On gagne une course en étant le plus rapide, mais on gagne un championnat en étant rapide… et en prenant les bonnes décisions. Andrew Ranger, clairement, l’a compris.

Le leitmotiv d’Andrew Ranger

CHRONIQUE / Andrew Ranger avait une bonne voiture, cette saison, en série canadienne de NASCAR. Mais parmi les éléments qui lui ont permis de remporter le championnat, il y a la belle maturité qu’il a affichée du début jusqu’à la fin du calendrier.

À 32 ans, Ranger commence à en avoir vu d’autres. Et ça a paru plus que jamais en 2019.

«Il va falloir que je joue mes cartes intelligemment». Cette phrase, le pilote de la Dodge Challenger no. 27 me l’a répétée, à moi ainsi qu’aux autres journalistes qui couvrent les activités de la série Pinty’s, je ne sais trop combien de fois au cours de la saison. En fait, avant chacune des épreuves, ou presque. Au point où ça devenait tannant!

Mais voilà, ça résumait tellement bien sa façon de penser. Pas nécessairement sa nouvelle façon de penser, mais du moins cette manière de voir les choses qui est devenue clairement son leitmotiv.

Ranger, on s’entend, n’a jamais été du genre cowboy en piste. Mais cette saison, chacun des gestes qu’il a posés sur les circuits de la série canadienne de NASCAR a été posé en fonction de remporter le championnat et non en fonction de remporter la course dans laquelle il était impliquée. Bref, il a toujours vu à long terme.

Parfois, lorsqu’il voyait qu’il n’avait pas la voiture pour gagner, il ne forçait pas la note et il se contentait d’aller chercher le maximum de points tout en s’assurant de finir la course. Mais lorsqu’il avait le bolide pour aller jusqu’au bout, il y allait «all in», comme on dit. À cet égard, son flair ne l’a jamais trompé cette saison.

Sur l’ovale de Jukasa, en fin de semaine, il a encore joué ses fameuses cartes intelligemment. Il s’est lancé à la poursuite de Kevin Lacroix lorsqu’il a vu que celui-ci était très rapide en début d’épreuve et il a levé le pied, question de ne pas prendre de risques et de s’assurer de finir la course, lorsqu’il a vu que la voiture de Lacroix était soudainement moins performante.

On gagne une course en étant le plus rapide, mais on gagne un championnat en étant rapide… et en prenant les bonnes décisions. Ranger, clairement, l’a compris.

Et cette façon de voir les choses risque de lui permettre de ne pas attendre encore 10 ans avant de remporter un autre championnat.

Des murmures

Il était environ 23h, samedi, lorsque j’ai parlé à Ranger à la suite de son triomphe. Et c’est un pilote heureux, mais aussi soulagé avec lequel j’ai discuté.

Ranger n’est pas fou. Les dernières saisons n’ont pas toujours été faciles, comme il l’a dit lui-même, et il sait que certains ont commencé à émettre des doutes à son sujet. Des murmures du genre : «Le meilleur est derrière lui…» ou «Il n’est plus ce qu’il était…»

Mais le pilote originaire de Roxton Pond n’a jamais lâché et il n’a jamais cessé de croire en lui. C’est pourquoi, comme il l’a dit encore lui-même, «ce championnat goûte si bon».

Ranger est associé à Mopar, son commanditaire principal, depuis 2014. Mais les quatre derniers contrats qu’il a signés ont tous été des ententes d’un an. Il est à espérer que le championnat qu’il vient d’offrir à ses patrons à l’intérieur de la série de course automobile no. 1 au Canada lui permettra d’obtenir sinon un contrat à long terme, du moins une entente de plus d’une saison.

Ranger est un bon pilote et il représente dignement la division de Chrysler. Et il ne cracherait pas sur un peu plus de stabilité.

Hommage

Chaque année, la série canadienne de NASCAR gagne en crédibilité et en popularité. Le titre qu’Andrew Ranger vient de remporter, c’est gros. C’est une visibilité à l’échelle de tout le pays qu’il procure à la région, un peu comme les Prédateurs l’avaient fait lorsqu’ils ont gagné la Coupe Memorial en 1996. Le stock-car n’a peut-être pas la popularité du hockey au Québec et au Canada, mais ça ne doit rien enlever à son exploit.

En ce sens, j’espère qu’il sera honoré dans la région. Lors d’un match des Bisons ou des Inouk, je ne sais pas. Et/ou par le milieu politique.

Ce serait simplement de mise.