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Michel Tassé
La Voix de l'Est
Michel Tassé
En février 2019, la patinoire principale du Centre sportif Léonard-Grondin est devenue la patinoire Jean-Patenaude. Un beau moment dans la vie de l’homme, ici entouré de ses proches.
En février 2019, la patinoire principale du Centre sportif Léonard-Grondin est devenue la patinoire Jean-Patenaude. Un beau moment dans la vie de l’homme, ici entouré de ses proches.

Salut, mon Jean !

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CHRONIQUE / Je suis un importé, comme on dit. Je suis originaire de Longueuil et je me suis amené à Granby en 1995 lorsque j’ai été embauché par La Voix de l’Est et son rédacteur en chef de l’époque, Dany Doucet.

Quand je suis débarqué dans la région, je n’avais jamais entendu parler de Jean Patenaude. Me souviens encore de ma réaction lorsque André Bilodeau, le directeur des sports du temps, m’a dit : « Si tu veux de l’information sur le Tournoi bantam, appelle Jean Patenaude ! » Jean qui, André ?

Et j’ai appelé Jean. « Un p’tit gars de Longueuil, tiens ! Longueuil comme dans les (défunts) Chevaliers de Jacques Lemaire ! Ça me fait plaisir mon Mike ! »

J’étais déjà « Mike » pour Jean. Et je l’ai toujours et à chaque fois été jusqu’à la toute dernière fois que je lui ai jasé, à la fin octobre, à la suite de l’article que j’avais écrit sur lui, quelques jours plus tôt.

Jean était reconnaissant. La belle page pleine qu’on lui avait réservée dans La Voix de l’Est lui avait fait du bien. Il était diminué pour la peine et tous les appels qu’il avait reçus à la suite de la parution du texte lui avaient fait chaud au cœur, lui avaient remonté le moral. Malade, confiné en plus, il ne voyait plus grand monde et il était privé de la chose qu’il aimait le plus au monde : aller à l’aréna. « Son » aréna, vais-je me permettre d’ajouter.

J’avais passé une bonne heure avec lui et avec sa Denise, dans la cuisine de leur maison, située (et ce n’était pas un hasard) tout près du Centre sportif Léonard-Grondin. Il était diminué, oui, il devait reprendre son souffle régulièrement, mais diable qu’il avait été intéressant. On a fait le tour de sa carrière, on a parlé des équipes de chez nous, de son cher Canadien, etc.

Je vais vous faire une confidence. Quand je suis sorti de chez lui, ce matin-là, je me doutais que je venais peut-être de le voir pour la dernière fois. D’ailleurs, plusieurs de ses propos, comme quoi il faut s’occuper de nos jeunes et qu’il faut faire en sorte d’enlever de la pression financière sur les parents, ressemblaient à ceux d’un homme qui livraient ses messages avant de partir. Et moi, je voulais lui faire un bon texte. On est comme ça nous, parfois, les journalistes.

Et bien modestement, ça a fait un bon texte. Un de ceux dont je suis fier. Il m’a appelé, il m’a remercié, il était content. Et j’étais content qu’il le soit.

De l’amour

De midi à presque minuit, jeudi, j’ai recueilli des témoignages. Ce n’était pas compliqué parce que tout le monde avait des choses à dire au sujet de Jean. Je m’excuse d’ailleurs à ceux qui avaient des choses à raconter et avec qui je n’ai pas communiqué, faute de temps. Parce que j’aurais pu parler avec des centaines et des centaines de personnes, sinon des milliers.

Grand monsieur, monument, institution, immense perte, ce n’était que ça. Et ça venait du cœur de tout le monde, c’était sincère. Certains pleuraient. Un des commentaires qui m’a frappé est celui de Guy D’Arcy, ex-gérant de l’aréna, qui m’a dit : « Jean dégageait beaucoup d’amour. Il était aimant et il était aimé. Aussitôt qu’il entrait à l’aréna, les gens allaient le voir ».

Et ça, c’est absolument vrai. Mais voyez-vous, c’est normal. Parce que je n’ai jamais entendu Jean Patenaude parler contre qui que ce soit. Et je n’ai jamais entendu personne parler contre lui. Il avait sûrement ses défauts (il aimait beaucoup trop le Canadien à mon goût !), mais c’était une bonne personne comme on en rencontre rarement dans une vie. Je vous jure que j’écrirais la même chose s’il était encore parmi nous.

Il a aidé des milliers de petits Granbyens à s’épanouir à travers le sport et à devenir de bons citoyens, dont plusieurs redonnent à leur tour aujourd’hui. C’est son héritage. Et il est énorme.

Pour tout vous dire, je trouve que Granby est durement éprouvé par les temps qui courent. On a perdu France Arbour, notre géante de la culture, et là, on perd Jean Patenaude, notre géant du sport. À quelques mois de différence. J’ai très bien connu les deux et je me considère privilégié.

Lorsqu’il m’a appelé fin octobre, Jean a conclu en disant : « À bientôt mon Mike, à bientôt j’espère ». Mais on ne se sera jamais reparlé. La vie, des fois, vous le savez…

Salut mon Jean, salut !