Marie-Ève Martel

Une longue pénitence

CHRONIQUE / Mon collègue retraité Fernand ne l’a pas eu facile ces dernières semaines. Depuis un mois, environ, l’ancien président de notre syndicat, qui a été de tous les combats pendant près de 40 ans et de presque toutes les compétitions de sport juvénile, est hospitalisé.

Je suis pas mal certaine que de s’être démené comme il l’a fait depuis qu’on sait que les rentes de nos retraités allaient être coupées du tiers ne l’a pas aidé.

Quand je suis allé le voir aux soins intensifs, avant que les visites ne soient interdites pour limiter la propagation du coronavirus, je lui ai dit, sans le lui reprocher, bien sûr, qu’il aurait dû commencer bien avant à penser un peu plus à lui et à se ménager.

« Tu sais Fern, que je lui ai dit, des fois, la vie t’impose des choix. Et quand tu ne les fais pas, elle les fait à ta place... »

Je pense que c’est ce qui lui est arrivé. Je pense aussi que c’est ce qui nous arrive, comme société. Comme humanité.

Et si la vie avait trouvé une façon de nous dire, une fois pour toutes : STOP!

J’ai vu passer une publication sur Facebook qui disait essentiellement ceci : et si la Terre nous avait tous grondés, en nous confinant chez nous pendant des semaines pour nous faire réfléchir à ce que nous avons fait?

Un rythme de vie effréné, une consommation sans limites, un nombrilisme au zénith et une insouciance de leurs conséquences.

La voilà, notre pénitence, pour nous être trop peu souciés de la nature, qui sera toujours plus forte que l’Homme.

Tout en elle est équilibre. Aussitôt perdu, la nature mettra tout en œuvre pour le retrouver.

Et si la COVID-19 était une manière pour la planète de nous forcer collectivement à prendre les décisions qu’on n’a pas prises à temps?

Des images satellites démontrent que la pollution a connu une chute dramatique dans certaines régions du monde, quelque temps seulement après le confinement obligatoire. Ailleurs, la qualité de l’eau s’est grandement améliorée (bien qu’il soit faux que des dauphins aient été vus, nageant dans les canaux de Venise).

Comme société, on semble plus unis que jamais. On est ensemble dans la crise. On va la traverser non pas solitairement, mais solidairement.

Est-ce que tout ce qui se passe depuis deux semaines va nous permettre de tirer des leçons durables qui vont transformer notre mode de vie pour le mieux?

Je l’espère.

La crise nous permet de revoir nos priorités et de retourner à l’essentiel.

Qui pourrait poursuivre le télétravail sans que cela n’ait d’impact pour l’entreprise qui l’emploie? On réduirait de beaucoup la congestion routière et l’émission de gaz à effet de serre.

Et si au fond, on travaillait moins pour passer plus de temps avec nos proches?

Qui pourrait garder cette saine habitude de marcher dehors chaque jour? L’air frais qui nous emplit les poumons et les doux rayons du soleil qui réchauffent notre peau ont de quoi briser la monotonie.

Sans coiffure et soins esthétiques pendant plusieurs semaines, est-il utopiste d’espérer que certaines personnes apprennent à s’aimer davantage au naturel?

Qui a besoin de consommer sans lendemain pour se sentir bien? Et si les commerçants du coin nous permettaient de combler nos besoins sans tomber dans l’excès? On encouragerait l’économie locale et on aurait des économies pour se faire un coussin, s’offrir des petits plaisirs et aider son prochain.

Qui pourrait continuer de saluer les passants sur la rue plutôt que de feindre de les ignorer? En temps de crise, on a tout intérêt à connaître nos voisins. Et la vie de quartier serait tellement plus agréable.

Une autre publication partagée sur les réseaux sociaux fait réfléchir. «On donne des millions en salaire à des athlètes, mais à peine une fraction de ce montant aux chercheurs et aux scientifiques. Vous avez besoin d’un traitement : est-ce que nos sportifs seront en mesure de le trouver?»

C’est en temps de crise qu’on voit les véritables héros. Personnel du système de santé, des épiceries, des pharmacies, du transport de marchandises, autorités de la santé et du gouvernement provincial, pour ne nommer que ceux-là. Des Citoyens avec un grand C qui font tout ce qu’il faut pour éviter la propagation du virus.

Et si le travail du personnel de ces services essentiels venait à finalement être reconnu à sa juste valeur en tout temps, et non seulement quand tout le monde a besoin d’eux?

Troisième publication qui fait réfléchir: «Aujourd’hui, tout le monde dépend de ceux à qui on refuse de donner 15$ de l’heure»...

Et si on avait enfin appris à estimer la valeur des personnes selon ce qu’ils accomplissent chaque jour plutôt qu’au montant de leur chèque de paie?

Quand j’étais grondée, mes parents m’envoyaient «réfléchir» dans ma chambre.

Et si on prenait vraiment le temps qui nous est alloué au cours des prochaines semaines pour penser à tout ça?