Les restaurants Burger King, et leurs délicieux Whoppers, s’ajoutent à ma courte liste de boycottage de compagnies anti-syndicalistes, qui inclut McDonald’s et Walmart.

Brimer le droit d’association

CHRONIQUE / Burger King vient de se greffer à ma petite liste des endroits à boycotter à vie. Fini les Double Whopper pour moi. C’est dommage, car j’en raffole ! Mais pas au point où je peux cautionner une entreprise qui refuse de reconnaître le droit des travailleurs de se syndiquer*.

Les propriétaires du restaurant Burger King de la rue Principale à Granby ont subitement décidé la semaine dernière de fermer les portes de l’établissement. Ils ont prétexté des problèmes de rentabilité. Une coïncidence extraordinaire que le tout survienne alors que les employés de la boîte négociaient leur première convention collective…

Burger King rejoint deux autres géants commerciaux sur ma liste de boycottage : McDonald’s et Walmart.

Les deux multinationales n’ont pas hésité par le passé à écraser les syndicalistes au Québec en fermant chacune une succursale où des employés flirtaient avec la syndicalisation (le restaurant McDonald’s de Saint-Hubert en février 1998) ou étaient en discussion avec l’employeur local pour signer un premier contrat de travail (le magasin Walmart de Jonquière en avril 2005).

Comme les patrons de Burger King la semaine dernière, les bonzes de McDonald’s et de Walmart avaient plaidé à l’époque que les commerces visés perdaient de l’argent. Jamais ils n’ont avancé de preuves…

Le lien de causalité entre la fermeture de ces établissements et la syndicalisation de leurs employés parait difficilement contestable tellement il est direct. De telles entreprises sont des spécialistes des études de marché et pour trouver les meilleurs terrains où s’installer pour réussir. Rarement se trompent-elles. Aussi, ferment-elles rarement des succursales pour des raisons de difficultés financières.

Ces décisions n’ont rien à voir avec la rentabilité. Elles ont pour unique but de briser les reins du syndicat naissant dans leurs murs et, par le fait même, intimider les employés de leurs autres succursales afin qu’ils ne soient pas tentés par l’aventure syndicale, sous peine de subir le même sort. Sacrifier un lieu d’affaires pour arriver à cette fin semblait un bien petit sacrifice, calculait-on probablement en haut lieu.

McDonald’s, Walmart et Burger King, de grandes multinationales, ont donc sciemment fait fi d’un de nos plus importants droits au Québec, celui d’association, en en privant leurs employés. Le tout dans une grande indifférence citoyenne, malheureusement.

Mais de quoi parle-t-on au juste ?

« Le droit d’association (ou liberté d’association) est le droit qu’a toute personne de faire partie d’une association de son choix qui poursuit des fins légitimes et de participer à ses activités. Ce droit s’accompagne de la liberté qu’a cette personne de cesser ultérieurement d’être membre de l’association », explique le ministère du Travail, Emploi et Solidarité sociale sur son site Internet.

« Le droit d’association est fondamental au Québec, puisqu’il est consacré dans la Charte des droits et libertés de la personne et dans la Charte canadienne des droits et libertés. Un caractère supérieur lui est ainsi conféré, aucune loi québécoise ni aucune conduite ne pouvant aller à l’encontre de ce droit, sauf en cas de dérogation législative expresse ou dans des limites raisonnables », peut-on également lire.

C’est clairement expliqué. Ça n’empêche pas des dirigeants de grandes compagnies de recourir à des menaces de fermeture pour que leurs employés ne commettent pas l’irréparable en entreprenant des démarches pour se syndiquer.

Le syndicalisme est un sujet délicat au Québec. Plusieurs l’accusent de nuire au développement économique, de protéger des fainéants et de prôner la faible cadence au travail. Rien n’est parfait et des dérives sont toujours possibles. Les critiques entendues relèvent toutefois souvent de cas isolés que certains se plaisent à généraliser à l’ensemble des travailleurs syndiqués.

Le secteur de la restauration peine à retenir ou recruter des travailleurs. Le travail est difficile, tout comme les horaires, et les salaires sont peu intéressants. Dans un tel contexte, les conditions de travail sont à risque de se détériorer. Dans une entrevue accordée au Journal Métro en décembre, François Meunier, vice-président aux affaires publiques et gouvernementales à l’Association Restauration Québec, disait douter que la syndicalisation résolve le problème de pénurie. « On est tous d’accord pour dire que les gens doivent être bien traités. (...) À nos yeux, un dialogue franc entre employeurs et employés demeure la meilleure façon de faire pour améliorer les conditions et contrer la pénurie », a-t-il déclaré.

Va pour des dialogues francs, comme suggère M. Meunier. Ça ne doit pas empêcher les travailleurs de se syndiquer s’ils le désirent.

D’autres fermetures sauvages de commerces de restauration rapide pourraient survenir au Québec puisque les grandes centrales syndicales ont des visées sur cette industrie. Les syndicalistes, qui cherchent à accueillir de nouveaux membres, flairent des occasions.

Lors de votre prochaine visite dans un établissement de restauration rapide ou dans un Walmart, prenez le temps d’observer les employés sur place. En plus des jeunes qui en sont souvent à leur premier emploi, on constate aussi que beaucoup de travailleurs plus âgés, dans la quarantaine et la cinquantaine, forment le personnel. Leurs conditions de travail sont souvent difficiles.

Pourquoi tolère-t-on comme société que des géants commerciaux leur refusent le droit de se syndiquer pour améliorer leur sort ?

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* Depuis près de dix ans, j’occupe le poste de président du syndicat des employés de La Voix de l’Est (FNC-CSN). On en comprendra que j’ai un parti pris dans ce débat. Cela dit, mon boycottage remonte au moment même où McDonald’s (1998) et Walmart (2005) ont nié à leurs employés le droit de se syndiquer.