Les élus de Granby méritent d’être mieux payés. Les responsabilités qui leur incombent sont importantes et nombreuses.

Hausses justifiées, primes à éliminer

Il n’y a rien de scandaleux dans la décision des élus municipaux de Granby d’augmenter leur salaire. Ils ne commettent pas un hold-up au grand jour, comme semblent le croire bien des citoyens. Les conseillers méritent de voir leurs émoluments être majorés de 17,5 % tout comme le maire mérite que le sien soit haussé de 15 %. Que tout ça suscite de la frustration chez des gens ne peut servir d’argument pour dénoncer le tout.

On l’a déjà écrit ici et on le réitère : les élus municipaux sont sous-payés quand on considère toutes les responsabilités qui leur incombent. C’est particulièrement vrai dans les petites municipalités. Le problème est que le barème des salaires des élus contenu dans la Loi sur le traitement des élus municipaux est une insulte aux milliers de femmes et d’hommes qui occupent des postes électifs.

Les planchers des salaires identifiés dans la Loi, c’est-à-dire les montants minimaux versés aux maires par habitant, sont beaucoup trop bas. Ils ne tiennent pas compte de toutes leurs responsabilités, du temps consacré aux affaires de la municipalité et de la disponibilité qu’ils doivent assurer.

Voici les planchers édictés par la Loi (montant accordé par citoyen) pour déterminer le salaire annuel des maires :

1° à l’égard de la tranche de 1 à 5000 habitants : 1,236 $ ;

2° à l’égard de la tranche de 5001 à 15 000 habitants : 1,110 $ ;

3° à l’égard de la tranche de 15 001 à 50 000 habitants : 0,682 $ ;

4° à l’égard de la tranche de 50 001 à 100 000 habitants : 0,295 $ ;

5° à l’égard de la tranche de 100 001 à 300 000 habitants : 0,114 $ ;

6° à l’égard de la tranche de 300 001 habitants et plus : 0,005 $.

Les salaires des conseillers représentent le tiers de ces montants. Leur allocation de dépenses équivaut à la moitié de leur salaire. Il en est ainsi pour les maires.

La Loi impose aussi des plafonds salariaux. Pour un maire d’une municipalité de 50 000 à 99 999 habitants, son salaire en 2017 ne pouvait excéder 118 968 $. Or le maire de Granby Pascal Bonin a touché un salaire de 87 685 $ en 2017. Cette année, il recevra 100 838 $. On le répète : il n’y a aucun scandale ici.

L’autre problème avec les niveaux des planchers salariaux en vigueur est qu’ils se trouvent à exercer une pression sur les conseils afin que ceux-ci privilégient le statu quo. Se voter des augmentations, c’est chercher noise à une partie importante de ses commettants. Des planchers salariaux plus élevés enlèveraient cette pression. C’est au gouvernement québécois d’agir pour les rehausser.

Si on doit applaudir les majorations proposées aux salaires des élus granbyens, on est en droit de s’attendre à plus de leur part. Dans le secteur privé, quand de fortes augmentations de salaire sont accordées, il est normal que le patron en demande plus de ses employés. Les élus ne doivent pas échapper à cette règle ; ils doivent en donner plus.

Le travail des conseillers et des maires a considérablement évolué depuis 20, 30 ans. Ils n’ont plus seulement à voter sur l’achat d’abrasifs, de camionnettes pour les travaux publics ou d’octroyer des contrats de déneigement. La fonction d’élu exige maintenant des connaissances plus vastes qu’auparavant. Ils doivent être en mesure de discuter de sujets socio-économiques, de sécurité publique, de protection de l’environnement, d’urbanisme, de développement économique et industriel, etc.

Parce qu’ils sont appelés à prendre des décisions importantes dans tous ces domaines, les maires et conseillers doivent savoir de quoi il en retourne. Ça exige qu’ils s’informent, qu’ils s’éduquent. Des cours, des conférences, des colloques, des formations leur sont offerts par les organisations municipales comme l’UMQ et la FQM et par d’autres organisations, notamment en environnement et en urbanisme. À eux d’y puiser des connaissances pour bien représenter leurs citoyens et de contribuer à faire avancer la Ville.

En s’accordant des salaires dignes de leurs responsabilités, les élus granbyens peuvent maintenant abolir leur prime de transition. Celle-ci n’a aucune pertinence et s’avère dans les faits un salaire déguisé. Tous les conseillers, à l’exception de ceux à la retraite, occupent un emploi à temps plein. Or, une prime de transition vise à faire un pont entre deux emplois. Comment peut-on la justifier dans un pareil cas ? On ne le peut pas.

Le 1er mars 2016, dans une entrevue accordée à ma collègue Marie-France Létourneau, le maire Bonin a indiqué que l’abolition de la prime de transition devait être suivie d’une révision à la hausse des salaires des élus. Bien qu’on ait procédé dans le sens inverse, l’augmentation accordée lundi est importante. Reste maintenant à M. Bonin à respecter sa logique et à proposer l’abolition de la prime de transition.

Par respect des citoyens, c’est la seule avenue possible.