Le lutteur Little Beaver

Petite politique

« Le nain a été bien traité et il a été payé. »

Cette citation, gracieuseté de l’attaché politique caquiste Mathieu St-Amand, est assurément la plus inattendue, mais surtout la plus absurde à avoir été formulée depuis le début de la campagne électorale. (Celle-ci est encore jeune, donc nous aurons probablement droit à d’autres perles…)

Ces propos sont tellement champ gauche, étant donné qu’ils ont été prononcés pour défendre un candidat de la Coalition avenir Québec dans la circonscription de Saint-Jean, qu’on ne peut s’empêcher de rire.

Récapitulons. En déterrant le passé dudit candidat qui n’est maintenant plus candidat, un dénommé Stéphane Laroche, des journalistes ont découvert que ce propriétaire de bar payait ses employées féminines moins cher que leurs collègues du sexe masculin, en plus d’avoir laissé entrer des personnes d’âge mineur dans son établissement.

Anecdote incluse dans le lot, le candidat a organisé des soirées de la « Nain-Jean-Baptiste », en 2015 et en 2016, en embauchant un animateur de petite taille.

La citation qui introduit cette chronique constitue la réponse de l’employé de la CAQ à qui on avait demandé de réagir aux gestes de son candidat.

Comme si le fait d’avoir payé son dû à un nain et de l’avoir bien traité (quand même !) justifiait amplement d’avoir utilisé sa condition pour créer un buzz autour d’un événement où sa taille servait de prétexte à un jeu de mots douteux.

C’est petit, vous ne trouvez pas ?

Après coup, je ressens un certain malaise. Pour être honnête, après une nuit de sommeil, j’ai ressenti le besoin de faire un mea culpa. On a beau rire de la citation de l’attaché politique de la CAQ (moi y compris, je l’admets et je m’en repens), toute cette histoire démontre, en plus du niveau du débat politique qui encourage le cynisme, un certain mépris pour les personnes de petite taille, que plusieurs considèrent davantage comme un divertissement que des êtres humains comme les autres.

Pensez à Little Beaver, le lutteur nain. À Passe-Partout, dans Fort Boyard. Mon collègue Pascal Faucher doit avoir mille exemples en tête.

Cela n’est pas sans rappeler tous les vidéos soi-disant humoristiques qu’on retrouve sur la Toile mettant en vedette des petites personnes qui ne servent que de faire-valoir. Je pense entre autres au « lancer du nain » sur une allée de quilles, mais les exemples sont nombreux.

« Il a été bien traité. » Comme si on parlait d’un animal, dans le générique d’un film... Un peu comme si on vivait encore à l’époque des cirques humains…

Pourtant, les personnes naines, ou de petite taille, pour être politiquement correcte, sont des personnes à part entière qui contribuent elles aussi à la société, de plusieurs manières. Mais on semble l’oublier, car on préfère rire, parfois avec eux, mais souvent d’eux.

Plus tôt cette année, nous avons fait faire des travaux dans l’entretoit de notre maison. Quelle n’a pas été ma surprise, lorsque les ouvriers se sont présentés, de voir que l’un d’entre eux m’arrivait à peine un peu plus haut que le nombril.

Mais vous savez quoi ? Il avait la grandeur parfaite pour se promener dans mon plafond et accéder aux recoins les plus obscurs de ma maison. Idem pour ce plombier de petite taille qui n’a pas eu à se contorsionner pour jouer dans les tuyaux sous l’évier, une anecdote qu’on m’a racontée il y a quelques mois.

Ces deux exemples démontrent qu’il est possible de mettre sa différence à profit, avec ingéniosité et brio. Chapeau !

Mais ça, on en entend moins parler. Parce que c’est moins drôle.