Georges Laraque s’adressant aux joueurs des Bisons. Martin Chouinard et lui ont touché les hommes de David Lapierre en expliquant que les Prédateurs avaient gagné la Coupe Memorial parce qu’ils formaient un groupe tellement uni.

Dans l’antre des Bisons

CHRONIQUE / L’invitation est venue de David Lapierre : « Ce soir, j’aimerais que tu sois dans le vestiaire de l’équipe pendant mon discours d’avant-match. J’aimerais que tu vives ça ».

L’invitation était très tentante, trop tentante en fait. Les Bisons avaient offert une performance lamentable une semaine plus tôt et ils avaient des choses à se faire pardonner alors qu’ils se préparaient à jouer devant la plus grosse foule de la saison à l’occasion du Party des fans et de l’hommage aux Prédateurs. Bref, ça risquait d’être spécial, il risquait d’y avoir de l’émotion. En tant que journaliste, j’allais clairement y soutirer quelque chose.

D’autant plus qu’à mon arrivée au Centre sportif Léonard-Grondin, j’apprenais que les ex-Preds Georges Laraque et Martin Chouinard allaient aussi prendre la parole dans le vestiaire avant le match.

Le vestiaire, il faut le dire, c’est bien souvent un endroit sacré pour les équipes de hockey. C’est leur antre. Pour vous donner une idée, je n’ai jamais pu mettre les pieds à l'intérieur de la chambre des Inouk, ni avant ni même après un match.

La période de réchauffement des Bisons terminée, Lapierre me fait signe par texto : « Viens-t’en! »

Après mon arrivée dans le vestiaire, le coach des Bisons prend soin de préciser à ses joueurs que c’est normal que je sois là, qu’il m’a invité « pour être les yeux et les oreilles des partisans de l’équipe lors de cette soirée toute spéciale ».

Clairement, les joueurs des Bisons sont nerveux. Il y avait déjà beaucoup plus de monde qu’à l’habitude lors du réchauffement. La soirée, c’est évident, sera particulière.

Lapierre est un coach et un homme intense. Il était dévasté — et le terme n’est pas trop fort — à la suite de la défaite de 6-0 de sa troupe face au Condor de Nicolet le samedi d’avant. Et c’était évident qu’il allait y mettre toute la gomme afin de s’assurer que ses hommes soient prêts face au Formule Fitness de Bécancour.

Et Lapierre y a effectivement mis toute la gomme. Il a rappelé à ses joueurs que tous et chacun avaient une job à faire et qu’il s’attendait à ce que tout le monde la fasse. Il leur a rappelé que jouer avec cœur, ça fait mal, ça laisse des marques sur le corps. Il leur a parlé de fierté. Il leur a dit qu’ils étaient privilégiés de jouer devant autant de monde, que le tout Granby était derrière eux. Et David ne m’en voudra pas de révéler qu’il a épicé son discours de quelques jurons bien sentis, émotion oblige.

Quand il a rappelé à ses gars que tous avaient une job à faire, il a regardé Brian Lovell, qui n’avait pas joué du gros hockey dernièrement, qui était blessé et qui ne devait même pas être en uniforme face au Formule Fitness. Mais Lovell, un défenseur, s’est pointé à Granby quand on lui a demandé de remplacer à l’attaque en raison de l’absence de certains joueurs. Et le coach a apprécié.

Les joueurs des Bisons ont écouté Lapierre religieusement. Clairement, l’entraîneur n’a pas de misère à capter leur attention.

Plus tard, Laraque et Chouinard (l’idole de Lapierre quand il était jeune) ont mentionné aux joueurs des Bisons combien le triomphe de 1996 leur avait apporté. Au hockey, mais dans tout ce qui a suivi également. On a senti qu’ils avaient particulièrement touché les joueurs quand ils ont insisté sur l’esprit d’équipe, sur le fait que les Prédateurs avaient gagné la Coupe Memorial parce qu’ils formaient un groupe tellement uni.

Quelques minutes plus tard, les Bisons, crinqués, sautaient sur la patinoire. Et devant près de 1900 spectateurs, ils ont disposé du Formule Fitness dans le cadre d’un excellent match de hockey.

Après le match, je suis retourné dans le vestiaire. Cette fois, comme à la suite de chaque rencontre, pour recueillir les commentaires des joueurs. Et les gars étaient contents. La nervosité d’avant le début de la soirée avait fait place à des sourires francs, à du bonheur. La bière avait l’air bonne.

J’ai vécu la soirée de l’intérieur de A à Z, du tout début jusqu’à la fin. Même après toutes ces années à pratiquer ce métier, et même si ce métier nous permet un petit privilège et puis un autre, j’avais l’impression d’avoir vécu quelque chose de spécial.

Vos Bisons ont l’tour parfois…