bain, elle le glisse sous la personne dans son lit et elle remonte les côtés. Ce qui sauve le plus de temps avec notre bain portatif, c’est qu’il n’y a pas de déplacement, la personne reste dans sa chambre. C’est mieux pour les personnes démentes, parfois elles n’aiment pas changer de place.»

Ce qui allonge encore plus le temps du bain.

Jules et Charles ont fait un tableau comparatif, 40 à 60 minutes pour donner un bain traditionnel, entre 25 et 40 pour le leur. «On arrive à couper le temps de presque la moitié!» triomphe-t-il. Ils ont pensé à tout, à un drain, à un coussin pour que la personne soit confortable, à un jet en continu pour qu’elle n’ait pas froid.

Que ce soit réalisable ou non n’importe pas.

Ils ont d’abord présenté leur projet à leur classe, il a été retenu pour passer à l’étape suivante. «Après la classe, on a fait l’Expo-sciences locale, et on a été retenus pour l’Expo régionale.» Le 16 mars, ils se sont mesurés à tous les autres projets de Québec et de Chaudière-Appalaches.

Leur projet n’a pas été retenu, mais ils ont eu de bons commentaires des juges. Surtout, ils ont eu la piqûre de cette grand-messe de la matière grise. «C’est sûr qu’on va recommencer l’an prochain!» Avec un bain amélioré ou avec une nouvelle invention, ils ne savent pas encore. 

J’ai hâte de voir.

Ce que Jules sait, par contre, c’est qu’il aimerait continuer à adoucir la vie des aînés. «Peut-être que plus tard, j’irai en médecine spécialisée pour les personnes âgées. Juste de leur dire bonjour, elles adorent ça…»

Ce que j’ai trouvé le plus beau dans leur projet, ce n’est pas leur bain. 

C’est d’avoir eu l’idée de le faire.

Chronique

Autour du Petit Prince

CHRONIQUE / «Si le Petit Prince débarquait sur notre planète aujourd’hui, il serait catastrophé. Lui, il cherche le beau, il cherche le sens.»

Il cherche l’allumeur de réverbères.

La réflexion vient de Thomas De Koninck, philosophe, qui a rencontré Antoine de Saint-Exupéry en 1942. Il avait huit ans, posait beaucoup de questions, tellement que sa mère lui disait d’arrêter. 

«Lui, il m’écoutait.»

L’écrivain avait été invité chez les De Koninck lors d’un passage à Québec. «Il avait passé la soirée avec nous», se souvient Thomas. «Il nous montrait des dessins, il faisait des avions en papier qu’il lançait.»

Les adultes, eux, discutaient.

«Je crois qu’il préférait la présence d’enfants curieux à celle des adultes. Saint-Ex aimait les énigmes mathématiques, il en avait posé une à Adrien Pouliot, qui est un grand mathématicien, et il n’arrivait pas à trouver la réponse. Alors Saint-Ex était avec nous, nous étions triomphants.»

Thomas avait huit ans.

Une des hypothèses sur l’origine du Petit Prince veut que le petit ait influencé le célèbre aviateur, qui a publié son livre l’année suivante aux États-Unis. «Je pense que le Petit Prince, c’était Saint-Exupéry. Il mijotait le personnage depuis longtemps, peut-être a-t-il pu être inspiré ce soir-là. C’est vrai que je posais beaucoup de questions…»

Et il n’a jamais arrêté. À 85 ans, l’homme s’interroge encore sur le monde, sur ce qu’il devient, vers où il va. Après une carrière de 55 ans en enseignement, il accueille chez lui des étudiants en philo pour discuter, comme s’il avait aussi besoin de cette jeunesse pour l’inspirer. «Ils me font beaucoup de bien, ils sont simples et directs, s’interrogent beaucoup sur le Bien et sur le Mal.»

Et le monde a plus que jamais besoin de gens qui posent des questions pour faire contrepoids à ceux qui se drapent dans leurs certitudes. «Le Petit Prince c’est ça, c’est un regard qui va au-delà de l’immédiat, vers le mystère de la vie.»

Vers l’autre.

Et c’est là le plus bel enseignement de Saint-Exupéry. «Il faut un questionnement, une ouverture à l’autre, un étonnement et même un émerveillement. L’ouverture, c’est aussi l’expérience d’aller trouver des réponses.» Et pas seulement en pitonnant sur notre téléphone. «Nous sommes dans un monde de performance, un monde d’acculture. Je suis consterné par ça, il y a un manque de culture chez les jeunes, on les a privés de ça.»

Pas tous, évidemment. 

On les a aussi privés d’une certaine liberté. «Il y a une omniprésence de la sécurité et la sécurité est le pire ennemi du mortel. Trump par exemple, il incarne cette sécurité qui est devenue une autre sorte de catéchisme. […] On ne leur permet plus d’être libres, de prendre des risques, de trouver le sens de leur vie.»

On touche à l’essentiel. «On vit, mais pour faire quoi ? S’ils ne font que survivre sans trouver le sens de leur vie alors à quoi sert la vie? On arrive à la question philosophique fondamentale…» À l’argent, Thomas De Koninck oppose l’amour. «Vivre pour avoir toujours plus d’argent, c’est un monde irréel. […] Notre vie, c’est un entretien illimité avec les personnes que nous avons connues, c’est un parcours affectif. Et l’amour s’apprend, mais ça ne peut être connu que par l’expérience.»

Par les parents d’abord. «Ils ont un rôle capital.» 

Pour savoir aimer, il faut avoir été aimé.

L’école aussi a un rôle à jouer. «On revient toujours à l’éducation, c’est la seule façon de changer une société sans violence. Il faut éveiller les jeunes à travers des questionnements et des lectures, leur transmettre la joie d’aimer. Le bon prof est celui qui possède l’art de susciter l’enthousiasme.» 

Et on doit tout faire pour qu’il reste enthousiaste.

Mais s’il y a une chose que les jeunes tiennent du Petit Prince, c’est cette urgence de protéger leur planète. «Je mets beaucoup d’espoir dans la jeunesse, je leur fais confiance. Ils sont sensibles à l’écologie, ils sont stimulants et spontanés.»

Il faut faire vite, la rose est en danger.

Thomas est marié depuis 58 ans à Christine, ils se sont connus à Oxford en Angleterre, il avait reçu une bourse pour étudier trois ans à l’université, «entre la maîtrise et le doctorat». Ils ont eu trois fils. «Je suis encore plus amoureux que le premier jour.»

Et le secret de la durée?

On y revient toujours. «Il faut s’aimer…»

Chronique

Cuba: cherchez le poulet

CHRONIQUE / Rue Belacoian, une file beaucoup plus longue qu’à l’habitude au magasin d’État, la nouvelle s’était répandue comme une traînée de poudre.

On venait de recevoir du poulet.

Depuis une semaine que j’étais à Cuba, j’avais déjà pu constater que la volaille était introuvable à La Havane, même les restaurants qui en font leur spécialité n’arrivaient pas à s’en procurer. Je demandais s’il y en avait chaque fois où elle était sur le menu, on me répondait comme si c’était une évidence.

«Bien sûr que non.»

Chronique

Cuba: vous avez dit performance?

CHRONIQUE / Un an après la passation des pouvoirs entre Raul Castro et Miguel Diaz-Canel, Le Soleil est allé voir où en était la société cubaine où, officiellement, le régime communiste jette du lest. Mais force est de constater que, comme en 1959, la révolution ne viendra pas d’en haut…

«Le train avance doucement.»

Le constat est fait par Nancy Lussier, vice-présidente de la filiale Terracam, qui dirige depuis sept ans les affaires internationales du Groupe Lussier, spécialisé dans l’exportation de véhicules lourds. 

L’entreprise fait affaire avec Cuba depuis 25 ans. «Ça représente 10 % de notre chiffre d’affaires», ce qui est énorme.