Marie-Ève Martel
Je suis donc allée donner du sang, l’autre jour. Le processus a été d’une efficacité redoutable.
Je suis donc allée donner du sang, l’autre jour. Le processus a été d’une efficacité redoutable.

Plein de bon sang

CHRONIQUE / «Lavez-vous les mains.» «Restez chez vous.» «Sauvez des vies.» Je veux bien, mais après deux mois complets, ça commence à être long.

J’avais besoin de faire quelque chose de proactif pour «m’ôter la lâcheté de sur le corps», comme aurait dit ma grand-mère. Je suis donc allée donner du sang, l’autre jour. Le processus a été d’une efficacité redoutable.

Distanciation sociale oblige, j’ai pris rendez-vous par courriel, ce qui a réduit considérablement le temps de mon déplacement. D’une heure en moyenne, ma visite à la collecte n’a pris que 40 minutes au total, parce que j’étais attendue et que je n’ai pas eu à faire la file.

Et si c’était toujours une option pour des dons futurs?

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Le plexiglas qui nous séparait n’a heureusement pas ôté son sourire à la sympathique Ginette, qui a validé mes informations personnelles après m’avoir fait placer mes effets dans un immense sac de plastique translucide — assez grand pour m’en faire une robe— que j’ai dû par la suite trimballer de station en station, à la manière d’une taularde fraîchement libérée.

En cinq minutes, Ginette m’a fait laver mes mains trois fois avec du gel désinfectant, soit avant et après avoir pris ma température, toute seule comme une grande, et après m’avoir tendu un masque jetable, que j’ai revêtu comme si c’était une cape de superhéroïne.

J’étais fin prête à aller sauver le monde... à la hauteur de mes moyens.

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À peine un pied dans le gymnase où se déroulait la collecte, deux bénévoles masqués m’ont transmis la lecture obligatoire et préalable à tout don de sang. Des dépliants désormais plastifiés étant désinfectés entre chaque utilisateur.

Cette lecture m’a autorisé à rencontrer un infirmier qui, derrière un autre plexiglas, a revalidé mon identité pendant que je me relavais les mains.

Pour une bonne raison cette fois, alors qu’on me pique le bout du doigt pour vérifier que le taux de fer suffisamment élevé dans mon sang pour faire un don. Je passe ce test haut la main et avec soulagement, moi qui ai souvent dû tourner les talons à de précédentes collectes.

Le gentil infirmier n’allait toutefois pas me laisser partir sans que je ne désinfecte mes mains une cinquième fois en moins de dix minutes.

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Avant dernière étape avant d’en arriver à la raison de ma présence, je prends place derrière de petits paravents pour répondre à un questionnaire informatisé.

Après y avoir scanné le code-barre associé à mon numéro de donneur, je réponds par oui ou par non à des questions traitant de mon état de santé actuel, de mes antécédents médicaux et familiaux de même que sur mes plus récents voyages et sur mes comportements jugés à risque.

Sexe, drogue et rock and roll quoi... Comme ma vie est franchement ennuyante depuis plusieurs mois — avoir su, j’en aurais profité avant la pandémie! —, j’ai coché «non» à la plupart des questions.

Terminé. Clic. Sixième lavage des mains.

À ce rythme, j’étais convaincue de ne plus avoir d’empreintes digitales en sortant de là.

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Je n’ai même pas eu le temps de reposer mes fesses sur une chaise qu’une infirmière m’a entraînée dans un cubicule pour un — eh oui — septième lavage de mains pendant qu’elle confirmait une troisième fois qui je suis.

Après les dernières formalités, me voilà avachie dans une chaise longue, les pieds en l’air et l’aiguille dans le creux du coude, le temps qu’on prélève une belle grosse poche de ma précieuse hémoglobine.

Pendant ce temps, j’ai laissé mon esprit divaguer. Étendue et détendue, je me suis imaginée dans la même posture, sous un palmier du Sud avec un cocktail à la main. Le seul voyage que je pourrai me permettre pour un long moment, parti comme c’est là...

Mon escapade ne fut que de courte durée.

Aussitôt le don fini, un bénévole s’est affairé à désinfecter ma place pour la préparer au prochain donneur. Je venais de contribuer à sauver quatre vies. Hourra!

Comme le veut la procédure, on m’a invitée à saisir une collation, barres tendres, canneberges ensachées ou biscuits sucrés et salés, et un jus de fruit. Le tout était disposé sur une table, près de la sortie, dans des boîtes de carton.

La logique — ou le conditionnement — aurait voulu que je me désinfecte les mains une huitième fois avant d’y plonger la mitaine.

Or, pas de gel ou de savon en vue. Tant pis!

Du bout des doigts, j’ai saisi le premier coin d’emballage que j’ai touché et je me suis sauvée comme une voleuse.

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Plus sérieusement, je suis retournée chez moi fière d’avoir fait ma part pour mon prochain.

Cet aller-retour en-dehors de la maison m’a fait le plus grand bien, surtout parce que tous les humains que j’ai croisés dans ce cours laps de temps étaient de bonne humeur et souriants.

Un phare dans la brume épaisse de la pandémie.

Ce ne sont peut-être pas ces gens qui soignent les malades pendant la crise. Mais ils effectuent tout de même un travail essentiel.

En plus, ils ont soigné mon âme, ce jour-là.

Pour savoir s’il y a prochainement une collecte de sang dans votre secteur ou pour consulter la Foire aux questions d’Héma-Québec sur le coronavirus: www.hema-quebec.qc.ca