Inondations et sagesse

Les inondations qui frappent les régions de Montréal, des Laurentides, de l’Outaouais et de la Mauricie sont un dur rappel qu’on ne contrôle pas la nature. Parfois, une météo capricieuse lui servant de catalyseur, elle provoque le débordement de lacs et de rivières, forçant des milliers de riverains à fuir leur maison pour être en sécurité. Les dommages causés aux propriétés atteignent des dizaines de milliers de dollars, des montants que le gouvernement québécois paie en grande partie à travers son programme de dédommagements.

On ne peut prévenir les inondations. Elles surviennent depuis des millions d’années. Ce qui est nouveau, ce sont les effets provoqués par les changements climatiques. Les scientifiques confirment que la fonte des glaciers occasionnera la montée du niveau des océans menaçant leurs populations riveraines partout sur la planète. Ils formulent aussi l’hypothèse que le réchauffement climatique pourrait modifier la fréquence, la durée et l’intensité des pluies. Des recherches sont en cours à ce sujet. Chose certaine, même si on habite loin à l’intérieur des terres, on a tout intérêt à en prendre conscience.

Devant l’incroyable puissance de la nature, la seule chose possible est de se prémunir de ses sauts d’humeur. Ça implique de réfléchir à l’aménagement de nos territoires.
Construit-on trop près de cours d’eau ? A-t-on trop de superficies imperméables ? Nuit-on à la nature en asséchant des milieux humides ? A-t-on trop modifié les formes des rivières ? Élimine-t-on trop de végétation au nom du développement ? Bref, accentuons-nous nos problèmes environnementaux ?

Ces questions ont maintes fois été posées et décortiquées dans le monde municipal. Le développement urbain et agricole a sans conteste des impacts sur l’environnement, conclut-on. Cette constatation n’a cependant pas mené à de grands changements de philosophie de développement dans les municipalités. Rarement refusent-elles des projets ou interviennent-elles pour corriger des problèmes flagrants.

Il est difficile, doit-on reconnaître, pour les municipalités de s’opposer aux propositions des promoteurs. Le problème de fond est qu’elles dépendent à près de 100 % de l’impôt foncier pour fonctionner. Ajouter des maisons, des commerces et des industries sur leur territoire équivaut donc à mettre plus d’argent dans leur coffre. Les taxes municipales générées sont souvent l’argument massue élus lorsqu’il est temps de défendre des projets. Prisonniers d’un système de revenus archaïque, les conseils municipaux peuvent difficilement considérer le long terme dans leurs décisions liées au développement.

Il faut se l’avouer : la protection de l’environnement n’est pas une priorité pour les municipalités. Les plans de développement durable qu’elles adoptent sont des énoncés de grands principes, mais peu de gestes marquants sont posés pour améliorer leur bilan. Les programmes de subventions pour acheter des couches réutilisables, des barils de pluie, des toilettes à faible débit et des arbres sont de belles initiatives, mais elles existent d’abord pour donner une image vertueuse aux municipalités. Celles-ci n’ont aucun véritable plan pour protéger l’environnement.

Ça ne s’arrête pas là. Les MRC, qui regroupent les municipalités, rechignent à mettre de l’ordre dans les pratiques agricoles. Des programmes sont en place pour accompagner les agriculteurs désireux de réduire leurs empreintes écologiques. Plusieurs choisissent quand même de ne rien changer. La réalité est que les gains pour améliorer la qualité de l’eau des rivières sont minces. On avance à pas de tortues. Pendant ce temps, les études continuent de montrer du doigt les activités agricoles comme principales sources de pollution de nos cours d’eau.

Les municipalités doivent aller au-delà des symboles. Elles doivent se doter de politique de protection du couvert forestier et de qualité de l’eau de leurs lacs et rivières en plus de politique de conservation des milieux humides.

Elles doivent également mieux appuyer financièrement les organisations environnementales sur leur territoire. Le travail abattu par ces groupes est immense quand on considère les peccadilles obtenues des municipalités pour honorer leurs responsabilités en leur nom.

Ces efforts n’empêcheront évidemment pas la nature de se déchaîner à nouveau. D’autres catastrophes naturelles figurent dans son programme, dont des inondations. Toutefois, les municipalités sont en mesure d’atténuer leurs conséquences. Il est temps pour elles de changer de cap et d’aménager leur territoire avec plus de sagesse.