Les opérations de tri sont difficiles parce que trop de matières déposées dans les bacs bleus ne devraient pas y être. Résultat : les ballots de papier contiennent du plastique ce qui réduit leur valeur.

Délinquance et recyclage

CHRONIQUE / On assiste à une grave crise dans l’industrie du recyclage du papier au Québec. Sans solution rapide et durable, elle risque de nous ramener 30 ans en arrière, au moment où les premières collectes sélectives ont été mises sur pied dans des municipalités québécoises, et de décourager les gens à poursuivre leurs efforts de recyclage.

L’accumulation de ballots de papier dans des cours des centres de tri, comme celles de Montréal et de Récupération 2000 à Cowansville, pourrait se conclure par leur enfouissement si aucun débouché n’est trouvé. Plusieurs doutent déjà que les matières déposées dans les bacs bleus soient bel et bien recyclées. Acheminer du papier dans un dépotoir donnerait de la crédibilité à leurs soupçons. La confiance des citoyens envers les municipalités et les entreprises de recyclage serait lourdement et possiblement altérée à jamais.

Les centres de tri doivent moderniser leurs équipements pour améliorer la qualité des matières qui en sortent. Et nous, comme citoyens-consommateurs de papier, devons peaufiner le tri fait à la maison. Parce que nous contribuons à la crise qui sévit.

Notre indiscipline empêche les centres de tri d’accomplir leur mission. Malgré les nombreuses campagnes d’information lancées au fil des dernières décennies, on continue de jeter toutes sortes de choses dans nos bacs bleus : des couches, des matières organiques, du bois, des roches… On ne vide pas non plus les Publisac de leur contenu. Ces gestes de délinquance ne sont pas sans conséquence sur l’efficacité des opérations des centres de tri où toutes nos matières recyclables sont acheminées. Ils compliquent le travail à effectuer pour trier les matières, augmentent les coûts de ces entreprises et réduisent la qualité des ballots des matières destinées à la revente pour être recyclées d’une façon ou d’une autre. Des ballots de papier, longtemps achetés par des entreprises chinoises, ne trouvent plus preneur parce qu’ils contiennent d’autres matières, surtout du plastique. En d’autres mots, la Chine ne veut plus de nos ballots souillés.

On l’oublie, mais on paie pour le service de collecte sélective. Par l’entremise de nos impôts fonciers quand on est propriétaire, par l’entremise de notre bail quand on est locataire. Des ratés dans les centres de tri poussent les coûts d’opération à la hausse. Ceux-ci finissent par se répercuter sur les comptes de taxation et les baux. Les citoyens ont donc un incitatif pour porter une plus grande attention à la gestion de leur bac bleu. C’est ce que font les Européens et les Japonais. Au Québec et ailleurs au Canada, on paie tous le même prix pour ce service. Ça n’encourage en rien une amélioration de nos habitudes de recyclage…

Et si on profitait de cette crise pour changer de paradigme ? Au lieu d’exporter notre papier recyclable par trains jusqu’à la côte ouest du Canada puis par bateaux jusqu’en Chine, à des milliers de kilomètres d’ici (imaginez la quantité de gaz à effet de serre produits !), pourquoi ne pas le garder et le revaloriser ici ?

C’est ce que prône Jean Lacroix, directeur général du Réseau Environnement. Le moment est propice, selon lui, pour non seulement moderniser nos centres de tri, mais également pour créer des débouchés pour le papier et toutes les autres matières que les citoyens mettent dans leur bac bleu.

Occasions d’affaires, collaborations entre entreprises sur la base de l’économie circulaire (les résidus de transformation d’une entreprise peuvent devenir des ressources pour d’autres), création d’emplois, le potentiel de développement économique de la filière du recyclage et de la revalorisation doit être explorée, soutient M. Lacroix avec qui j’ai échangé sur le sujet.

Il est probable que recycler ou revaloriser nos matières au Québec pourrait entraîner des économies pour les municipalités et par ricochet pour les citoyens. Gérer sur place les matières résiduelles des biens que nous consommons s’inscrirait par ailleurs dans la recherche de moyens pour réduire notre empreinte écologique.

Donc, oui au recours à de nouvelles technologies. Elles ne doivent cependant pas pallier l’indiscipline des gens. Ceux-ci doivent participer à la collecte sélective de manière responsable. À défaut de quoi, il serait peut-être temps que les municipalités mettent en place un système récompensant ceux qui sont exemplaires dans l’utilisation de leur bac bleu et pénaliser financièrement ceux dont l’entêtement nuit aux efforts collectifs des citoyens et aux centres de tri.

On pourrait appeler ça un système de saboteur-payeur.