Le grand parleur

Sommet de la bêtise

Un inspirant projet de conservation. Une implication citoyenne exemplaire. Un engagement financier colossal de la municipalité et de groupes environnementaux. Puis, on ajoute la participation du gouvernement du Québec et une équation toute simple se transforme en monstrueux problème.

Compliquer pour nuire, ainsi travaille souvent le gouvernement québécois.

Le projet du Parc des sommets à Bromont se réalisera. Québec ne peut laisser filer ainsi cette occasion de protéger les 150 hectares toujours intacts du flanc sud du mont Brome (monts Spruce et Bernard et secteur du Val 8). Ne pas appuyer financièrement le projet relèverait de la folie.

Le rôle de Québec est d’investir environ 2,8 des 8,25 millions de dollars (taxes comprises) nécessaires pour acquérir l’ensemble des terrains appartenant aux entreprises de l’homme d’affaires, Charles Désourdy. La Ville de Bromont s’est engagée à verser 2,75 M$ dans le projet.Conservation de la nature Canada (CNC) contribuera à hauteur d’environ 1,5 M $.

Protégeons Bromont, la Société de conservation du mont Brome, Corridor appalachien, les Amis des sentiers de Bromont et CNC ont jusqu’ici amassé 900 000 $ en dons privés et en engagements. Leur objectif est de 1 M$.

Le gouvernement du Québec ? 

On attend toujours qu’il donne signe de vie.

Cette gestion sans imagination, sans volonté et sans sérieux par l’appareil gouvernemental du projet proposé n’est pas sans conséquence. Sur les réseaux sociaux, plusieurs citoyens doutent maintenant de sa pertinence. Ils reprochent à la Ville et aux promoteurs de leur cacher des informations et se demandent si un compromis avec le vendeur est possible pour réduire la facture tout en permettant la construction de maisons sur une partie du terrain.

M. Désourdy a lancé le bal en indiquant avoir fait une telle offre à la Ville. Passons sur cette offre douteuse sur le plan de l’éthique des affaires en rappelant qu’un contrat notarié prévoit deux scénarios : la vente intégrale des terrains concernés, ou seulement celle du mont Bernard et de la portion des terrains où se trouvent des écosystèmes forestiers exceptionnels.

Le Québec s’est engagé en 2010 à ce que son territoire compte 17 % d’aires protégées. 

Au 31 mars 2017, le Québec avait atteint 9,35 % ; le Canada 10,5 % (décembre 2016). On est loin du compte !

Un problème de taille existe : l’État québécois ne possède aucun fonds dédié à l’achat d’aires protégées. Cela nuit grandement aux gens qui travaillent d’arrache-pied, comme les partisans du Parc des sommets, pour créer de tels territoires.

La solution pourrait résider dans le Fonds vert. En trois ans, ce fonds a permis à Québec d’engranger 1,7 milliard de dollars, grâce à la vente de permis échangeables sur le marché du carbone. L’argent est destiné aux initiatives qui réduisent les gaz à effet de serre. Peut-être serait-il opportun d’étendre le concept à la création d’aires protégées, grandes captatrices de carbone.

Ce projet du Parc des sommets n’aurait jamais dû atterrir dans les officines du ministère du Tourisme. Avant d’octroyer des subventions, il exige des infrastructures destinées à l’accueil des touristes. Ça veut dire que des budgets devront être prévus chaque année pour leur entretien. Le Ministère complique inutilement le projet. C’en est un de conservation avec accès aux utilisateurs, non pas d’un nouvel attrait pour attirer la foule.

Les politiques et les fonctionnaires n’ont rien compris. Leur travail consistait à dénicher 2,8 M$ quelque part dans l’appareil gouvernemental. Ils ont bêtement choisi d’essayer de faire entrer le projet de force dans un de leurs programmes sans se soucier de sa spécificité. Un beau gâchis !

Où sont les députés-frères Paradis dans toute cette saga ? Il serait temps qu’ils exercent du leadership et livrent la marchandise.

Opinions

Chasser l’intellectuel

CHRONIQUE / Les deuxièmes mandats sont difficiles en politique. Parfois, stimulés par leur victoire, on assiste à la transformation d’élus. Ils revêtent une nouvelle attitude, se croient infaillibles et deviennent même outrecuidants. Le maire de Granby Pascal Bonin est-il de ceux-là ? En méprisant publiquement le conseiller Jean-Luc Nappert, il amorce bien mal ce qu’il promet être son dernier quadriennat.

Dans notre système politique municipal, il revient au maire de confier des responsabilités aux conseillers. Ça semble a priori une bonne idée. Ça lui permet d’attribuer des mandats aux élus selon leurs forces et intérêts. Les citoyens ont tout à gagner de voir les membres de leur conseil travailler dans leur champ de compétences.

Ce pouvoir dévolu au maire a toutefois un côté sombre ; il peut lui servir d’outil pour tasser ou faire taire un élu dérangeant. C’est ce que semble avoir fait M. Bonin en retirant la responsabilité du comité d’environnement à M. Nappert.

Aux médias lundi, M. Bonin a justifié sa décision par le fait que M. Nappert avait attribué une note de passage au conseil pour ses efforts environnementaux lors des quatre dernières années. « (…) il était président de ce comité-là. J’ai voulu amener un regard nouveau », a-t-il expliqué au sujet de sa décision de lui enlever cette responsabilité.

Le maire en a rajouté une couche remettant en doute la capacité du conseiller de s’acquitter de cette responsabilité. « (…) Honnêtement, si on veut aller plus loin en environnement, ça prend un changement parce que M. Nappert n’est plus capable de rien faire passer au conseil. (…) M. Nappert est un gars d’études, on ne se le cachera pas. Et le conseil veut de l’action. »

Ces dernières justifications sont à la fois tordues et insensées.

D’abord parce que les projets en environnement ne peuvent être improvisés. Ils exigent d’avoir en main des données, ne serait-ce que pour avoir le feu vert du ministère de l’Environnement. Quand on veut intervenir dans l’environnement, on doit prendre le temps d’acquérir des informations avant d’agir. Donc de produire des études. Ce n’est pas aussi simple que de réparer un trou dans la chaussée ou de colmater un bris dans le réseau d’aqueduc. 

Si le conseil veut de l’action en environnement, comme le souhaite M. Bonin, que ses membres prennent des décisions. Ce ne sont pas les projets qui manquent. M. Nappert ne possède qu’un seul des 11 votes au conseil. Il ne peut certainement pas être tenu comme seul responsable du peu de projets environnementaux lancés par cette administration.

Les vraies raisons du maire pour écarter M. Nappert sont ailleurs.

Dans un premier temps, M. Bonin ne piffe pas le fait que le conseiller se soit souvent opposé à des projets du conseil ces dernières années. L’approche intellectuelle sur laquelle M. Nappert base tout son travail est aussi cause d’irritation pour M. Bonin. Ce dernier préfère de loin les actions concrètes et de terrain.

M. Nappert est rompu au travail intellectuel. Il a enseigné pendant 34 ans la géographie au Cégep de Granby. Il s’est fait remarquer pour de nombreuses initiatives environnementales dans la région ainsi que par des sorties publiques et des mémoires appelant à la protection­ de l’environnement.

M. Bonin semble éprouver un inconfort avec les personnes qui ont fait des études supérieures. Lors des élections de 2013 au poste de maire, en plein débat, il avait critiqué Éliette Jenneau alors que la candidate évoquait sa maîtrise en administration publique. Parler ainsi équivalait à rabaisser les citoyens qui n’avaient pas de telles études, avait-il laissé entendre.

Le fait que M. Nappert représente le quartier électoral 2 n’est pas étranger à son expulsion du comité d’environnement. C’est dans ce quartier que le maire a enregistré son plus faible appui des électeurs. Ce quartier a également la distinction d’avoir un conseil de citoyens particulièrement intéressés aux questions environ­nementales et qui talonnent le maire sur plusieurs­ autres enjeux.

Notons finalement que M. Nappert­ a appuyé le candidat Yves Bélanger lors de la dernière course à la mairie.

Tout ceci ressemble à des représailles de la part du maire à l’endroit­ de M. Nappert.

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La répartition des responsabilités n’est pas au goût du conseiller Éric Duchesneau non plus. Il a conservé le dossier des travaux publics, mais espérait obtenir du maire d’autres responsabilités où il aurait pu mettre de l’avant ses capacités « analytiques », a-t-il indiqué sur sa page Facebook.

Dommage que M. Duchesneau, qui a à cœur sa ville, n’ait pas appuyé son collègue Nappert lundi lors de la première assemblée du conseil. Comment peut-il plaider qu’il pourrait en faire plus en raison de ses compétences et ne pas se ranger derrière M. Nappert, un expert des enjeux environnementaux, qui souhaitait poursuivre son travail ?

Peut-être M. Duchesneau n’est-il pas d’accord avec les propositions de son collègue. Mais sur le principe des compétences, la logique voulait qu’il apporte son soutien à son collègue qui réclamait de rester en poste. Il a choisi de voter contre M. Nappert.

On suggère à M. Duchesneau d’analyser le sens du mot solidarité.

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Il est dommage que le maire n’ait pas pris le temps de rencontrer un à un les dix conseillers avant de leur attribuer des responsabilités. Une telle démarche l’aurait aiguillé sur les préférences et intérêts de ses collègues du conseil.

M. Bonin a parlé de Granby comme d’une ville progressiste. On peut en débattre. Cela dit, son attitude revancharde contre M. Nappert­ est digne d’une autre époque.

Le Grand Parleur

Question de transparence

Transparence. C’est le mot fétiche de bien des candidats dans les présentes élections municipales. Ils l’utilisent à profusion sur leurs pancartes et dans leurs dépliants. Ceux qui sollicitent un autre mandat assurent qu’ils continueront d’en faire preuve alors que ceux qui tentent de se faire élire en promettent­ davantage.

Il n’est guère facile de cerner ce qu’est la transparence. C’est à la fois un concept tangible ainsi qu’une philosophie d’administration publique, mais perçu de façon différente selon qu’on occupe un poste électif ou qu’on soit citoyen. Le premier assure que la transparence guide ses faits et gestes dans sa prise de décision, tandis que le second, parfois ulcéré d’une décision, critique le manque de transparence­ des élus…

On peut d’emblée identifier deux éléments pour assurer une transparence minimale : un accès direct aux informations de base (budgets, programmes triennaux d’immobilisations, ordres du jour des assemblées, procès-verbaux de celles-ci) et un accès sans embûches pour toutes autres informations jugées pertinentes par les citoyens.

L’accès aux informations et documents est nécessaire afin que les citoyens puissent évaluer le travail de leur administration municipale. C’est un droit absolu.

La transparence est malheureusement à géométrie variable d’une municipalité à l’autre. Si elles ont toutes des sites Internet, plusieurs les utilisent mal pour informer leurs citoyens. Les ordres du jour sont souvent affichés moins de 24 heures avant la tenue d’une assemblée ordinaire et on doit souvent patienter plusieurs mois avant de voir apparaître en ligne les procès-verbaux après leur adoption par le conseil. Les budgets, PTI et listes des contrats accordés sont aussi introuvables sur maints sites municipaux.

C’est incompréhensible en 2017. Inacceptable. Insultant pour les citoyens.

D’autant plus que les techno­logies et les logiciels permettent de nos jours de mettre en ligne une grande quantité d’information et de documents. Nul besoin d’y consacrer de grandes ressources humaines ou financières pour s’occuper et nourrir ces sites.

L’absence d’information et de documents de base sur les sites des municipalités ou leur retard à s’y retrouver est un choix politique. D’où la colère des citoyens et les accusations, souvent fondées, d’un manque de transparence.

Les administrations municipales peuvent facilement améliorer leur bilan de transparence. D’abord, en mettant en ligne tous les documents cités plus haut. Ils devraient même inclure les procès-
verbaux de leur comité consultatif d’urbanisme ainsi que les documents techniques remis aux élus concernant les projets à adopter. Ensuite, elles peuvent doter leur salle du conseil d’écrans géants où les citoyens peuvent voir les cartes, plans et photos des projets discutés­ en temps réel par leurs élus.

Les assemblées du conseil, présentations du budget et consultations publiques peuvent également être diffusées en direct sur Internet. Nous ne sommes plus à l’ère d’équipements lourds, coûteux et nécessitant plusieurs personnes pour les opérer. Ici également, la nouvelle techno­logie a simplifié la captation et la diffusion de telles rencontres. Et les coûts sont très accessibles. On parle d’achat d’équipements de moins de 25 000 $.

Le recours à ces technologies permet de rendre accessibles les différentes rencontres publiques à l’hôtel de ville. C’est sans compter que ça leur assure un plus grand dynamisme aux yeux des citoyens. On peut penser qu’ils se sentiront mieux informés et plus intéressés à la conduite des affaires de leur municipalité.

La participation citoyenne, n’est-ce pas un autre terme fétiche de ces élections ? En parler ne suffit pas. Il faut donner le goût aux citoyens de s’engager. C’est aussi ça la transparence.

Le Grand parleur

Populisme poli

CHRONIQUE / Le candidat à la mairie de Granby Yves Bélanger a tout d’un gentleman : il est d’une grande politesse, parle sans lever le ton, affiche un calme olympien. Il est incapable de faire de mal à une mouche, pourrait-on croire. Et pourtant. L’homme semble disposé à frapper en bas de la ceinture pour être élu.

M. Bélanger a fait paraître une publicité fort remarquée dans nos pages samedi. Il dénonçait les « 140 000 $ en prime de transition pour le maire Bonin… ». « C’est exagéré ! Faut que ça change ! », clamait-il. « Pour l’abolition des primes de transition des élus, votons Yves Bélanger », concluait la publicité.

Pour l’impact du message, on donne une note parfaite. Chaque fois qu’on parle de l’argent versé aux élus, ça interpelle nombre de citoyens frustrés que leurs taxes servent à cette fin. Pour l’élégance du geste, c’est un gros zéro. At­taquer de la sorte un adversaire, au lieu de faire part de ses idées aux électeurs, c’est donner dans le populisme. Et cela n’augure rien de bon quand on commence à piger dans ce sac à surprises où toute nuance est évacuée. 

Le candidat Bélanger a raison de s’intéresser aux primes de transition versées aux élus municipaux de Granby. Elles n’ont pas leur raison d’être. Son problème, pour des raisons évidentes de considérations électoralistes, est qu’il vise tout croche. Ce n’est pas la prime de transition du maire qu’il faut abolir, ce sont celles des conseillers.

Le mot clé dans ce débat est transition : c’est un état, un degré intermédiaire, un passage progressif entre deux états, deux situations, nous apprend le Larousse.

Le poste de conseiller en est un à temps partiel. Les gens qui l’occupent ont habituellement un travail à temps plein ailleurs. Ils reçoivent donc un salaire autre qu’un chèque avec le logo de la Ville. Dans le monde municipal, plusieurs élus sont aussi à la retraite, touchant des allocations de leur ancien employeur ou des gouvernements.

Quand un conseiller quitte son poste après son mandat ou le perd au terme d’une élection, il a toujours son emploi à temps plein ou ses allocations de retraite. Il ne se trouve pas à transiter d’un emploi à un autre. Il est donc inutile de lui verser une allocation de transition.

Le cas du maire est totalement différent. Il occupe son poste à temps plein. Aucun maire d’une grande ville ne conserve son emploi lorsqu’il accède à la mairie. Il démissionne ou prend un congé sans solde (si son employeur accepte). De 2009 à 2013, du temps où il était conseiller du district 7, M. Bonin travaillait à temps plein dans le secteur privé comme technicien en génie civil. Il a démissionné en novembre 2013 après avoir remporté la mairie pour occuper son nouveau travail à temps plein.

S’il est battu le 5 novembre, M. Bonin partira avec une indemnité de départ (basée sur le nombre d’années de service en tant qu’élu) et une prime de transition (basée sur ses quatre derniers mois de salaire multipliés par son nombre d’années de service, sans dépasser une année de salaire). Les conseillers sortants qui connaîtraient le même sort toucheraient aussi de telles primes.

Les conseils n’ont pas le choix de verser des primes de départ. La Loi sur le traitement des élus municipaux l’exige. Pour les primes de transition, c’est autre chose ; la décision est laissée aux conseils.

Verser une prime de transition à un maire sortant n’a rien de scandaleux, comme le laisse entendre M. Bélanger. Faut connaître un peu le monde politique pour savoir que les maires sortants ou battus peinent souvent à se trouver du travail. On a beaucoup d’amis quand on occupe un poste d’élu. Quand on part ou quand on se fait montrer la sortie, les amis se font souvent plus rares. La prime de transition permet d’adoucir l’atterrissage, le temps de se replacer professionnellement.

Si M. Bélanger est décidé à abolir les primes de transition, qu’il explique aux électeurs comment il entend vendre son idée aux dix conseillers. Parce que la décision leur reviendra.

Ça prend un minimum de fair-play en période électorale quand on parle aux électeurs.

Le Grand Parleur

Candidatures coup de tête

On est entré cette semaine dans une période fertile en politique municipale, celle du dépôt des bulletins de candidature pour les postes de maire et de conseiller. Il faut féliciter ceux et celles qui ont courageusement décidé de se présenter devant l'électorat pour lui faire part de leurs idées, de leurs engagements et de la philosophie soutenant leur action politique. Ils ont pris le temps de réfléchir pour proposer leur vision de leur municipalité.

L'inverse, cela dit, est également vrai : certains candidats font de l'improvisation leur outil politique. Ils n'ont rien à proposer. Hélas, ça existe !

Quand on les questionne un peu sur les dossiers, sujets ou enjeux en cours dans leur municipalité, ils nous servent des banalités. Les « idées » classiques : ils veulent que la municipalité se développe, que l'environnement soit protégé, que les taxes demeurent basses. Ce sont de bons objectifs. Sauf qu'ils ne proposent rien pour les atteindre. Avoir le goût ou le temps d'être maire ou conseiller n'est pas suffisant.

Certains se lancent en campagne avec un programme électoral composé d'une page blanche à remplir au fur et à mesure. Dans La Voix de l'Est jeudi, une candidate à un poste de conseiller à Granby expliquait qu'elle allait s'informer des enjeux et des préoccupations des gens du quartier qu'elle souhaite représenter en faisant un porte-à-porte. Elle n'est pas seule à se lancer ainsi les mains vides.

Ça manque de sérieux. C'est même insultant pour les électeurs. Surtout qu'une des premières questions que les citoyens posent aux candidats qui cognent à leur porte est de savoir ce qu'ils ont l'intention de faire pour le secteur...

Un bon politicien est un politicien qui sait écouter. Le faire en campagne électorale démontre un manque de préparation. On peut même penser que ça illustre un manque d'intérêt pour les affaires publiques.

Cela explique peut-être pourquoi autant de nos élus, à tous les niveaux, sont dépourvus de sens critique ; ils ne posent pas de questions, ni ne cherchent à se renseigner sur les sujets, dossiers, projets en cours. Leur participation aux discussions et délibérations est anémique. Tous les conseils municipaux comptent quelques individus de cette trempe.

Notre démocratie permet les candidatures coup de tête. Et c'est parfait ainsi. Aux électeurs de faire le ménage.

Entendu une drôle de remarque cette semaine de ma fille de 12 ans. Alors qu'on effectuait en famille notre marche quotidienne avant l'arrivée de la brunante, elle nous dit en voyant la pancarte électorale de Julie Bourdon que la conseillère décide où passent les pistes cyclables dans les rues de la ville de Granby.

Interloqué, je lui demande d'où elle tenait cette information. Des camarades en avaient parlé dans l'autobus scolaire en matinée. Ah bon !

J'ai analysé le parcours de l'autobus de ma fille. Il transite par le secteur de la rue Vittie. Il appert que des citoyens du coin digèrent encore mal l'aménagement d'une piste cyclable sur cette artère. Ils en font même de la propagande en identifiant Mme Bourdon comme étant la grande prêtresse des pistes cyclables ! Peut-être s'inspirent-ils de l'Halloween qui est à nos portes !

Le cafouillage du plan d'aménagement des pistes cyclables à Granby continue d'alimenter la colère chez bon nombre de gens. Ce n'est pas tant ce dossier que la carence en communication du conseil en place qui est devenu un enjeu électoral.

Mme Bourdon a donné son aval aux tracés des pistes proposés par les services techniques. Tout comme ses collègues (enfin, ceux qui ont eu le courage d'être présents aux assemblées lors desdits votes...). Il est injuste que des résidants du quartier 3, celui de la jeune conseillère, lui attribuent la maternité de ces choix.

Le Grand Parleur

Fédéralisme et cannabis

La légalisation de l’usage du cannabis bousculera beaucoup de choses dans notre société. Quand on considère toutes les questions posées par cette révolution, les intérêts en jeu et les dérapages possibles, on comprend que les municipalités risquent (encore une fois) de se retrouver seules pour faire face à la musique. Car ce sont elles, pas les autorités provinciales et certainement pas celles au fédéral, qui devront composer avec de gros problèmes — des dangers en fait — découlant de ce virage dans la lutte aux drogues.

Les questions et les inquiétudes sont nombreuses. À commencer par la santé des jeunes. À quel âge devraient-ils avoir le droit de consommer légalement du cannabis ? Le développement de leur cerveau est mis à risque, estime l’Association médicale canadienne, citant des études poussées sur le sujet. Les médecins plaident pour que l’âge requis soit 21 ans.

La cabale des médecins s’annonce difficile puisque le projet de loi C-45 à l’étude à Ottawa propose l’âge légal de 18 ans…

Qui pourra produire du can­nabis destiné à la vente ? Plusieurs intérêts privés flairent la manne financière. On les imagine déjà en coulisse, comme le permet notre système politique, faisant pression sur le législateur pour que l’État leur laisse beaucoup sinon toute la place. Le crime organisé, qui encaisse des liasses d’argent de ce marché encore illicite, cherchera sûrement les brèches pour s’y infiltrer. Ça, on peut en être certain.

Où vendra-t-on le cannabis ? Encore ici, plusieurs groupes se positionnent pour profiter de ce nouveau marché. Comment s’assurer que seules les personnes autorisées s’en procureront ? Devrait-on confier le tout à un organisme étatique du modèle de la SAQ comme le fera l’Ontario ? Le ministre des Finances du Québec, Carlos Leitao, semble déjà avoir fait son lit : pas question que la SAQ s’en occupe.

Et la vente des produits dérivés (muffins, huile, pâtisseries, etc.) sera-t-elle permise ? Et par qui ? Tient-on compte d’Internet et du fait que le commerce en ligne se soucie peu de l’âge des consommateurs ?

Les réponses à ces questions sont très attendues. Elles intéressent en premier lieu les municipalités qui gèrent l’utilisation de leur territoire.
Les municipalités auront-elles les coudées franches pour refuser que des usines de production de can­nabis s’installent chez elles ? Le législateur leur conférera-t-il des pouvoirs accrus pour empêcher l’ouverture de points de vente de produits de cannabis près d’écoles ? Les ministères de la Santé et de la Sécurité publique puiseront-ils dans leur budget pour accorder des subventions afin de les aider, ainsi que leur service de police, à faire face aux problèmes sociaux et criminels créés par la légalisation du cannabis ?
Rien ne le garantit.

Le maire de Granby, Pascal Bonin, voit les problèmes venir. Participant la semaine dernière à la consultation publique du gouvernement provincial sur l’encadrement du cannabis, il a levé quelques drapeaux rouges. Jeune homme, il a vécu les souffrances de la dépendance aux drogues et à l’alcool. Sobre depuis 11 ans, il déplore que le présent débat sur la légalisation du can­nabis porte trop sur l’aspect récréatif du cannabis. On occulte les dangers de la dépendance, affirme-t-il.

M. Bonin parle en connaissance de cause. « (…) Allez voir dans un centre de thérapie si c’est une récréation. Il n’y a pas un dépendant qui consomme de façon récréative. Il ne faut pas empirer une problématique», a-t-il fait valoir.

La légalisation de l’usage du cannabis bouscule non seulement la société, mais fragilise également les structures de la fédération canadienne. Elle illustre avec acuité les problèmes que cause un palier de gouvernement à l’endroit d’un autre.

Pour répondre à la hausse appréhendée des coûts des services sociaux provoquée par la légalisation du cannabis, Ottawa et Québec­ doivent s’engager à verser tous leurs revenus (TPS, TVQ et impôts fonciers payés par les producteurs et les vendeurs) dégagés de la vente de cannabis aux organismes qui s’occupent des toxicomanes et ceux qui font de la prévention. Des fonds doivent aussi être versés aux municipalités pour les aider à faire face à leurs obligations.

Il serait indécent que les deux paliers supérieurs de gouvernement encaissent ces revenus sans se soucier­ des impacts sociaux.

Le Grand Parleur

Sauver les référendums

Xénophobie ? Syndrome du pas dans ma cour ?

On ne saura jamais avec certitude pourquoi une majorité de résidants d’un quartier à Saint-Apollinaire près de Lévis refuse qu’un terrain serve à aménager un cimetière musulman.
Des 19 personnes qui ont dit non au projet lors du référendum de dimanche, il s’en trouve sûrement qui sont fermées à toute demande émanant de la communauté musulmane. On peut aussi penser que certaines n’en veulent tout simplement pas, et ce, peu importe la confession des personnes qui y seraient enterrées. Soyons francs : qui serait d’accord avec l’aménagement d’un cimetière près de chez lui ?

Mais au-delà des attaques, critiques et invectives que s’échangent les gens sur les réseaux sociaux dans cette affaire, il y a lieu de souligner le processus démocratique utilisé pour trancher le débat : un référendum de secteur.

Cette forme de consultation pourrait disparaître dans la foulée de l’adoption par Québec en juin de la Loi 122. Cette législation accorde plus d’autonomie aux municipalités en matière de fiscalité, de gouvernance et d’aménagement de territoire. Elle leur permet notamment d’outrepasser la tenue de registres et de référendums pour des questions touchant l’urbanisme, dont le zonage.
En lieu et place, les municipalités doivent se doter d’une « politique de participation publique ». Le gouvernement a adopté sa loi, mais n’a pas donné de balises encadrant une telle politique. Elle reste à être inventée.

Le milieu municipal applaudit cet aspect de la Loi 122, estimant que les conseils pourront prendre des décisions sans risquer de voir des citoyens les bloquer via des référendums. Les citoyens, a expliqué le ministre des Affaires municipales, Martin Coiteux, se mobilisent souvent pour contrer des projets. Il faudrait plutôt, croit-il, trouver des moyens de les rendre plus acceptables. Une politique de participation publique est la meilleure alternative, selon lui.

Il faut baigner un peu dans le monde municipal pour réaliser la hantise qu’ont les élus de voir un débat sur un projet se diriger vers un référendum. Ils en sont presque paralysés, au point où ils reculent souvent.

La réaction de Québec est exagérée. D’abord, parce que peu de projets sont bloqués par des citoyens. Rares aussi sont les registres qui recueillent assez de signatures et débouchent sur des référendums. Quand le nombre minimal de signatures est atteint, les conseils n’osent pas aller au bout du processus en décrétant la tenue de plébiscites, plaidant toujours les coûts engendrés pour les organiser. Impossible alors de savoir si l’ensemble des citoyens concernés aurait donné leur accord.

Quand on considère tous ces éléments, on réalise qu’éliminer les référendums est une mesure draconienne en réaction aux carences des municipalités et de leurs dirigeants. Souvent, ceux-ci peinent à « vendre » leurs projets à leurs concitoyens. L’un de leurs premiers rôles, c’est d’expliquer leurs démarches et objectifs. Ne pas le faire, c’est abdiquer leurs responsabilités.

Retirer des mains des citoyens l’outil qu’est le référendum, c’est donner carte blanche aux conseils municipaux. Un tel pouvoir ne devrait pas exister en politique. Ça risque de créer des abus parce que peu importe ce qui se dégagerait des consultations avec les citoyens, les décisions reposeraient entre les mains des membres du conseil sans aucun contrepoids démocratique.

Bien entendu, parfois les discussions franches, les assurances données et les modifications proposées sont insuffisantes à rallier une majorité de citoyens derrière un projet. Des sensibilités irrationnelles ou de sombres idéologies, comme on l’a vu avec le projet d’un cimetière musulman sur la rive sud de Québec, empêchent également d’en arriver à des compromis.

Il serait cependant dommage, en raison de quelques grains dans l’engrenage, d’abandonner les référendums municipaux. La participation citoyenne, qui n’est déjà pas une panacée dans le monde municipal, en sortirait amoindrie.

Le Grand Parleur

Mépriser ses partenaires

Au rythme où vont les choses, peu de municipalités signeront la nouvelle entente loisirs que leur propose la Ville de Granby. Déception, étonnement, colère, les administrations municipales évoquent publiquement et en coulisses plusieurs raisons pour expliquer leur décision. Cette affaire illustre deux choses : toute la difficulté qu’ont (encore et malheureusement) les municipalités à travailler ensemble pour le bien de leurs citoyens et cette manie maladive de l’administration de Granby d’œuvrer dans l’ombre.

Le conseil de Granby a pris pas mal tout le monde par surprise en juin en adoptant une nouvelle entente intermunicipale de loisirs. Celle-ci impose une hausse de près de 400 % à 23 petites municipalités autour de Granby dont des citoyens sont titulaires d’une carte-loisirs émise par la ville-centre. Le prix de ces cartes passera de 32 $ à 131 $ d’ici 2019. La logique qui sous-tend le nouveau calcul est que les citoyens de ces petites municipalités ne paient pas leur juste part pour tous les services et activités offerts alors que les Granbyens assument entièrement la leur, estiment les membres du conseil. D’où leur décision de revoir la tarification à la hausse.

Ce n’est pas tant l’augmentation substantielle qui choque. La réalité est que rarement les petites municipalités paient les véritables coûts défrayés par les villes-centres pour les services qu’ils utilisent. C’est un problème perpétuel pour toutes les villes-centres. Ce qui choque, c’est que cette hausse est lancée au visage des citoyens de 23 municipalités sans crier gare.

La Ville n’a eu aucune discussion avec les directions de ces municipalités en préparant son entente. Elle n’a tenu aucune consultation avec elles sur le sujet. Tout s’est passé en secret. Certains maires ont appris seulement le matin même de l’adoption de l’entente par le conseil de Granby les grandes lignes de celle-ci. En cette époque où le monde municipal parle sans arrêt de « partenariats » entre les villes, cette manière d’agir est aux antipodes de nos attentes envers nos représentants élus.

Le tout place d’autant plus les conseils des petites municipalités dans une position intenable en pleine année électorale. Leurs citoyens accepteraient mal qu’ils cèdent devant ce qu’ils perçoivent comme une forme d’intimidation ou d’ultimatum venant de la ville-centre. Personne ne souhaite plier devant le matamore de la cour.

Si l’objectif était d’alléger la charge fiscale des citoyens de Granby en exigeant plus des non-résidants qui utilisent les services de la ville-centre, on peut dire qu’il est raté. Les municipalités de Bromont, Roxton Pond, Saint-Alphonse-de-Granby, Warden, Farnham, Saint-Césaire et Sainte-Anne-de-la-Rochelle ont signifié leur refus d’entériner l’entente. Les conseils de Shefford et de Saint-Joachim-de-Shefford sont en réflexion.

Des 5658 détenteurs d’une carte-loisirs n’habitant pas Granby (sur un total de 43 693 cartes émises), combien en restera-t-il une fois que l’ensemble des 23 municipalités aura fait son lit ? La Ville reprendra-t-elle ses calculs pour ajuster à nouveau la tarification des municipalités restantes ?

Comment expliquer qu’une ville-centre affiche une telle attitude à l’égard de ses voisines ? La réponse se trouve peut-être dans les réactions viscérales de certains conseillers granbyens choqués que le conseil avalise une augmentation de la tarification sur trois ans. Ils militaient pour une seule hausse de 400 %, immédiate !
« Ça fait 25 ans qu’on paye pour les autres municipalités (…) », a lancé le conseiller Robert Riel au moment du vote. « Comme président du comité des finances, j’ai un gros malaise de donner encore un cadeau aux autres municipalités quand on a augmenté les taxes les trois dernières années », a indiqué son collègue Jocelyn Dupuis.

Il n’y a qu’un pas à franchir pour les traiter de voleuses !

Tout ça sent la frustration. Et celle-ci est mauvaise conseillère. De tout ça est née une politique que la Ville n’a pas pris le temps d’expliquer à ses « partenaires » malgré sa logique d’équité entre ses citoyens et ceux des municipalités avoisinantes.

On l’a déjà dit : cette administration a de grosses carences en communication. On l’a vu avec les citoyens dans toute la saga du déploiement du réseau de pistes cyclables. On le constate aussi dans ses relations avec les municipalités voisines.

Le fait d’avoir proposé une nouvelle entente n’est pas remis en question ici. La manière, si. Agir unilatéralement, sans informer ses « partenaires » de son cheminement et leur lancer le tout en disant que c’est à prendre ou à laisser n’a jamais permis de déboucher sur de bonnes ententes.

Pour assumer son rôle de leader, une ville-centre n’a pas à mépriser ses voisines, mais à collaborer avec elles pour déboucher sur des ententes satisfaisantes pour toutes les parties.

Comment auraient réagi les fonctionnaires des gouvernements du Québec et du Canada si cette entente de loisirs avait été adoptée avant que les subventions liées au futur centre aquatique aient été confirmées ? La conférence de presse annonçant le feu vert du projet n’aurait peut-être pas encore eu lieu…

En haut lieu politique, quand des subsides sont versés pour construire de grosses infrastructures municipales comme des piscines et des arénas, l’impact régional compte pour beaucoup dans l’analyse du projet. Québec et Ottawa n’y investissent pas 20,5 millions de dollars seulement pour faire le bonheur des Granbyens. Ils le font pour combler un besoin dans toute la région immédiate.

Personne n’a de gros malaise avec ça.

Le Grand Parleur

Inondations et sagesse

Les inondations qui frappent les régions de Montréal, des Laurentides, de l’Outaouais et de la Mauricie sont un dur rappel qu’on ne contrôle pas la nature. Parfois, une météo capricieuse lui servant de catalyseur, elle provoque le débordement de lacs et de rivières, forçant des milliers de riverains à fuir leur maison pour être en sécurité. Les dommages causés aux propriétés atteignent des dizaines de milliers de dollars, des montants que le gouvernement québécois paie en grande partie à travers son programme de dédommagements.

On ne peut prévenir les inondations. Elles surviennent depuis des millions d’années. Ce qui est nouveau, ce sont les effets provoqués par les changements climatiques. Les scientifiques confirment que la fonte des glaciers occasionnera la montée du niveau des océans menaçant leurs populations riveraines partout sur la planète. Ils formulent aussi l’hypothèse que le réchauffement climatique pourrait modifier la fréquence, la durée et l’intensité des pluies. Des recherches sont en cours à ce sujet. Chose certaine, même si on habite loin à l’intérieur des terres, on a tout intérêt à en prendre conscience.

Devant l’incroyable puissance de la nature, la seule chose possible est de se prémunir de ses sauts d’humeur. Ça implique de réfléchir à l’aménagement de nos territoires.
Construit-on trop près de cours d’eau ? A-t-on trop de superficies imperméables ? Nuit-on à la nature en asséchant des milieux humides ? A-t-on trop modifié les formes des rivières ? Élimine-t-on trop de végétation au nom du développement ? Bref, accentuons-nous nos problèmes environnementaux ?

Ces questions ont maintes fois été posées et décortiquées dans le monde municipal. Le développement urbain et agricole a sans conteste des impacts sur l’environnement, conclut-on. Cette constatation n’a cependant pas mené à de grands changements de philosophie de développement dans les municipalités. Rarement refusent-elles des projets ou interviennent-elles pour corriger des problèmes flagrants.

Il est difficile, doit-on reconnaître, pour les municipalités de s’opposer aux propositions des promoteurs. Le problème de fond est qu’elles dépendent à près de 100 % de l’impôt foncier pour fonctionner. Ajouter des maisons, des commerces et des industries sur leur territoire équivaut donc à mettre plus d’argent dans leur coffre. Les taxes municipales générées sont souvent l’argument massue élus lorsqu’il est temps de défendre des projets. Prisonniers d’un système de revenus archaïque, les conseils municipaux peuvent difficilement considérer le long terme dans leurs décisions liées au développement.

Il faut se l’avouer : la protection de l’environnement n’est pas une priorité pour les municipalités. Les plans de développement durable qu’elles adoptent sont des énoncés de grands principes, mais peu de gestes marquants sont posés pour améliorer leur bilan. Les programmes de subventions pour acheter des couches réutilisables, des barils de pluie, des toilettes à faible débit et des arbres sont de belles initiatives, mais elles existent d’abord pour donner une image vertueuse aux municipalités. Celles-ci n’ont aucun véritable plan pour protéger l’environnement.

Ça ne s’arrête pas là. Les MRC, qui regroupent les municipalités, rechignent à mettre de l’ordre dans les pratiques agricoles. Des programmes sont en place pour accompagner les agriculteurs désireux de réduire leurs empreintes écologiques. Plusieurs choisissent quand même de ne rien changer. La réalité est que les gains pour améliorer la qualité de l’eau des rivières sont minces. On avance à pas de tortues. Pendant ce temps, les études continuent de montrer du doigt les activités agricoles comme principales sources de pollution de nos cours d’eau.

Les municipalités doivent aller au-delà des symboles. Elles doivent se doter de politique de protection du couvert forestier et de qualité de l’eau de leurs lacs et rivières en plus de politique de conservation des milieux humides.

Elles doivent également mieux appuyer financièrement les organisations environnementales sur leur territoire. Le travail abattu par ces groupes est immense quand on considère les peccadilles obtenues des municipalités pour honorer leurs responsabilités en leur nom.

Ces efforts n’empêcheront évidemment pas la nature de se déchaîner à nouveau. D’autres catastrophes naturelles figurent dans son programme, dont des inondations. Toutefois, les municipalités sont en mesure d’atténuer leurs conséquences. Il est temps pour elles de changer de cap et d’aménager leur territoire avec plus de sagesse.

Le Grand Parleur

Canard et ludification

Dommage. Vraiment dommage le ton qu’a pris toute l’affaire du canard géant de 155 000 $ sur le lac Boivin. Certains sont si prompts à dénoncer toutes les initiatives du conseil de la Ville de Granby qu’ils évitent d’analyser sur le fond le projet d’image de marque de la municipalité ou, comme le dit le maire Pascal Bonin, de son branding.

D’abord, le canard ne coûtera pas 155 000 $, mais bien 3000 $. Les 155 000 $ seront utilisés pour plusieurs choses : on parle de jeux géants au centre sportif Léonard-Grondin et au parc Terry-Fox et de sculptures d’animaux géants. D’autres infrastructures et activités seront proposées.

Dans un monde concurrentiel, même les villes doivent se soucier de leur image. C’est vrai pour Granby, et cela même si ses indicateurs économiques sont très bons. Il est risqué, irresponsable même, de s’asseoir sur ses lauriers, même quand on compte sur son territoire un attrait aussi populaire que le Zoo de Granby. La Ville doit continuer à travailler pour se démarquer, notamment en modernisant son image. Le faire en se collant sur l’incroyable attrait qu’est le jardin zoologique — un TGV touristique — est un bon pari pour encourager les visiteurs à explorer davantage la Ville.

Faire de Granby une ville ludique, comme le propose la Corporation de développement commercial et touristique de Granby et région, est une idée pour le moins intéressante. Quelques villes dans le monde ont adopté cette approche pour développer « l’enjeu social du mieux vivre ensemble », peut-on lire dans le document préparé par l’organisme paramunicipal pour les membres du conseil.

La CDCTGR explique son approche dans le même document : «La ludification est l’application des mécaniques du jeu à divers domaines pour inciter de façon ludique les utilisateurs à adopter un comportement souhaité. L’objectif est de permettre, de favoriser des rencontres et des échanges entre citadins, tout en améliorant les services publics offerts.»

Bon. C’est un peu ésotérique comme explication et tiré par les cheveux de parler d’amélioration de services publics offerts, mais on comprend la philosophie qui sous-tend le projet. On cherche à faire sourire les gens, nourrir leur sentiment d’appartenance et les inciter à se côtoyer, à échanger. Bref, à vivre pleinement leur ville.

On pourrait discourir longtemps sur le rôle et les responsabilités des municipalités à l’égard de leur population. Dans le projet proposé, on doit y voir une façon de capitaliser sur la signature unique de Granby en tant que ville où se trouve un zoo. Investir 155 000 $ annuellement pendant trois ans pour augmenter cette visibilité n’est certainement pas du gaspillage de fonds public. La Ville de Granby et ses citoyens peuvent se permettre cet investissement.

Si le projet est ludique, la façon dont le conseil, le maire au premier chef, l’a communiqué aux citoyens relève d’une stratégie dépassée en affaires publiques. Plusieurs gestes posés démontrent que l’administration en place n’a rien compris de ses erreurs passées. Elle assure avoir retenu des leçons de la saga des pistes cyclables. Il n’en est rien.

D’abord, pourquoi le conseil a-t-il autorisé ce projet lors d’une assemblée extraordinaire ? Aucun citoyen n’assiste à ces rencontres parce qu’elles sont appelées à la dernière minute. Ces assemblées non prévues servent habituellement à régler des dossiers urgents. Il n’y avait aucun sentiment d’urgence dans ce cas-ci.

Puis, pourquoi M. Bonin a-t-il dit aux citoyens qu’ils allaient découvrir au fur et à mesure les infrastructures prévues ? On n’est pas à une fête d’enfants où les surprises font partie du scénario. Une dépense de 155 000 $ a été autorisée par les élus. Le tout doit être expliqué. Les journalistes ont pu savoir de quoi il s’agissait parce que les documents destinés aux élus leur ont été remis par erreur…

Être élu ne donne pas droit à un chèque en blanc pour faire à sa tête. Il faut expliquer les objectifs de ses décisions et donner les détails des gestes à poser. Entourer le tout d’un mystère complet, comme le souhaite le maire, ne sert qu’à créer de l’opposition au projet.

M. Bonin, du temps qu’il était conseiller, n’aurait jamais accepté une telle façon de faire. Le pouvoir a cette fâcheuse conséquence de pousser nos dirigeants à vouloir tout contrôler.
Et tant qu’à discuter de branding, pourquoi opter pour un canard ? L’oiseau est déjà l’emblème de la ville de Lac-Brome, comme le mentionnait un citoyen bromois dans nos pages cette semaine.
Le choix du canard pour représenter Granby parait aussi étrange compte tenu des efforts de la Ville pour chasser cette espèce du parc Daniel-Johnson en raison des fientes qu’elle laisse un peu partout.

Une immense salamandre, emblème du parc national de la Yamaska, serait un meilleur choix.