On ne connaissait pas Yves Bélanger sous ce jour. Il est prêt à frapper en bas de la ceinture pour ravir le poste de maire de Granby à Pascal Bonin.

Populisme poli

CHRONIQUE / Le candidat à la mairie de Granby Yves Bélanger a tout d’un gentleman : il est d’une grande politesse, parle sans lever le ton, affiche un calme olympien. Il est incapable de faire de mal à une mouche, pourrait-on croire. Et pourtant. L’homme semble disposé à frapper en bas de la ceinture pour être élu.

M. Bélanger a fait paraître une publicité fort remarquée dans nos pages samedi. Il dénonçait les « 140 000 $ en prime de transition pour le maire Bonin… ». « C’est exagéré ! Faut que ça change ! », clamait-il. « Pour l’abolition des primes de transition des élus, votons Yves Bélanger », concluait la publicité.

Pour l’impact du message, on donne une note parfaite. Chaque fois qu’on parle de l’argent versé aux élus, ça interpelle nombre de citoyens frustrés que leurs taxes servent à cette fin. Pour l’élégance du geste, c’est un gros zéro. At­taquer de la sorte un adversaire, au lieu de faire part de ses idées aux électeurs, c’est donner dans le populisme. Et cela n’augure rien de bon quand on commence à piger dans ce sac à surprises où toute nuance est évacuée. 

Le candidat Bélanger a raison de s’intéresser aux primes de transition versées aux élus municipaux de Granby. Elles n’ont pas leur raison d’être. Son problème, pour des raisons évidentes de considérations électoralistes, est qu’il vise tout croche. Ce n’est pas la prime de transition du maire qu’il faut abolir, ce sont celles des conseillers.

Le mot clé dans ce débat est transition : c’est un état, un degré intermédiaire, un passage progressif entre deux états, deux situations, nous apprend le Larousse.

Le poste de conseiller en est un à temps partiel. Les gens qui l’occupent ont habituellement un travail à temps plein ailleurs. Ils reçoivent donc un salaire autre qu’un chèque avec le logo de la Ville. Dans le monde municipal, plusieurs élus sont aussi à la retraite, touchant des allocations de leur ancien employeur ou des gouvernements.

Quand un conseiller quitte son poste après son mandat ou le perd au terme d’une élection, il a toujours son emploi à temps plein ou ses allocations de retraite. Il ne se trouve pas à transiter d’un emploi à un autre. Il est donc inutile de lui verser une allocation de transition.

Le cas du maire est totalement différent. Il occupe son poste à temps plein. Aucun maire d’une grande ville ne conserve son emploi lorsqu’il accède à la mairie. Il démissionne ou prend un congé sans solde (si son employeur accepte). De 2009 à 2013, du temps où il était conseiller du district 7, M. Bonin travaillait à temps plein dans le secteur privé comme technicien en génie civil. Il a démissionné en novembre 2013 après avoir remporté la mairie pour occuper son nouveau travail à temps plein.

S’il est battu le 5 novembre, M. Bonin partira avec une indemnité de départ (basée sur le nombre d’années de service en tant qu’élu) et une prime de transition (basée sur ses quatre derniers mois de salaire multipliés par son nombre d’années de service, sans dépasser une année de salaire). Les conseillers sortants qui connaîtraient le même sort toucheraient aussi de telles primes.

Les conseils n’ont pas le choix de verser des primes de départ. La Loi sur le traitement des élus municipaux l’exige. Pour les primes de transition, c’est autre chose ; la décision est laissée aux conseils.

Verser une prime de transition à un maire sortant n’a rien de scandaleux, comme le laisse entendre M. Bélanger. Faut connaître un peu le monde politique pour savoir que les maires sortants ou battus peinent souvent à se trouver du travail. On a beaucoup d’amis quand on occupe un poste d’élu. Quand on part ou quand on se fait montrer la sortie, les amis se font souvent plus rares. La prime de transition permet d’adoucir l’atterrissage, le temps de se replacer professionnellement.

Si M. Bélanger est décidé à abolir les primes de transition, qu’il explique aux électeurs comment il entend vendre son idée aux dix conseillers. Parce que la décision leur reviendra.

Ça prend un minimum de fair-play en période électorale quand on parle aux électeurs.