Marie-Ève Martel
On le sait, l’humour aide à passer à travers des moments difficiles. Mais s’il y a bien une chose avec laquelle on ne doit pas rire ces temps-ci, c’est bien la maladie.
On le sait, l’humour aide à passer à travers des moments difficiles. Mais s’il y a bien une chose avec laquelle on ne doit pas rire ces temps-ci, c’est bien la maladie.

Les petits farceurs

CHRONIQUE / Non mais, quel tata. Je n’arrive pas à imaginer comment quelqu’un a pu penser que de tousser sur le terminal de paiement électronique d’un service au volant serait une bonne blague à faire alors qu’on est tous coincés chez nous le temps qu’une pandémie s’éteigne.

Vraiment, ça n’a dû faire rire que le tata, surnommé «le tousseur» et son amie qui l’a filmé en train de faire une connerie qui le suivra bien longtemps.

Et encore, tata est un mot faible. Twit, idiot, maillet, imbécile: j’ai une longue liste de noms que je ne pourrais même pas écrire ici pour qualifier l’individu.

Une blague de très mauvais goût qui lui a coûté son emploi et qui lui vaudra peut-être une amende ou un casier judiciaire, si des accusations sont déposées contre lui. Car oui, cette plaisanterie très vulgaire pourrait être considérée comme un acte criminel. Un méfait, pour être plus précis.

Il faut croire que ce jeune homme n’est pas le seul cornet de son espèce, puisqu’au moins un de ses émules s’est aussi filmé en train de toussoter grassement sur un appareil de paiement. Une vidéo qui a disparu de la Toile aussi vite qu’elle y était apparue.

Et que dire de celle rebaptisée «la morveuse», immortalisée en train d’étaler ses offrandes nasales sur une rampe d’escalier dans son immeuble à logements... Elle a eu de la chance, ne s’en sortant qu’avec un avertissement.

Non seulement font-ils peur à des gens alors que la paranoïa est à son apogée, mais leur idiotie accapare des ressources publiques et essentielles pour la suite.

Poissons avariés

Une autre blague semble avoir plutôt mal passé, la semaine dernière. Mercredi, jour de poisson d’avril, un hebdomadaire dans la région de la Beauce, L’Éclaireur Progrès pour ne pas le nommer, a eu la pas-si-bonne-idée-que-ça de publier un poisson d’avril dans ses pages pour faire sourire ses lecteurs.

Un choix qui ne manque pas d’audace étant donné qu’on s’est collectivement gardé une petite gêne avec tout ce qui se passe.

D’autant plus que les poissons d’avril éditoriaux sont une pratique de plus en plus délaissée par les médias professionnels, non seulement en raison de la difficulté de certains lecteurs à faire la différence entre les véritables nouvelles et les fausses qui pullulent sur Internet, mais aussi pour assurer leur crédibilité en cette période où les journalistes ne manquent pas de canulars et de théories du complot à déconstruire.

Bref. Dans ledit hebdomadaire, on a choisi de jouer un vilain tour aux lecteurs en publiant une (fausse) nouvelle mentionnant qu’un chercheur originaire de leur région avait mis au point un remède contre la COVID-19.

Un re-mè-de. Rien de moins.

Bon, dès le second paragraphe, le journaliste vend un peu la mèche en parsemant quelques indices ici et là, mais surtout en écrivant que le fameux chercheur beauceron s’appelait Salmon Fisher (Saumon Pêcheur, en français) et que l’épidémie de la COVID-19 se propage à la vitesse «d’un espadon».

L’auteur du texte pousse la blague d’un cran en faisant dire à son chercheur fictif qu’il «avait beaucoup d’intérêt pour les prophéties de Nostradamus» et qu’une de ses prédictions avait même été la bougie d’allumage de sa carrière scientifique!

Si quelques lecteurs ont dû rire, d’autres ont dû être offusqués — avec raison — de cette mauvaise blague. D’après moi, ça n’a pas beaucoup mordu à l’hameçon. Et fort heureusement.

Faire croire, ne serait-ce qu’un instant, qu’un remède a été trouvé, alors que ce n’est pas le cas, est très de mauvais goût. C’est encore pire quand la source de ce pétard mouillé est censée ne diffuser que des faits vérifiés.

Voilà un nouvel exemple qui servira aux détracteurs des médias en général, qui devront encore se défendre de bien faire leur travail.

Je me fais l’avocat du diable: l’intention derrière la blague était fort probablement des plus nobles et des plus candides.

Mais elle aurait pu avoir des conséquences malheureuses: imaginons que quelqu’un qui ne lit que les gros titres, comme bon nombre de lecteurs pressés, ne réalise pas qu’il s’agit d’un canular. Cette personne pourrait être faussement rassurée en croyant qu’un remède a bel et bien été trouvé pour battre la COVID-19.

Imaginons qu’elle ne soit pas seule dans son cas. Le tout amène des prises de risques inutiles et inconscients qui pourraient, à plus grande échelle, empirer la situation plutôt que la détendre.

Et il était prévisible qu’une telle initiative allait mal passer. D’ailleurs, la version en ligne du texte a été rapidement retirée, bien que cette blague malheureuse soit immortalisée dans la version papier.

L'auteur du texte a par ailleurs présenté ses excuses.

Rire de ce qui n’est pas drôle

On le sait, l’humour aide à passer à travers des moments difficiles.

Ma collègue du Soleil Mylène Moisan recense même certaines des blagues les plus désopilantes de la pandémie, ces temps-ci, histoire qu’on se dilate la rate du mieux qu’on peut.

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Mais s’il y a bien une chose avec laquelle on ne doit pas rire ces temps-ci, c’est la maladie.

Rappelons qu’il y a des dizaines de milliers de gens qui sont morts, ici et ailleurs.

Ça, ça n’a rien de drôle.