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Anne-Marie Charuest
Mille photos, mille histoires
Anne-Marie Charuest
Le gentleman-farmer dans son jardin. L’œil artistique de Sally Wood a su capturer sur cette image, non seulement la fierté du regard de Sydney Fisher, mais aussi l’élégance du jardin anglais et, en arrière-plan, une « fenêtre » sur le lac Brome.
Le gentleman-farmer dans son jardin. L’œil artistique de Sally Wood a su capturer sur cette image, non seulement la fierté du regard de Sydney Fisher, mais aussi l’élégance du jardin anglais et, en arrière-plan, une « fenêtre » sur le lac Brome.

Sydney Arthur Fisher, agriculteur moderne

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CHRONIQUE / À l’occasion, j’aimerais vous présenter des personnages, afin de mieux connaître la signification des toponymes qui identifient le nom de certaines rues et points d’intérêt. Pour débuter, rendons-nous à la Pointe Fisher, qui n’a pas été nommée pour les pêcheurs de l’endroit, mais plutôt pour son célèbre propriétaire : l’Honorable Sydney Arthur Fisher.

Né à Montréal le 12 juin 1850, il a eu une grande influence, grâce à son engagement politique qui a permis de faire entrer la science agricole dans la modernité au Canada. Il serait trop long ici d’élaborer en détail sur sa carrière professionnelle, mais mentionnons qu’il a été ministre de l’Agriculture sous le gouvernement Laurier de 1896 à 1911.

Le jeune Sydney Fisher a étudié l’économie politique à l’Université McGill entre 1866 et 1868, puis l’agriculture au Trinity College de Cambridge, en Angleterre, terminant ses études en 1871.

J’aimerais plutôt me concentrer sur sa présence dans le comté de Brome. Il s’installe officiellement sur les berges du lac Brome en 1874 lorsqu’il achète trois lots de terrains : les lots 17 et 18 du rang XI, appartenant à deux membres de la famille Knowlton, et une partie du lot 16, propriété du juge Christopher Dunkin, un ami de son père, le docteur Arthur Fisher. Ce dernier a été le premier médecin à pratiquer l’homéopathie auprès de sa clientèle montréalaise.

Dès 1875, les registres fonciers du canton de Brome nous indiquent la présence d’une maison sur le lot 17. Il s’agit de la nouvelle demeure de Fisher, qu’il nomme Alva House en l’honneur du premier propriétaire des lieux, Alva Tibbits. Le recensement de 1831 nous confirme la présence de ce dernier à titre de voisin de Paul H. et Luke Knowlton.

Alva House et son propriétaire. Il semble bien que ce soit Sydney Fisher qui fasse construire cette élégante demeure, puisque les registres fonciers sont muets sur la présence d’une maison avant 1874. En regardant le cliché de plus près, on note la présence de Fisher, assis sur les marches du perron. Malheureusement, le photographe et la date de la photo ne sont pas connus.

Sydney Fisher est considéré comme un « gentleman-farmer », car l’exploitation agricole qu’il développe sera supervisée par son fermier en chef Alvah Carter (un prénom prédestiné), qui habite sur les lieux avec sa femme Margaret Miller et leurs enfants. Dès son arrivée, Fisher devient officier au sein de la Société d’agriculture et d’horticulture du District de Bedford. S’impliquant au sein de plusieurs associations agricoles, son domaine devient une ferme modèle, principalement pour l’industrialisation de la production laitière et le dépistage des maladies chez les animaux d’élevage. L’enthousiasme de Fisher pour une agriculture moderne contribuera à faire connaître les fermes de la région de Brome au niveau international, grâce à sa participation à plusieurs expositions universelles aux États-Unis, à Paris et au Japon.

En consultant les recensements, on note les noms des employés de Fisher, dont un jardinier allemand et une servante suédoise en 1901. Sur celui de 1911, on y apprend que Sydney vit à Knowlton avec son père Arthur, maintenant âgé de 96 ans et sa tante Agnes Fisher qui en a 80. Le même recensement révèle que la famille d’Alvah Carter est maintenant bien installée dans une demeure voisine.

Il existe peu de photographies de Sydney Fisher, outre les portraits officiels du gouvernement fédéral. D’ailleurs, Bibliothèque et Archives Canada possède une intéressante photographie de Sydney Fisher, en compagnie de Wilfrid Laurier et William Lyon Mackenzie King, devant le perron de Alva House vers 1915.

Legs majeur

Parmi nos archives, nous avons déniché un portrait de Fisher, alors probablement dans la vingtaine, prise au studio Notman, à l’époque où il habite encore à Montréal, et une autre où le distingué célibataire est assis sur les marches extérieures de sa demeure. La photographe Sally Wood a eu la permission de capter la noble demeure entourée de jardins, sur une dizaine de plaques de verre.

Sydney Arthur Fisher n’a pas eu de descendants, mais sa contribution au développement de l’agriculture est un legs majeur. Dans une lettre à sa mère datée de 1901, il écrit qu’il espère que les Cantons-de-l’Est deviendront une grande région agricole. Il n’avait pas tort.

Voici un portrait bien sérieux de Fisher, dans un magnifique cadre ouvragé en bois, à l’époque où il est ministre de l’Agriculture à Ottawa. Ses fonctions l’obligeront d’ailleurs à s’acheter une maison dans le quartier Sandy Hill à Ottawa. C’est là qu’il décède d’un arrêt cardiaque le 9 avril 1921. Ce portrait fait partie de la collection d’objets de la Société historique du comté de Brome.
Voici un rare portrait de la famille Carter vers 1888, prise au studio de Malcolm E. Robb à Knowlton. En plus de Margaret (Maggie) et Alvah, on peut voir l’aînée Edith (assise), Ernest (debout), Nina (sur le pouf) et le petit Arthur sur les genoux de son père. Même si l’épreuve comporte une tache sur le visage du bébé, elle constitue un témoignage unique de cette famille.