Mon petit Bastien, se préparant à jouer son dernier match de hockey-balle.
Mon petit Bastien, se préparant à jouer son dernier match de hockey-balle.

«Papa, je vais jouer à quoi maintenant?»

Michel Tassé
Michel Tassé
La Voix de l'Est
CHRONIQUE / L’Estrie va passer en zone rouge à compter de jeudi. On voyait ça venir gros comme un ballon de plage. Et on sait ce que ça veut dire.

Ça veut dire qu’on ne pourra plus faire grand-chose. Mais bon, on s’est habitué à un mode de vie très, très simple au cours des derniers mois. La vie en temps de pandémie, c’est ça : c’est plate!

Mais nos enfants, eux? Votre petit Félix, mon petit Bastien, votre petite Romy. Ils perdent beaucoup eux. En fait, ce sont eux qui perdent le plus.


« Est-ce qu’on va pouvoir continuer à jouer ensemble dans le sous-sol, papa??? »
Bastien, 6 ans

La saison de football de mon Éliott prenait fin lundi. Juste à temps, mettons. Et c’est ce que je lui ai dit en revenant à la maison : «T’es chanceux mon p’tit homme!» Mais on s’entend qu’il a été dans l’incertitude tout l’automne, ne sachant jamais d’une semaine à l’autre ce qui l’attendait avec son sport.

Bastien, lui, a disputé son dernier match de hockey-balle mardi. C’est terminé jusqu’à nouvel ordre, tant qu’on sera en rouge. En quittant pour le centre de hockey-balle, je lui ai dit de profiter au max de sa dernière partie. Et c’est l’fun parce qu’il en a scoré deux!

Mais Bastien, à six ans, ne saisit pas tout. C’est normal. Zone verte, zone orange, zone rouge, c’est pas toujours évident pour un adulte, alors pour un p’tit garçon qui vient de commencer sa première année…

Mais il comprend une chose : qu’il ne jouera plus au hockey-balle pendant un bout. Je suis venu les yeux pleins d’eau quand il m’a demandé : «Est-ce qu’on va pouvoir continuer à jouer ensemble dans le sous-sol, papa???»

J’ai trouvé ça dur. Mais je l’ai rassuré. Et je lui ai fait un gros câlin. Mais ça ne lui a pas empêché d’ajouter : «Papa, je vais jouer à quoi maintenant?»

J’ai mauditement hâte que ça finisse, cette pandémie. Pour nous, pour tout le monde, mais pour nos enfants surtout. Oui, ils mangent trois fois par jour quand même. Oui, ils vont à l’école quand même. Non, nous ne sommes pas en temps de guerre avec des fusils et des bombes. Mais ils perdent des bouts de leur enfance. Quand ma fille me dit qu’elle ne peut plus aller chez son amie parce que ses parents ont des craintes (légitimes), je trouve ça triste.

On nous parle d’un vaccin. On voit enfin un brin de lumière au bout du tunnel. Mais ça ne viendra jamais assez vite.

Votre petit Félix, mon petit Bastien, votre petite Romy et tous les autres méritent de s’amuser comme des enfants.