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Marie-Ève Martel
La Voix de l'Est
Marie-Ève Martel
Ça a quand même pris l’équivalent d’un train nommé Moderna qui me passait sur le corps sans crier gare pour savoir quand m’arrêter.
Ça a quand même pris l’équivalent d’un train nommé Moderna qui me passait sur le corps sans crier gare pour savoir quand m’arrêter.

Un train nommé Moderna

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CHRONIQUE / Voilà qui est fait: je fais désormais partie de ceux qui ont reçu leurs deux doses de vaccin.

Certaines personnes m’avaient avertie de ne rien prévoir le lendemain, voire le surlendemain, compte tenu des effets secondaires potentiels de cette deuxième dose. On m’avait prévenue que ça pourrait fesser fort.

N’ayant eu aucun problème à la suite de la première, je n’en avais pas fait trop de cas. Mais...

OH. MY. GOD. Je peux vous garantir que je n’ai pas reçu de placebo.

Une douzaine d’heures après avoir reçu mon injection de Moderna, donc au réveil le lendemain matin, c’était comme si je vivais l’un des pires lendemains de veille de ma vie, la fête et le plaisir qui le précédaient en moins.

Fièvre, frissons, courbatures, mal de tête et incapacité à me concentrer: j’avais l’impression de vivre un avant-goût de la pire idée que je me faisais de la ménopause, en mille fois plus intense. Ou bien une grippe d’homme, c’est selon.

Parlant d’homme, le mien s’est lui aussi fait ramasser par ce train vaccinal à haute fréquence dont nous avions sous-estimé la force. Mais avant que certains ne m’écrivent pour me reprocher de décourager les gens d’aller se faire vacciner, sachez que les effets secondaires varient d’une personne à une autre, à la manière d’un coup de dés, et que si d’être misérable pendant 24 petites heures suffit pour être mieux protégée contre le coronavirus, je le referais sans hésiter.

Mais disons que si une troisième dose s’avérait nécessaire, je m’arrangerais pour prévoir le coup cette fois-ci.

Bref, tout ça pour vous dire que malgré toute la bonne volonté du monde, j’ai dû renoncer à travailler ce jour-là, y compris de la maison.

Vous aurez compris que c’est pour cette raison que je vous ai fait faux bond, la semaine dernière.

Ça fait près de huit ans et demi que je suis à l’emploi de La Voix de l’Est, mais encore aujourd’hui, j’ai trop des doigts d’une seule main pour compter le nombre de fois où j’ai «callé off».

C’était la même chose quand j’étais écolière: je ne me trouvais jamais assez malade pour prendre une journée de repos. Il aurait fallu qu’un camion me passe dessus pour m’empêcher d’aller en classe.

Pourquoi donc? Parce que j’ai toujours eu peur que LA seule journée où je m’absenterais serait celle où je manquerais une information cruciale, un moment inoubliable ou n’importe quoi d’autre. Bref, ce que les anglophones appellent le FOMO (Fear Of Missing Out), j’en étais atteinte bien avant l’arrivée des médias sociaux.

Toujours est-il que la semaine dernière, je me suis surprise à réaliser que pour une rarissime occasion, je ne ressentais aucune culpabilité à manquer une journée d’ouvrage, à «laisser tomber» mes collègues qui devaient assurément compter sur ma contribution pour boucler l’édition du lendemain.

Mais ça a quand même pris l’équivalent d’un train nommé Moderna qui me passait sur le corps sans crier gare pour savoir quand m’arrêter.

Faites-vous partie de ceux qui ne se trouvent jamais assez amochés pour se permettre un peu de repos?

C’est peut-être le signe qu’on est trop dur avec soi-même. Les occasions où on manque quelque chose d’important et d’irrécupérable sont probablement plus rares qu’on ne le croit.

Peur d’accumuler du retard, d’être mal perçu par nos pairs, de décevoir ceux-ci ou même de «brûler» un congé maladie pour quelque chose qui «n’en vaut pas la peine»: on aurait beau blâmer la culture d’entreprise ou celle de notre société qui placent la productivité et notre travail au centre de nos vies, il n’en demeure pas moins qu’on a tous une part de responsabilité individuelle si on en arrive au point d’en oublier l’importance de maintenir un équilibre au quotidien, y compris et surtout quand notre corps nous parle.

Un ami me rappelle souvent que «les cimetières sont pleins de gens autrefois irremplaçables».

À bien y penser, il est vrai qu’il vaut mieux ne pas attendre le terminus pour se remettre sur les rails.