Ce contenu vous est offert gratuitement, il ne vous reste plus de contenu à consulter.
Créez votre compte pour consulter 3 contenus gratuits supplémentaires par jour.
Mickaël Bergeron
La Tribune
Mickaël Bergeron
Une fois le boisé rasé pour le développement immobilier, le reboisement des nouvelles rues n’est pas toujours planifié par les municipalités, même si la canopée a un impact sur la qualité de vie des résidents.
Une fois le boisé rasé pour le développement immobilier, le reboisement des nouvelles rues n’est pas toujours planifié par les municipalités, même si la canopée a un impact sur la qualité de vie des résidents.

L’arbre comme réconfort

Article réservé aux abonnés
Quand on me demande ce que j’aime particulièrement du quartier Limoilou de Québec, où j’ai demeuré six ans, je réponds spontanément les arbres. Si on me demandait ce qui me manque le plus sur ma rue à Sherbrooke, je répondrais probablement des arbres.

Le quartier Limoilou a plusieurs avantages que d’autres quartiers centraux de Québec ont aussi, comme St-Roch ou St-Jean-Baptiste, dont la proximité avec une multitude de services et de commerces à distance de marche. Mais Limoilou se démarque par ses rues enveloppées par les arbres. Au point que parfois, de la rue, tu vois à peine le ciel. De mon balcon limoulois, je pouvais toucher les arbres.

Je vois plusieurs arbres de mon balcon, à Sherbrooke, dont une belle colline verte, mais ils sont « loin ». Ils ne sont pas sur le terrain de mon bloc ni sur ma rue. Je peux aller marcher dans un boisé situé à 10 minutes de marche, mais ce n’est pas l’accès aux arbres qui me manque, c’est la proximité. 

C’est peut-être moi qui a une fixation sur les arbres, aussi. Ça me réconforte, ça me fait un bien fou, une rue bordée d’arbres.

L’importance des arbres n’est toutefois pas qu’émotive. La canopée embellit les rues, mais elle protège aussi du soleil, de la pluie et des vents. Elle lutte contre les ilots de chaleur. Elle permet à plusieurs petits animaux de cohabiter avec nous – c’est plaisant d’entendre les oiseaux l’été, de voir les écureuils courir sur les branches. Ça encourage aussi l’activité physique – c’est beaucoup plus plaisant de marcher sur une rue verte. Elle crée aussi une certaine intimité entre les passants et les maisons ou les immeubles d’habitation.

J’ai peut-être une fixation sur les arbres, mais leur utilité n’est plus à démontrer. D’ailleurs, la Ville de Sherbrooke tente un peu de réparer les erreurs du passé en voulant verdir la rue King Est. 

Je dis erreurs du passé, parce que la rue King témoigne de cette époque où une rue bétonnée avec des stationnements et sans verdure était la norme, mais a-t-on réellement appris de nos erreurs? Je me suis promené dans plusieurs développements immobiliers de Sherbrooke, autant à Rock Forest qu’au Plateau McCrea, Fleurimont ou le Plateau Belvédère et on ne peut pas dire que ces nouvelles rues sont généreusement bordées d’arbres. 

Un peu de patience, me dit Jean-François L. Vachon, chargé de cours à l’Université de Sherbrooke en aménagement du territoire. « Il y a 60 ans, les vieux quartiers aussi avaient peu d’arbres », souligne-t-il. 

C’est vrai, sur quelques nouvelles rues, on a planté des bébés arbres. Dans dix ou vingt ans, le coup d’œil sera sûrement différent. Il faut leur donner le temps de pousser. On pourrait aussi planter des arbres plus âgés, mais le coût n’est vraiment pas le même.

La plupart des arbres dans les quartiers résidentiels ont été plantés, il est plutôt rare qu’ils soient les vestiges du boisé sur lequel la rue a été bâtie. « Le premier enjeu est d’être capable de construire, explique M. Vachon. Pour l’excavation, les fondations, le raccord aux services, même quand on essaie de conserver les arbres présents, peu survivent, sauf sur de grands terrains. » Le plus facile est donc de tout raser et replanter une fois les travaux terminés.

Mais ça ne veut pas dire de réfléchir aux arbres qu’à la fin. 

Planifier la canopée

Marc Morin, architecte paysagiste et propriétaire de Solidago paysages, remarque aussi une certaine inégalité dans la canopée des rues. « Un bon exemple, c’est la rue Marini dans Rock Forest. Il y a eu une plantation d’arbres le long de la rue et ça donne une ambiance incroyable. »

Plantés entre la rue et le trottoir, ces arbres s’ajoutent à ceux qui sont présents sur les terrains privés. Leur emplacement, de même que l’installation des poteaux électriques dans les cours plutôt que sur la rue, témoigne d’une réflexion et d’une planification. 

« Il faudrait réfléchir aux arbres et aux dessertes de services dès le début du processus afin de concevoir le réseau électrique, le réseau d’aqueduc et l’espace pour les arbres en même temps », avance Jean-François L. Vachon. 

Sans surprise, Marc Morin partage le point de vue. « Les meilleurs projets sont ceux où je suis intégré dès le départ, on peut alors tout planifier et arriver à une meilleure qualité. »

L’architecte paysager souligne que « les gens sont de plus en plus conscientisés et veulent leurs jardins et leurs arbres fruitiers. » Il y a un engouement. Mais la responsabilité de la canopée doit-elle reposer sur les initiatives citoyennes?

« On remarque que ce qui marche surtout, souligne le chargé de cours, c’est lorsque le parc forestier relève de terrains publics et non privés. » Ce qui est probablement le cas, justement, de la bande d’arbres sur la rue Marini.

Jean-François L. Vachon défend toutefois les promoteurs. « On en met beaucoup dans la cour du promoteur qui doit répondre à beaucoup d’exigences, il prend des risques, il essaie de maximiser les espaces et les investissements, ça se peut que les arbres y passent! » Surtout que la clientèle se montre souvent plus exigeante pour des comptoirs en quartz que pour un terrain feuillu.

D’ailleurs, les rues sans arbre n’ont aussi, souvent, pas de trottoir. Il y a une différence entre les rues des quartiers riches et défavorisées. La « finition » n’est pas la même.

Sherbrooke a encore un bon ratio de canopée, mais il ne faudrait pas la tenir pour acquise. Tout développement immobilier et déboisement devrait venir avec un plan de reboisement et de naturalisation. Pas juste dans les croquis pour vendre le projet, un vrai plan, sous la responsabilité des municipalités, comme les autres services publics.

Compenser les boisés que l’on rase en replantant des arbres le long des rues, ça devrait être la moindre des choses.