Il y a suffisamment d’amateurs de hockey à Granby et dans la région pour que les Inouk puissent attirer 500 spectateurs même si, dans le même building, les Bisons en drainent plus de 800.

Bisons et Inouk PEUVENT et DOIVENT cohabiter

CHRONIQUE / Je jasais avec un ami samedi soir au match des Bisons. Le bonhomme avait aussi assisté à la victoire des Inouk la vieille. Il y avait 850 spectateurs à la partie des Bisons et il y en avait moins de 300, encore, à celle des Inouk.

« D’après moi, c’est la dernière année des Inouk, a-t-il laissé tomber, sèchement. Je ne vois pas comment ils pourraient continuer. »

L’ami — appelons-le Jean-Jacques — est un fan des deux équipes. Il demeure fidèle aux Inouk et, comme tant d’autres en ville, il a attrapé la piqure des Bisons. Et il s’inquiète grandement pour le club junior AAA.

En fait, ils sont nombreux à s’inquiéter pour les Inouk, qui n’ont jamais attiré aussi peu de spectateurs au Centre sportif Léonard-Grondin. La nouvelle direction fait de beaux efforts pour rapprocher l’équipe des partisans, mais ceux-ci tardent à répondre à l’appel. Manifestement, c’est un travail de longue haleine qui attend les gens de l’OSBL.

Mais voilà, l’OSBL ne possède qu’un contrat d’un an avec les propriétaires de l’équipe, notamment la famille Bernard. Le président Richard Morasse et les gens autour de lui ont donc peu de temps pour faire leurs preuves et pour démontrer leur pertinence.

On l’a dit, ça fait déjà quelques années que les Granbyens ont commencé à se désintéresser des Inouk. La seule chose, c’est qu’on a atteint le fond du baril cette saison.

Rappelons une nouvelle fois que les amateurs ne se sont jamais rangés véritablement derrière la superbe édition de 2018-2019, dirigée par Patrice Bosch, qui aurait tellement mérité un meilleur support. Des foules de 300 personnes, en plein mois de janvier et février, on en a vu plus d’une fois la saison dernière. Et les Bisons n’étaient pas là.

Les Bisons, je me répète encore, sont une alternative pour les amateurs de hockey d’ici qui, pour une raison ou pour une autre, ont moins envie d’encourager les Inouk. Une très belle alternative, on s’entend. Maintenant, les gens ont le choix.

Mais pourquoi est-ce que vous avez moins envie — et de moins en moins, à vrai dire — d’encourager les Inouk ? Voici ce que vous me dites à l’aréna et sur la rue : la Ligue junior AAA n’a pas de vedettes, ce sont toujours les mêmes équipes qui gagnent, la longue hésitation avant de confirmer le retour de l’équipe cette saison a mis de nombreux partisans en rogne et l’organisation s’est aliénée de nombreux commerçants en ville au fil des ans.

Pas pire que les autres

Les Inouk ont beau attirer de petites foules, quand on y regarde comme il faut, ce n’est pas la fin du monde. Car on va se le dire franchement, il n’y a que ça, de petites foules, à travers la LHJAAAQ. Granby ne se situe plus au-dessus de la mêlée comme avant, mais elle n’est pas pire que les autres. Autrement dit, si la survie de l’équipe est menacée, celle du circuit au grand complet l’est également !

Mais qu’on s’entende, les Inouk n’ont pas besoin d’attirer 700 ou 800 personnes, comme dans leurs belles années, pour vivre. Dans une ligue comme la LHJAAAQ, où les dépenses sont réduites au minimum, ils miseraient sur une moyenne de 500 spectateurs (payants) et personne ne remettrait ne serait-ce qu’une seconde l’avenir de l’équipe en question.

Indépendamment de la présence des Bisons, les Inouk sont capables d’attirer 500 personnes à leurs matchs. Il y a suffisamment d’amateurs de hockey à Granby et dans la région pour qu’ils puissent attirer 500 spectateurs même si, dans le même building, les Bisons en drainent plus de 800.

La seule chose, c’est que les Inouk doivent maintenant accepter d’être bons deuxièmes en ville. Un exercice d’humilité, certes, puisque l’organisation s’est toujours perçue comme le Canadien de Montréal de Granby.

Car oui, les Inouk et les Bisons peuvent cohabiter. Ils le peuvent et ils doivent le faire.

Ils le doivent parce que Granby est privilégiée, cette saison, d’avoir deux équipes de hockey majeures. On est privilégiés d’avoir cette diversité dans le style de hockey, on est privilégiés d’avoir deux et parfois même trois bons matchs de hockey à se mettre sous la dent dans la même semaine. Au lieu de voir ça comme une complexité ou un handicap, il faut voir ça comme une chance. Parce que c’en est une.

La Ligue senior AAA n’est pas la Ligue nord-américaine et la Ligue junior AAA n’est pas la LHJMQ. Bref, ni les Bisons ni les Inouk n’ont besoin de s’accaparer le marché à eux seuls afin de vivre convenablement. Les premiers le comprennent, mais ça semble moins sûr pour les seconds.

La présente saison de hockey est pleine d’apprentissages.