Merci Anne!

CHRONIQUE \ Ouin. La nouvelle année commence raide au bureau.

Avec le départ à la retraite de notre chef de pupitre Anne Normand, Marie-France Létourneau et moi devenons les deux plus « vieilles » journalistes de la salle de rédaction de La Voix de l’Est.

Sur la liste d’ancienneté, Marie-France occupe la première position. 

Moi, la deuxième. Et, honnêtement, ça fesse.

(J’aimerais ici saluer chaleureusement Manon, une des grandes sœurs de Marie-France, dont je suis, semble-t-il, l’idole. Ça me touche droit au cœur. Merci !) 

Bref, faire partie des meubles de La Voix de l’Est à 42 ans, c’est un brin déstabilisant. Je me revois comme si c’était hier, entourée de journalistes d’expérience, réviser, voire reformuler en entier mes premiers textes à être publiés. C’était pourtant à la fin du XXe siècle ! 

Dans le temps, des cendriers trônaient sur les bureaux de plusieurs entre des calepins remplis de notes souvent illisibles et des piles de communiqués de presse entrés par fax. À l’époque, on possédait une pagette pour la salle au complet et le téléphone terrestre, on ne l’utilisait pas que le vendredi pour commander une cuisse chez Duhamel.

À mon arrivée au journal en 2000, Anne Normand faisait déjà partie des monuments aidants et patients. Bon, elle n’est pas de ces « vrais gros monuments » qui sont passés du fameux « 136 Principale », ce lieu mythique où La Voix de l’Est a pris naissance, à notre adresse actuelle.

Quand même. Le bébé de l’année qu’elle est a vu neiger ! 

Et au fil du temps, elle nous a enseigné plein de choses.

Entrée en poste en 1989, Anne a fait toute sa carrière au 76, rue Dufferin, avec vue... sur Villa-Bonheur. On a beau être situés devant le majestueux parc Victoria, c’est plate à dire, mais on ne le voit pas.

Après une longue carrière comme journaliste aux arts, Anne a gardé son horaire d’oiseau de nuit en devenant adjointe au pupitre et, ensuite, chef de pupitre. 

Tous les soirs, son œil de lynx (ou de porc frais, comme elle se plaisait à nous dire) parcourait nos textes pour y vérifier les fautes comme les faits. 

Pour elle, l’orthographe, la grammaire et la ponctuation n’ont plus vraiment de secrets. Et s’ils en avaient, il y avait toujours Marie-Éva !

Après l’amour inconditionnel qu’elle porte à Arthur, son yorkshire hyperactif, je soupçonne Anne de vouer un culte à l’auteure du Multi Dictionnaire de la langue française. La dame aurait inventé le feu qu’elle ne l’admirerait pas autant. 

Anne aime le français. Ce qui fait d’elle une redoutable adversaire au Scrabble. 

Par exemple, c’est elle qui m’a appris que le mot aréna était un garçon et oasis une fille. Qu’on pouvait sortir indemne d’un accident de voiture et non intact. Que le week-end, les gens magasinent dans un centre commercial et pas dans un centre d’achats.

C’est aussi Anne qui, à l’occasion, nous envoie divers quiz et tests pour qu’on puisse déjouer ces nombreux pièges que nous tend notre belle langue. Des après-midi ou des après-midis ? Moyen-Âge : avec un trait d’union ou pas ? Baillement, avec ou sans accent circonflexe ?

Pour te remercier pour tes conseils, ton aide, tes suggestions et tes bons mots Anne, voici quelques anecdotes sur la langue de Molière.

Savais-tu que ressasser pouvait se lire dans un sens comme dans l’autre ? C’est le plus long palindrome de la langue française.

Savais-tu que œil était le seul mot qui commence par une lettre différente de son pluriel, yeux ?

As-tu déjà remarqué que oiseau était le plus long mot dont on ne prononce aucune lettre ?

Si un jour tu t’ennuies, je te lance le défi de trouver un mot qui rime avec simple. 

Finalement, savais-tu que l’anagramme de chien était niche ? Ou Chine, c’est selon... là où les chiens sont servis dans une soupe avec des légumes !

Je n’arrive pas à croire que tu partes à la retraite. Pas quand mes souhaits pour toi pour 2018 sont ceux normalement adressés à une ado : un nouveau chum et l’obtention de ton permis de conduire !