Le myriophylle à épi menace bien des lacs au Québec.

Zombies municipaux

Il est vraiment étonnant d’entendre l’Union des municipalités du Québec (UMQ) réclamer l’intervention du gouvernement québécois pour s’attaquer au myriophylle à épi, cette espèce aquatique envahissante appelée « plante zombie » qui détériore la qualité de plusieurs lacs au Québec. Étonnant, parce que rares sont les municipalités qui se soucient vraiment de la santé de leurs plans d’eau…

On critique à raison les gouvernements fédéral et provincial pour le peu de ressources financières accordées à leur ministère de l’Environnement. Aussi, les premiers ministres y nomment presque toujours des ministres juniors ou sans envergure. C’est un bon indice que la protection de l’environnement ne figure pas dans les priorités étatiques.

Ce n’est guère mieux au niveau municipal où les budgets consacrés à l’environnement sont souvent inexistants ou risibles. Certaines municipalités mettent sur pied des programmes verts pour promouvoir l’achat de toilettes à faible débit, de barils d’eau de pluie, d’arbres, de couches de coton. De telles initiatives sont certes méritoires, mais reposent davantage sur une approche de relations publiques pour façonner une image de ville verte en non pas sur une philosophie réelle de protection et d’amélioration environnementale. Dans les faits, les gestes significatifs en matière d’environnement dans les municipalités sont rarissimes et l’état désolant de nos cours d’eau en témoigne bien.

Les villes ont pourtant beaucoup de latitude pour protéger leurs lacs, rivières et couverts forestiers. Des outils réglementaires leur permettent d’atteindre ces objectifs. Cela exige cependant du courage politique... qui fait malheureusement défaut à bien des endroits avec les résultats qu’on constate.

L’un des moyens qu’ont les municipalités et MRC pour intervenir en environnement, c’est de construire leur plan d’urbanisme ou schéma d’aménagement de telle sorte afin de limiter les impacts de leur développement. Des exemples existent. La MRC Brome-Missisquoi a adopté en 2014 le règlement sur la gestion des eaux de surface. Ce REGES encadre les activités qui ont le potentiel de causer de l’érosion dans les cours d’eau. De son côté, la Ville de Québec est intervenue d’une façon similaire dans le bassin versant du lac Saint-Charles pour protéger sa source d’eau potable.

Les municipalités peuvent par ailleurs financer des organismes sans but lucratif pour leur donner un coup de main pour surveiller et améliorer la santé de leurs cours d’eau. Pas mal tous les lacs importants au Québec sont sous la loupe d’un des 42 organismes de bassin versant de la province. Ils abattent un travail remarquable, malgré leur financement toujours fragile. Malheureusement, peu de municipalités participent au financement des activités des OBV, handicapant leur capacité à mener à bien leur mission.

Les organisations citoyennes de protection de lacs s’avèrent aussi d’incroyables alliées des municipalités. Elles regroupent des citoyens engagés qui ne comptent pas leurs heures. Certaines ont dans leurs rangs des professionnels de l’environnement comme des biologistes, des géographes, des ingénieurs. Elles mènent des études en partenariat avec des universités. On pense d’emblée à Renaissance lac Brome, une des plus solides organisations environnementales citoyennes au Québec.

La Ville de Lac-Brome, année après année, verse une subvention de 25 000 $ à RLB pour lui permettre de mener ses activités. Ça gronde parfois en coulisses quand des membres de l’organisation rappellent le conseil à l’ordre, mais la subvention n’est jamais remise en question. On comprend et on accepte chez les élus bromois le rôle de critique que doit jouer RLB. On n’a pas eu la même ouverture d’esprit dans le passé au conseil municipal de Waterloo à l’égard du Comité de bassin versant du lac Waterloo.

L’appel de l’UMQ pour que Québec s’attaque à l’épidémie myriophylle à épi doit être pris au sérieux. Cette espèce est présente dans environ 180 lacs au Québec et menace particulièrement la santé d’une quarantaine d’entre eux, selon les données de l’UMQ.

L’occasion est belle pour que les municipalités réfléchissent à l’inertie dont elles font preuve depuis trop longtemps en matière de protection de leurs cours d’eau. Elles ne peuvent continuer de jouer aux zombies.