Sommet de la bêtise

Un inspirant projet de conservation. Une implication citoyenne exemplaire. Un engagement financier colossal de la municipalité et de groupes environnementaux. Puis, on ajoute la participation du gouvernement du Québec et une équation toute simple se transforme en monstrueux problème.

Compliquer pour nuire, ainsi travaille souvent le gouvernement québécois.

Le projet du Parc des sommets à Bromont se réalisera. Québec ne peut laisser filer ainsi cette occasion de protéger les 150 hectares toujours intacts du flanc sud du mont Brome (monts Spruce et Bernard et secteur du Val 8). Ne pas appuyer financièrement le projet relèverait de la folie.

Le rôle de Québec est d’investir environ 2,8 des 8,25 millions de dollars (taxes comprises) nécessaires pour acquérir l’ensemble des terrains appartenant aux entreprises de l’homme d’affaires, Charles Désourdy. La Ville de Bromont s’est engagée à verser 2,75 M$ dans le projet.Conservation de la nature Canada (CNC) contribuera à hauteur d’environ 1,5 M $.

Protégeons Bromont, la Société de conservation du mont Brome, Corridor appalachien, les Amis des sentiers de Bromont et CNC ont jusqu’ici amassé 900 000 $ en dons privés et en engagements. Leur objectif est de 1 M$.

Le gouvernement du Québec ? 

On attend toujours qu’il donne signe de vie.

Cette gestion sans imagination, sans volonté et sans sérieux par l’appareil gouvernemental du projet proposé n’est pas sans conséquence. Sur les réseaux sociaux, plusieurs citoyens doutent maintenant de sa pertinence. Ils reprochent à la Ville et aux promoteurs de leur cacher des informations et se demandent si un compromis avec le vendeur est possible pour réduire la facture tout en permettant la construction de maisons sur une partie du terrain.

M. Désourdy a lancé le bal en indiquant avoir fait une telle offre à la Ville. Passons sur cette offre douteuse sur le plan de l’éthique des affaires en rappelant qu’un contrat notarié prévoit deux scénarios : la vente intégrale des terrains concernés, ou seulement celle du mont Bernard et de la portion des terrains où se trouvent des écosystèmes forestiers exceptionnels.

Le Québec s’est engagé en 2010 à ce que son territoire compte 17 % d’aires protégées. 

Au 31 mars 2017, le Québec avait atteint 9,35 % ; le Canada 10,5 % (décembre 2016). On est loin du compte !

Un problème de taille existe : l’État québécois ne possède aucun fonds dédié à l’achat d’aires protégées. Cela nuit grandement aux gens qui travaillent d’arrache-pied, comme les partisans du Parc des sommets, pour créer de tels territoires.

La solution pourrait résider dans le Fonds vert. En trois ans, ce fonds a permis à Québec d’engranger 1,7 milliard de dollars, grâce à la vente de permis échangeables sur le marché du carbone. L’argent est destiné aux initiatives qui réduisent les gaz à effet de serre. Peut-être serait-il opportun d’étendre le concept à la création d’aires protégées, grandes captatrices de carbone.

Ce projet du Parc des sommets n’aurait jamais dû atterrir dans les officines du ministère du Tourisme. Avant d’octroyer des subventions, il exige des infrastructures destinées à l’accueil des touristes. Ça veut dire que des budgets devront être prévus chaque année pour leur entretien. Le Ministère complique inutilement le projet. C’en est un de conservation avec accès aux utilisateurs, non pas d’un nouvel attrait pour attirer la foule.

Les politiques et les fonctionnaires n’ont rien compris. Leur travail consistait à dénicher 2,8 M$ quelque part dans l’appareil gouvernemental. Ils ont bêtement choisi d’essayer de faire entrer le projet de force dans un de leurs programmes sans se soucier de sa spécificité. Un beau gâchis !

Où sont les députés-frères Paradis dans toute cette saga ? Il serait temps qu’ils exercent du leadership et livrent la marchandise.