Mon ami rongeur

Acheter un animal, tout le monde le sait, doit être un acte mûrement réfléchi.

Voilà pourquoi décider d’offrir un chat imberbe ou un chien de sacoche à Noël n’est peut-être pas l’idée du siècle... Un hamster chinois non plus!

Laurencio, huit ans, rêvait de recevoir un hamster nain en cadeau. Des rongeurs, ils en hébergent dans sa classe depuis la maternelle. Aussi, des amies à elle en ont un à la maison. À force de jouer avec Soeur Jeanne et Grignotine, l’idée d’avoir sa propre petite bête s’est mise à la ronger au fil du temps.

Le (gros) hic: sa mère a une peur bleue marine des rongeurs. 

Comment pourrais-je, avec ma phobie, m’occuper d’un hamster? 

Ça se vide comment une cage de rongeur en laissant ledit rongeur dedans?

Comme je ne trouvais pas de réponse à ce grand mystère de la vie, et certaine que ma petite allait s’occuper de sa bestiole le temps de dire «ratatouille», ma réponse était donc automatiquement et régulièrement, NON. 

On a peut-être l’air de rien comme ça, nous, les parents, mais on la connaît la chanson. On achète un animal et après deux semaines, malgré toutes les promesses du monde entier faites par notre progéniture, c’est nous, les caves, qui sommes pris pour pelleter de la litière agglomérante extra-dure à la senteur de poudre pour bébé. Même chose dans le cas du chien, du poisson rouge et du hérisson. L’enfant se déresponsabilise et c’est le parent qui écope. 

Bref, c’est pas un cadeau.

Chez nous, autant mon chum que notre grande ont été catégoriques quand Laurence s’est mise à sautiller comme un yorkshire en scandant; «J’veux un hamster!» «J’veux un hamster! » 

Ils ont dit «Ok pour la bibitte, mais nous, on ne s’en occupe pas. JAMAIS!»

La décision revenait donc à la musophobique que je suis. 

La musophobie est la phobie des rats, des souris et des rongeurs en général. Curieux, car ce qui m’écoeure le plus chez ces «animaux inutiles», c’est leur queue. 

Je suis plutôt «queusophobique».

«Mais un hamster, maman, ça n’a pas de queue!», que me répétait sans cesse mon petit perroquet.

Avant le congé des Fêtes, rusée comme un renard, elle a donc emprunté Soeur Jeanne à l’école pour l’amener crécher quelques jours à la maison. À ma grande surprise, la cohabitation s’est bien passée. Mais je n’ai pas osé la prendre...

Toujours avant Noël, lors d’un souper chez la propriétaire de Grignotine, j’ai osé. Pour montrer à ma fouine qu’on pouvait surmonter (une partie de) nos peurs, j’ai pris mon courage dans une main et le rongeur dans l’autre. Un exploit! Ma fierté était celle du joueur du Canadien brandissant la coupe Stanley. 

Devant ce fait d’armes, je me suis dit que j’étais peut-être mûre pour acquiescer à la demande récurrente de ma fille. On allait lui acheter son fameux hamster. On allait l’acheter le 23 décembre. Mes parents allaient l’héberger quelques heures et le soir du 24, SURPRISE!

Un super plan! 

Choisir la cage et tout le nécessaire a pris cinq minutes. Quand est venu le temps de choisir la bête, ça a été... plus long.

D’abord, la cage des hamsters chinois se trouvait entre l’habitat de gros rats, qui ressemblaient à des vaches galloway ceinturées, et la maisonnée de souris vigoureuses. 

TOUT POUR M’AIDER! Ce qui devait donc arriver arriva. 

Quand le commis a déposé dans ma main la seule femelle disponible et que celle-ci a cherché à se faufiler dans la manche de mon manteau, j’ai eu peur et... je l’ai échappée. Après sa chute, elle s’est enfuie sous les étagères et jamais le spécialiste des rongeurs n’a réussi à lui mettre le grappin dessus.

Devant ce désastre, honteuse, désolée et mal à l’aise, je ne pouvais clairement pas repartir avec cet animal. J’ai donc proposé que Laurence vienne choisir son hamster elle-même. Si elle aussi avait du mal à le prendre, le projet venait de s’éteindre.

Une idée que le jeune homme de l’animalerie a trouvé géniale. Et pour tenter de dissiper mon malaise d’avoir perdu un hamster dans le magasin il m’a dit: «Ne vous en faites pas, madame. J’ai perdu un serpent la semaine dernière: ça va lui faire de la bouffe!»

Finalement, Laurence a choisi son hamster chinois après les Fêtes. Kurt, prononcé Queur-te, en l’honneur d’un personnage de la télésérie Glee, (et parce qu’il a une toute petite queue finalement) vit avec nous depuis bientôt un mois. Ils jouent ensemble tous les jours. Elle s’en occupe comme une grande. Et oui, j’arrive à le prendre. 

J’ai souvent lu que la compagnie d’un animal domestique permettait d’aborder divers sujets avec les enfants. Avec notre poisson combattant (Betta Splendens), on avait parlé de la mort il y a quelques années, même de suicide. (L’épais avait sauté en dehors de son aquarium!) Avec Queur-te, on vient d’explorer... l’anatomie. Une particularité des hamsters chinois? Des testicules proéminents! Un léger détail absent lors de l’achat et que le commis n’a pas eu la chance de me partager quand j’ai fait faire un saut de la mort à la seule femelle de la portée...

En pensant à cette aventure, et quand je regarde ma Laurence jouer avec Queur-te, je souris.