Marie-Ève Martel
Depuis que nous sommes happés de plein fouet par la crise du coronavirus, je reçois des demandes d’amitié sur Facebook comme jamais.
Depuis que nous sommes happés de plein fouet par la crise du coronavirus, je reçois des demandes d’amitié sur Facebook comme jamais.

Mes nouveaux amis

CHRONIQUE / Après plus de quatre ou cinq semaines à être confiné chez soi, selon les cas, la solitude commence à peser. «C’est loooooooooong!,» me diraient mes tantes Martel, une expression galvaudée avec humour dans notre famille depuis des générations.

Cet isolement est même contre nature, considérant que l’être humain est un animal grégaire, qui a besoin des siens.

Heureusement que la technologie existe pour nous donner un semblant de vie sociale et pour demeurer en contact avec nos proches. Ça ne rend pas la situation plus facile, mais au moins, un peu plus tolérable.

Certaines personnes semblent toutefois ressentir la solitude plus lourdement que les autres.

Depuis que nous sommes happés de plein fouet par la crise du coronavirus, je reçois des demandes d’amitié sur Facebook comme jamais. Semble-t-il que je ne suis pas la seule d’ailleurs, signe que les gens ressentent le besoin de communiquer pendant cette période particulière.

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Normalement, je reçois en moyenne une dizaine de demandes chaque semaine sur ma page Facebook.

Quand j’ai un moment, je prends la peine de vérifier qui est derrière chaque compte, si cette personne demeure dans ma région et si j’ai des amis en commun avec elle avant d’accepter la demande d’amitié. Mais ces temps-ci, impossible de faire le tri. Je reçois beaucoup trop de demandes.

Pas quelques-unes ou une dizaine. Jusqu’à 50. Chaque. Jour. Depuis le début du confinement. Faites le calcul. Au départ, je croyais naïvement que ces demandes provenaient de lecteurs qui souhaitaient être informés «plus près de la source» par rapport aux derniers développements régionaux de la crise.

Parfois, c’était le cas. Mais ces personnes constituaient une infime minorité de la pléthore d’individus qui souhaitaient se connecter avec moi, sans raison apparente.

Hommes et femmes, jeunes et vieux, des quatre coins de la province et même de l’étranger qui ont vu mon profil passer sur le réseau social et qui ont décidé de m’inviter dans leur monde et avoir un aperçu du mien.

Certains jours, je refusais tout le monde. D’autres, j’acceptais toutes les demandes, quitte à faire le ménage dans ma liste de contacts au fur et à mesure. J’ai eu droit à de jolies surprises.

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Tout d’abord, la solitude semble affecter plusieurs hommes célibataires. Ils sont nombreux à me faire parvenir des demandes d’amitié.

Je ne crois pas que le confinement ait altéré le jugement de la gent masculine pour me rendre soudainement irrésistible.

Non, je crois que d’être coincés chez eux à ne rien faire les rend tout simplement plus insistants. Rien à perdre, et surtout moins gênant derrière un écran: les râteaux font moins mal à l’égo.

On dirait qu’ils passent leur temps sur les réseaux sociaux, car dans les SECONDES où j’accepte leur demande d’amitié, ils s’empressent de m’écrire pour me dire «salut sa va [sic]» et pour savoir si je suis célibataire.

Mesdames, vous êtes sûrement plusieurs à vous reconnaître dans mes propos... Un dialogue répété 1000 fois à tout autant de contacts, tel un Don Quichotte qui chasse les moulins. Ça tombe bien, c’est justement ce que j’ai envie de dire: du vent!

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Dans un autre ordre d’idées, certaines personnes profitent de la situation pour garnir leur liste de contacts qui leur sert de réseau professionnel.

Oui, je parle de ceux dont le profil semble a priori dédié à la vente pyramidale de produits amaigrissants et compagnie, dont le seul objectif est de me proposer une opportunité d’affaires qui semble carrément calquée sur un système de Ponzi et qui m’obligerait à débourser un certain montant pour m’en prévaloir, sans compter que je devrais moi aussi recruter d’autres personnes pour monter dans la «hiérarchie».

À cela s’ajoutent les contacts qui, aussitôt la demande d’amitié acceptée et sans le moindre bonjour, me bombardent d’invitations à aimer des pages ou à faire partie de groupes qui ont un lien avec leur entreprise ou leurs intérêts, sans égard à ce que j’en pense, ne me considérant comme un «like» de plus pour booster les statistiques de son organisation et lui donner un semblant de popularité qui se travestit en crédibilité.

À la limite, ces gens-là font ce qu’ils peuvent pour tenter de tirer leur épingle du jeu pendant la situation et c’est tout à leur honneur. De l’autre côté, c’est un peu malvenu d’inviter n’importe qui à se procurer ses produits sans le moindre bonjour: c’est agressant, et plusieurs de mes contacts semblent s’entendre là-dessus.

Il y a aussi ceux qui m’invitent à faire partie de cercles de spiritualité ou de bonté, quelque chose qui ne me parle pas, mais qui, s’ils n’exigent pas d’argent de la part de leurs membres, peut aider certaines personnes à tenir bon pendant la crise.

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Dans tous les cas, ces personnes me dérangent encore beaucoup moins que celles qui partagent tout plein de fausses nouvelles ou qui sont adeptes de théorie du complot. Ceux-là qui n’entendent pas raison même si on leur fournit la preuve que le contenu qu’ils viennent de relayer n’a aucun fondement scientifique.

Non, à leurs yeux, nous sommes endormis au gaz, ce sont nous qui sommes aveuglés par les mensonges propagés par les autorités qui ont tout intérêt à nous asservir pour éviter qu’on ne découvre tel secret ou telle vérité. Entre les chemtrails, les Illuminati et les Reptiliens — les Lézards, dixit mon ami Pierre —, les conspirations sont nombreuses.

Chacun a droit à son opinion, en autant que tout soit exprimé dans le respect. Mais j’admets avoir du mal à tolérer l’entêtement de certains qui croient la société tout entière complice d’un immense complot dont ils seraient les seuls à voir les rouages.

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Ajoutons à cet heureux mélange des individus qui profitent de la naïveté de personnes qui se sentent seules pour se livrer à de sombres desseins. Je refuse systématiquement les comptes douteux qui me laissent croire que la personne qui souhaite se lier à moi n’est pas réellement celle sur sa photo de profil.

Parfois, c’est d’une évidence; le compte n’a qu’une ou deux photos de la même personne, qui semble habiter à l’autre bout du monde. Aucune publication d’intérêt, et très peu d’amis. D’autres fois, il s’agit d’un dédoublement du compte de quelqu’un d’ici, connaissance ou autre, qui s’est fait pirater son compte.

Je refuse systématiquement les comptes douteux qui me laissent croire que la personne qui souhaite se lier à moi n’est pas réellement celle sur sa photo de profil.

Les fraudes en ligne sont à la hausse depuis le début du confinement, signe qu’il faudrait peut-être se méfier un peu plus de nos contacts virtuels, qui peuvent nous faire du mal même à distance.

Deux conseils donc: ne cliquez jamais sur un lien envoyé par un de vos contacts sans savoir de quoi il s’agit, y compris les vidéos. Et méfiez-vous des inconnus qui souhaitent vous offrir de l’argent, comme ça, sans raison. On ne le dira jamais assez.

Bref, comme le veut l’adage, vaut parfois mieux être seul que mal accompagné: c’est aussi vrai dans la vraie vie qu’en ligne.

Malgré la solitude collective, permettons-nous d’être plus prudents dans nos contacts virtuels, sans toutefois se priver de rencontres enrichissantes.

Des gens tout à fait ordinaires, d’honnêtes citoyens qui souhaitent simplement échanger à l’occasion ou qui apprécient les textes que je signe chaque semaine. Des gens qui ont ressenti le besoin de socialiser pendant qu’ils sont isolés du reste du monde, chez eux.

Un réflexe tout à fait humain.